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Fin avril 2024, à Mazamet, dans le Tarn. Un petit groupe remonte lentement la rue des Marguerites, attirant tous les regards. Pas tant parce qu’ils sont pour la plupart noirs, mais à cause de leur manège. Porte après porte, ils sonnent, insistent, montrent une photo sur leurs téléphones. Les voisins, méfiants, répondent à peine. Pourtant, ces jeunes ne sont pas là pour importuner le quartier : ils cherchent Jean-Baptiste Moutassié, 28 ans, un de leurs amis qui habite au numéro 6, disparu depuis plusieurs jours. Ce jour-là, ils ont rendez-vous avec sa compagne, Élodie, qui doit les rejoindre sur place. En l’attendant, ils en profitent pour mener leur propre petite enquête de voisinage, convaincus qu’il est arrivé quelque chose de grave. Sans rien obtenir de concret. Ici, dans ce quartier pavillonnaire, on ne s’occupe pas trop de ce qui se passe chez les autres. Pourtant, sans le savoir encore, ils viennent de mettre le doigt sur une affaire criminelle hors norme.
C’est presque par hasard que Jean-Baptiste Moutassié a atterri deux ans plus tôt à Mazamet. Originaire du Cameroun, ce solide garçon à la coiffure rasta débarque à Lyon à l’âge de 17 ans pour y poursuivre ses études en chaudronnerie. Pas évident, pour un jeune expatrié, de se retrouver seul dans un foyer aussi loin de chez lui. Mais Jean-Baptiste s’en sort vite : il se fait des copains, décroche son BTS, enchaîne les petits contrats en intérim et parvient même à envoyer un peu d’argent à sa famille. À Lyon, il découvre aussi une passion inattendue, le tir sportif, et surtout l’amour. En 2017, il rencontre Élodie T., une femme de son âge, via le site de rencontres Badoo.
Une chance de repartir à zéro
Élodie, elle, est originaire de Mazamet. Petite brune aux cheveux longs, aide-soignante de profession, elle traverse à l’époque une période compliquée. Son ex-compagnon, légionnaire, l’a quittée après avoir découvert, au retour d’une mission à l’étranger, qu’elle le trompait avec son meilleur ami. De cette relation, elle a un fils de 3 ans qu’elle élève seule. Alors, quand elle rencontre Jean-Baptiste, ce garçon doux et attentionné, elle y voit une chance de repartir à zéro. Très vite, il descend lui rendre visite dans le Tarn, à 400 kilomètres de Lyon. Il fait la connaissance des parents d’Élodie, Claude T., chauffeur routier, et Joëlle, également dans le milieu hospitalier. Le courant passe, en apparence. Quand Jean-Baptiste lui propose de venir vivre à Lyon, Élodie n’hésite pas. Mais cette fille unique a vite le mal du pays. Et Jean-Baptiste, toujours aussi amoureux, cède sans discuter. En 2022, le couple s’installe à Mazamet, dans un pavillon de la rue Marguerite.
Apparemment, tout va pour le mieux. Élodie a retrouvé un poste à l’hôpital, Jean-Baptiste du boulot dans une entreprise de Castres. Il s’intègre, se fait de nouveaux amis, poursuit le tir sportif et s’entraîne régulièrement à la carabine dans le jardin des grands-parents paternels. Objectif : la coupe de France.
Il devient père d’une petite fille qu’il adore. Que demander de plus ?
En août 2023, il devient père d’une petite Monya*, une fillette qu’il adore. Que demander de plus ? Pourtant, le garçon sent bien que sa belle-famille ne l’aime pas. Peut-être la couleur de sa peau. Peut-être son tempérament jovial qui déplaît. Le samedi 13 avril 2024, alors qu’il est au téléphone avec son ami Jean-Philippe, un compatriote installé à Toulouse, il lui confie, l’air sombre :
— Ils sont tous contre moi, je ne comprends pas…
Les jours qui suivent, Jean-Philippe tente de le rappeler. Sans succès. Son frère Félix, qui vit près de Bayonne, n’a pas de nouvelles non plus. Même Criss, un vieux pote lyonnais, reste sans réponse. Pourtant, il devait venir passer le week-end chez lui. Inquiet, Criss finit par joindre Élodie.
