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J'ai dit que penser ne consiste pas à croire autrement, mais à se rapporter au contenu sans que l’adhésion n’en constitue la structure immédiate. Réduire la pensée à une foi mieux éclairée revient à assimiler deux régimes qui ne relèvent pas de la même structure. Dans la croyance, notamment au sens dogmatique ou religieux, l’assentiment constitue le mode d’accès premier au contenu, ce qui est tenu pour vrai l’est immédiatement, sans que l’acte par lequel il est tenu pour vrai ne soit distingué de son objet. La croyance se définit ainsi comme coïncidence structurelle entre contenu et adhésion.

La pensée, en revanche, ne se caractérise ni par une intensité moindre de l’adhésion, ni par un simple raffinement de celle-ci, mais par la possibilité structurelle de distinguer le contenu de l’acte d’assentiment qui lui est associé. Cela signifie que ce qui est pensé n’est pas nécessairement confondu avec ce qui est tenu pour vrai, y compris au moment même où il est saisi comme objet de pensée. Cette distinction n’est pas d’ordre psychologique mais logique et fonctionnelle, elle porte sur le mode de constitution du rapport au contenu.

Dès lors, interpréter la pensée comme une foi mieux éclairée revient à réintroduire subrepticement le schème de l’adhésion comme structure fondamentale de toute activité de l’esprit, en le dotant seulement de degrés de prudence ou de réflexivité. Or cette réduction efface la différence entre un régime dans lequel l’assentiment est constitutif de la position du vrai, et un régime dans lequel cet assentiment peut être maintenu à distance sans contradiction avec l’acte de penser lui-même.

La distinction pertinente ne porte donc ni sur les contenus représentés, ni sur leur degré de certitude, mais sur la structure du rapport entre contenu et assentiment. Dans le régime de la croyance, ce rapport est fusionnel, tenir-pour-vrai et être affecté par un contenu comme vrai coïncident immédiatement. Dans le régime de la pensée, ce rapport est dissociable, un même contenu peut être maintenu comme objet de pensée sans que l’acte de l’affirmer comme vrai n’en soit l’actualisation nécessaire. En clair, ce qui distingue la pensée de la croyance n’est pas une variation d’intensité ou de lucidité, mais une différence de structure dans le rapport au vrai, dans un cas, le vrai est indissociable de l’acte qui le pose, dans l’autre, il demeure distinct du régime d’assentiment par lequel il peut être envisagé.

La tentative consistant à dire que toute pensée reposerait de toute façon sur une croyance préalable en ses mots, ses définitions ou ses contenus déplace simplement le problème sans le traiter. Elle confond le fait trivial d’utiliser des signes et des représentations avec la structure du rapport que la pensée entretient à ces contenus. Or affirmer qu’un contenu linguistique est utilisé ne signifie pas qu’il est tenu pour vrai au même titre ni selon le même mode que dans la croyance. La croyance implique une adhésion posée comme valide dans l’acte même qui la constitue, tandis que la pensée peut maintenir un contenu comme objet sans l’identifier immédiatement à une validation. Dire que tout est croyance revient ainsi à aplatir des régimes distincts en un seul mot-valise, ce qui supprime la distinction qu’on prétend discuter au lieu de la contester. Ce type d’objection ne réfute donc pas la différence, il la dissout verbalement en substituant une généralité linguistique à une analyse de structure.
Oui
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il y a 11 jours