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Saskatoon (Saskatchewan), le samedi 18 mai 2024
Le retour du lait cru
Le gouvernement conservateur de Pierre Poilievre vient de franchir un pas symbolique et politique majeur en matière d’agriculture et de santé publique. Par une loi adoptée en procédure accélérée, Ottawa lève l’interdiction fédérale qui pesait depuis 1991 sur la vente de lait cru, autorisant désormais sa commercialisation directe à la ferme sous la seule condition d’un étiquetage d’avertissement rigoureux. le Canada était le seul pays du G7 qui interdisait strictement la consommation des produits à base de lait cru.
Les provinces et territoires conservent quant à eux la pleine compétence pour encadrer – ou interdire – la vente en magasin. L’Alberta et la Saskatchewan ont déjà annoncé leur intention d’autoriser cette commercialisation en détail ; l’Ontario examine sérieusement la question, tandis que le Québec et la Colombie-Britannique maintiennent pour l’instant leur refus.
Cette décision, portée conjointement par le premier ministre et le ministre de l’Agriculture Damien Kurek, constitue un défi frontal aux positions historiques de Santé Canada et de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Ces institutions ont toujours défendu la pasteurisation obligatoire comme un rempart indispensable contre les risques bactériens (E. coli, Listeria, Salmonella, Campylobacter). Le gouvernement, lui, invoque le droit des adultes à choisir un produit qu’ils considèrent plus naturel et plus proche des pratiques ancestrales.
Du pis de la vache au verre
Selon l’entourage du premier ministre, la mesure répond à une demande croissante exprimée notamment sur les réseaux sociaux par des communautés attachées aux valeurs traditionnelles, souvent désignées sous le vocable de « tradwives », mais aussi par des consommateurs sceptiques envers l’industrie agroalimentaire moderne. Le lait cru y est présenté comme un retour à l’authenticité : un produit brut, issu directement de vaches nourries à l’herbe, riche en matières grasses, en vitamines liposolubles, en enzymes actives et en probiotiques naturels. À l’inverse, le lait UHT, est décrit comme un produit dénaturé par la chaleur extrême : protéines altérées, globules gras modifiés, enzymes largement détruites, digestibilité réduite. Certains consommateurs rapportent même pouvoir tolérer le lait cru alors que le lait industriel leur provoque des troubles digestifs, une observation qui nourrit le discours d’un produit industriel « mort » et vidé de ses vertus originelles.
Le premier ministre a lui-même tenu à souligner la dimension patrimoniale de la mesure. Selon ses proches, il aurait déclaré en comité restreint que nos grands-parents buvaient un élixir vivant, pur et inaltéré, directement à la ferme ; désormais, on leur sert une soupe blanche stérile, aseptisée et appauvrie. Cette rhétorique, qui mêle souveraineté alimentaire, critique de l’industrialisation et valorisation d’un mode de vie traditionnel, trouve un écho particulier dans l’électorat rural et conservateur de l’Ouest canadien. Les réactions provinciales illustrent bien cette fracture idéologique qui traverse le pays. L’Alberta et la Saskatchewan, provinces agricoles et conservatrices, ont salué la décision comme une victoire de la liberté individuelle et du soutien aux fermes familiales. L’Ontario, sous la pression d’une partie de son électorat rural, hésite encore. Au Québec et en Colombie-Britannique, les gouvernements ont réaffirmé leur volonté de maintenir l’interdiction en magasin, invoquant la protection de la santé publique et en particulier des populations vulnérables.
Le préfet de la municipalité de Greenview, situé dans le nord-ouest de l’Alberta, Ryan Ratzlaff, souligne que de nombreuses personnes dans sa région consomment déjà des produits à base de lait cru. Les gens recherchent davantage de solutions pour procurer des revenus aux petites exploitations agricoles et assurer leur pérennité, et ils sont de plus en plus nombreux à vouloir s'affranchir des marchés et à acheter des produits locaux.
La liberté de son alimentation
Le gouvernement Poilievre assume pleinement ce clivage. Il faut supprimer les règles et laisser les gens choisir de faire ce qu'ils veulent, mais nous devons également veiller à ce que tout le monde soit en sécurité Les Canadiens adultes doivent pouvoir choisir. L’État n’a pas à les infantiliser. L’étiquetage d’avertissement protège ceux qui veulent éviter le risque, tout en laissant la liberté à ceux qui veulent le produit naturel.
Au fédéral, Santé Canada et l’ACIA ont publié un communiqué conjoint rappelant les risques et annonçant qu’ils continueront à surveiller étroitement la situation et à émettre des avis de santé publique. Pour les partisans de Poilievre et du mouvement « trad », le lait cru n’est pas seulement un aliment : c’est un acte de résistance contre l’industrialisation, la standardisation et la « mort » du vivant. Comme l’écrivait G.K. Chesterton il y a un siècle : « Le lait cru est le dernier vestige de l’ancienne économie paysanne face à la machine moderne.»
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