— Jean-Baptiste ? Il est parti jeudi sans prévenir, lui explique-t-elle. Quand je suis rentrée, la maison était vide. Il a pris toutes ses affaires. Depuis, je n’ai plus de nouvelles…
Disparu sans rien dire à personne ? Lui, le gars sociable, accro aux réseaux sociaux, qui postait presque tous les jours sur TikTok ? Parti sans un mot, en laissant derrière lui sa fille, lui le papa poule ? Personne n’y croit.
C’est pour cela que les copains de Jean-Baptiste, venus de Lyon, de Toulouse, de Bayonne et d’ailleurs, ont décidé ce jour-là de se retrouver à Mazamet pour tirer l’affaire au clair. Élodie finit par arriver rue des Marguerites. Elle n’est pas seule. Son père, la soixantaine grisonnante, l’accompagne. Il les prend de haut, genre « Vous n’allez pas nous emmerder avec ce petit con qui a plaqué ma fille ». Mais les autres ne se laissent pas impressionner et il finit par leur ouvrir la maison. Tous sont déjà venus ici plusieurs fois. Et ils sont sous le choc en découvrant le salon : le canapé vert et les deux fauteuils assortis ont disparu, tout comme la table basse et le tapis rouge. En revanche, les murs ont été fraîchement repeints, l’air embaume le White spirit, et le lino brille comme s’il venait d’être astiqué. En plus, deux carabines de compétition appartenant à Jean-Baptiste – ses trésors – sont posées dans un coin. Quand Jean-Philippe fait remarquer qu’il n’aurait jamais laissé ses armes, Claude T. s’emporte :
— Tu crois qu’on l’a tué, Jean-Baptiste ? Qu’on lui a fait du mal ou quoi ? Barrez-vous ou j’appelle la police.
— La police ? Ça tombe bien, on a des choses à lui dire, lui répond le garçon sans se démonter.
Les policiers refusent de prendre sa déposition
Et ils se rendent dans la foulée au commissariat. Mais là encore, c’est la douche froide. Quand Félix évoque la disparition de son frère, les policiers refusent de prendre sa déposition. Motif : Jean-Baptiste est majeur et il a le droit de faire ce qu’il veut. D’ailleurs, ajoute l’un d’entre eux, sa compagne Élodie est déjà venue signaler qu’il avait « abandonné le domicile conjugal ». En d’autres termes : « Circulez, y a rien à voir ! » On imagine leur déception. Et leur malaise. La disparition de Jean-Baptiste et de ses meubles, son silence inexplicable, les travaux de peinture, les deux armes laissées derrière lui, l’agressivité du père d’Élodie… Ils sont persuadés qu’on leur cache quelque chose.
Rentré chez lui, Félix ne lâche pas l’affaire. Il envoie un courrier au procureur de la République, sans obtenir de réponse. Il contacte aussi l’entreprise où travaillait Jean- Baptiste. Là encore, surprise : on lui répond que le 18 avril, le jeune homme a envoyé un mail pour annoncer sa démission immédiate, sans explication. Un message rédigé depuis son adresse personnelle… mais qui ne ressemble pas à son style.
Les proches du disparu se mobilisent sur les réseaux sociaux
Alors que l’affaire semble au point mort, les proches du disparu refusent de baisser les bras. Avec une rare obstination, ils se mobilisent sur les réseaux sociaux, principalement sur TikTok. Ils se cotisent aussi pour prendre un avocat, Me Ferdinand Djammen Nzepa, du barreau de Toulouse. Seule Élodie semble se désintéresser totalement du sort du père de sa fille. Elle a quitté la maison de la rue des Marguerites pour un appartement et refuse désormais tout contact avec les amis de son ex. Un an plus tard, le 1er juin 2024, ceux-ci organisent une manifestation devant la gare de Mazamet. Au programme, de grands portraits du disparu et des banderoles appelant la justice à ouvrir une enquête. Leur ténacité finira par payer. Durant l’été 2025, le parquet de Toulouse décide enfin de saisir la PJ. Les enquêteurs de la brigade criminelle reprennent tout à zéro. En étudiant les déclarations d’Élodie et de ses parents, ils relèvent de nombreuses incohérences. Ils découvrent également des détails troublants. Depuis le 18 avril 2024, le compte bancaire de Jean-Baptiste n’a connu aucun mouvement, sa carte Vitale n’a plus servi, et la police des frontières confirme qu’il n’a jamais quitté le territoire. En revanche, ils découvrent qu’il avait appris à Élodie à tirer avec sa carabine…
Elle prétend qu’il serait devenu violent
Le 9 décembre dernier, la jeune femme et ses parents sont discrètement interpellés et placés en garde à vue. Très vite, Élodie s’effondre et passe aux aveux. Sa version ? Elle prétend que Jean-Baptiste serait devenu violent. Le soir du 17 avril 2024, à l’issue d’une ultime dispute, elle aurait eu peur. Elle s’empare alors d’une carabine 22 Long Rifle et lui tire dessus. Deux balles : une dans la poitrine, une dans la tête. Puis elle appelle sa mère, à qui elle avait confié ce jour-là ses deux enfants, pour lui dire qu’elle a « fait une bêtise ». Joëlle accourt. Elle dit trouver sa fille « prostrée, en état de choc, comme tétanisée ». Quant à Jean-Baptiste, « étendu sur le canapé au milieu d’une mare de sang », il est mort. Elle prétend avoir voulu appeler la police, mais sa fille aurait refusé.
C’est alors que le père entre en scène. Claude, arrivé à son tour rue des Marguerites, décide d’aider sa fille à se débarrasser du corps. Il enroule le cadavre de son gendre dans le tapis rouge du salon, le charge dans le coffre de sa voiture et prend la route en direction de l’Hérault avec Élodie. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, ils s’arrêtent au pont de Poussarou, un viaduc vertigineux qui enjambe une gorge où serpente un ruisseau : l’Ilouvre. L’endroit idéal. Claude balance le corps par-dessus le parapet puis les deux complices rentrent à Mazamet. Sans rien dire à Joëlle. Là, durant deux jours, ils vont nettoyer les taches de sang, se débarrasser des meubles et des affaires de Jean-Baptiste et repeindre à neuf le salon. Élodie, pour parfaire la mise en scène, envoie depuis l’ordinateur du mort le fameux mail de démission. Puis Claude, par acquit de conscience, retourne au pont de Poussarou s’assurer que le cadavre n’est pas visible depuis la route. Bien lui en prend. Le corps, en dévalant la pente, est resté coincé par un arbre.
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Fin avril 2024, à Mazamet, dans le Tarn. Un petit groupe remonte lentement la rue des Marguerites, attirant tous les regards. Pas tant parce qu’ils sont pour la plupart noirs, mais à cause de leur manège. Porte après porte, ils sonnent, insistent, montrent une photo sur leurs téléphones. Les voisins, méfiants, répondent à peine. Pourtant, ces jeunes ne sont pas là pour importuner le quartier : ils cherchent Jean-Baptiste Moutassié, 28 ans, un de leurs amis qui habite au numéro 6, disparu depuis plusieurs jours. Ce jour-là, ils ont rendez-vous avec sa compagne, Élodie, qui doit les rejoindre sur place. En l’attendant, ils en profitent pour mener leur propre petite enquête de voisinage, convaincus qu’il est arrivé quelque chose de grave. Sans rien obtenir de concret. Ici, dans ce quartier pavillonnaire, on ne s’occupe pas trop de ce qui se passe chez les autres. Pourtant, sans le savoir encore, ils viennent de mettre le doigt sur une affaire criminelle hors norme.
C’est presque par hasard que Jean-Baptiste Moutassié a atterri deux ans plus tôt à Mazamet. Originaire du Cameroun, ce solide garçon à la coiffure rasta débarque à Lyon à l’âge de 17 ans pour y poursuivre ses études en chaudronnerie. Pas évident, pour un jeune expatrié, de se retrouver seul dans un foyer aussi loin de chez lui. Mais Jean-Baptiste s’en sort vite : il se fait des copains, décroche son BTS, enchaîne les petits contrats en intérim et parvient même à envoyer un peu d’argent à sa famille. À Lyon, il découvre aussi une passion inattendue, le tir sportif, et surtout l’amour. En 2017, il rencontre Élodie T., une femme de son âge, via le site de rencontres Badoo.
Une chance de repartir à zéro
Élodie, elle, est originaire de Mazamet. Petite brune aux cheveux longs, aide-soignante de profession, elle traverse à l’époque une période compliquée. Son ex-compagnon, légionnaire, l’a quittée après avoir découvert, au retour d’une mission à l’étranger, qu’elle le trompait avec son meilleur ami. De cette relation, elle a un fils de 3 ans qu’elle élève seule. Alors, quand elle rencontre Jean-Baptiste, ce garçon doux et attentionné, elle y voit une chance de repartir à zéro. Très vite, il descend lui rendre visite dans le Tarn, à 400 kilomètres de Lyon. Il fait la connaissance des parents d’Élodie, Claude T., chauffeur routier, et Joëlle, également dans le milieu hospitalier. Le courant passe, en apparence. Quand Jean-Baptiste lui propose de venir vivre à Lyon, Élodie n’hésite pas. Mais cette fille unique a vite le mal du pays. Et Jean-Baptiste, toujours aussi amoureux, cède sans discuter. En 2022, le couple s’installe à Mazamet, dans un pavillon de la rue Marguerite.
Apparemment, tout va pour le mieux. Élodie a retrouvé un poste à l’hôpital, Jean-Baptiste du boulot dans une entreprise de Castres. Il s’intègre, se fait de nouveaux amis, poursuit le tir sportif et s’entraîne régulièrement à la carabine dans le jardin des grands-parents paternels. Objectif : la coupe de France.
Il devient père d’une petite fille qu’il adore. Que demander de plus ?
En août 2023, il devient père d’une petite Monya*, une fillette qu’il adore. Que demander de plus ? Pourtant, le garçon sent bien que sa belle-famille ne l’aime pas. Peut-être la couleur de sa peau. Peut-être son tempérament jovial qui déplaît. Le samedi 13 avril 2024, alors qu’il est au téléphone avec son ami Jean-Philippe, un compatriote installé à Toulouse, il lui confie, l’air sombre :
— Ils sont tous contre moi, je ne comprends pas…
Les jours qui suivent, Jean-Philippe tente de le rappeler. Sans succès. Son frère Félix, qui vit près de Bayonne, n’a pas de nouvelles non plus. Même Criss, un vieux pote lyonnais, reste sans réponse. Pourtant, il devait venir passer le week-end chez lui. Inquiet, Criss finit par joindre Élodie.
— Jean-Baptiste ? Il est parti jeudi sans prévenir, lui explique-t-elle. Quand je suis rentrée, la maison était vide. Il a pris toutes ses affaires. Depuis, je n’ai plus de nouvelles…
Disparu sans rien dire à personne ? Lui, le gars sociable, accro aux réseaux sociaux, qui postait presque tous les jours sur TikTok ? Parti sans un mot, en laissant derrière lui sa fille, lui le papa poule ? Personne n’y croit.
C’est pour cela que les copains de Jean-Baptiste, venus de Lyon, de Toulouse, de Bayonne et d’ailleurs, ont décidé ce jour-là de se retrouver à Mazamet pour tirer l’affaire au clair. Élodie finit par arriver rue des Marguerites. Elle n’est pas seule. Son père, la soixantaine grisonnante, l’accompagne. Il les prend de haut, genre « Vous n’allez pas nous emmerder avec ce petit con qui a plaqué ma fille ». Mais les autres ne se laissent pas impressionner et il finit par leur ouvrir la maison. Tous sont déjà venus ici plusieurs fois. Et ils sont sous le choc en découvrant le salon : le canapé vert et les deux fauteuils assortis ont disparu, tout comme la table basse et le tapis rouge. En revanche, les murs ont été fraîchement repeints, l’air embaume le White spirit, et le lino brille comme s’il venait d’être astiqué. En plus, deux carabines de compétition appartenant à Jean-Baptiste – ses trésors – sont posées dans un coin. Quand Jean-Philippe fait remarquer qu’il n’aurait jamais laissé ses armes, Claude T. s’emporte :
— Tu crois qu’on l’a tué, Jean-Baptiste ? Qu’on lui a fait du mal ou quoi ? Barrez-vous ou j’appelle la police.
— La police ? Ça tombe bien, on a des choses à lui dire, lui répond le garçon sans se démonter.
Les policiers refusent de prendre sa déposition
Et ils se rendent dans la foulée au commissariat. Mais là encore, c’est la douche froide. Quand Félix évoque la disparition de son frère, les policiers refusent de prendre sa déposition. Motif : Jean-Baptiste est majeur et il a le droit de faire ce qu’il veut. D’ailleurs, ajoute l’un d’entre eux, sa compagne Élodie est déjà venue signaler qu’il avait « abandonné le domicile conjugal ». En d’autres termes : « Circulez, y a rien à voir ! » On imagine leur déception. Et leur malaise. La disparition de Jean-Baptiste et de ses meubles, son silence inexplicable, les travaux de peinture, les deux armes laissées derrière lui, l’agressivité du père d’Élodie… Ils sont persuadés qu’on leur cache quelque chose.
Rentré chez lui, Félix ne lâche pas l’affaire. Il envoie un courrier au procureur de la République, sans obtenir de réponse. Il contacte aussi l’entreprise où travaillait Jean- Baptiste. Là encore, surprise : on lui répond que le 18 avril, le jeune homme a envoyé un mail pour annoncer sa démission immédiate, sans explication. Un message rédigé depuis son adresse personnelle… mais qui ne ressemble pas à son style.
Les proches du disparu se mobilisent sur les réseaux sociaux
Alors que l’affaire semble au point mort, les proches du disparu refusent de baisser les bras. Avec une rare obstination, ils se mobilisent sur les réseaux sociaux, principalement sur TikTok. Ils se cotisent aussi pour prendre un avocat, Me Ferdinand Djammen Nzepa, du barreau de Toulouse. Seule Élodie semble se désintéresser totalement du sort du père de sa fille. Elle a quitté la maison de la rue des Marguerites pour un appartement et refuse désormais tout contact avec les amis de son ex. Un an plus tard, le 1er juin 2024, ceux-ci organisent une manifestation devant la gare de Mazamet. Au programme, de grands portraits du disparu et des banderoles appelant la justice à ouvrir une enquête. Leur ténacité finira par payer. Durant l’été 2025, le parquet de Toulouse décide enfin de saisir la PJ. Les enquêteurs de la brigade criminelle reprennent tout à zéro. En étudiant les déclarations d’Élodie et de ses parents, ils relèvent de nombreuses incohérences. Ils découvrent également des détails troublants. Depuis le 18 avril 2024, le compte bancaire de Jean-Baptiste n’a connu aucun mouvement, sa carte Vitale n’a plus servi, et la police des frontières confirme qu’il n’a jamais quitté le territoire. En revanche, ils découvrent qu’il avait appris à Élodie à tirer avec sa carabine…
Elle prétend qu’il serait devenu violent
Le 9 décembre dernier, la jeune femme et ses parents sont discrètement interpellés et placés en garde à vue. Très vite, Élodie s’effondre et passe aux aveux. Sa version ? Elle prétend que Jean-Baptiste serait devenu violent. Le soir du 17 avril 2024, à l’issue d’une ultime dispute, elle aurait eu peur. Elle s’empare alors d’une carabine 22 Long Rifle et lui tire dessus. Deux balles : une dans la poitrine, une dans la tête. Puis elle appelle sa mère, à qui elle avait confié ce jour-là ses deux enfants, pour lui dire qu’elle a « fait une bêtise ». Joëlle accourt. Elle dit trouver sa fille « prostrée, en état de choc, comme tétanisée ». Quant à Jean-Baptiste, « étendu sur le canapé au milieu d’une mare de sang », il est mort. Elle prétend avoir voulu appeler la police, mais sa fille aurait refusé.
C’est alors que le père entre en scène. Claude, arrivé à son tour rue des Marguerites, décide d’aider sa fille à se débarrasser du corps. Il enroule le cadavre de son gendre dans le tapis rouge du salon, le charge dans le coffre de sa voiture et prend la route en direction de l’Hérault avec Élodie. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, ils s’arrêtent au pont de Poussarou, un viaduc vertigineux qui enjambe une gorge où serpente un ruisseau : l’Ilouvre. L’endroit idéal. Claude balance le corps par-dessus le parapet puis les deux complices rentrent à Mazamet. Sans rien dire à Joëlle. Là, durant deux jours, ils vont nettoyer les taches de sang, se débarrasser des meubles et des affaires de Jean-Baptiste et repeindre à neuf le salon. Élodie, pour parfaire la mise en scène, envoie depuis l’ordinateur du mort le fameux mail de démission. Puis Claude, par acquit de conscience, retourne au pont de Poussarou s’assurer que le cadavre n’est pas visible depuis la route. Bien lui en prend. Le corps, en dévalant la pente, est resté coincé par un arbre.
il y a 17 jours
Il descend dans le ravin, le dégage, le transporte près de l’eau et le dissimule sous un tas de pierres. C’est sous cette sépulture improvisée que les enquêteurs retrouveront le squelette décharné du malheureux…
Mise en examen pour meurtre sur conjoint
À l’issue de leur garde à vue, Élodie T. et son père ont été mis en examen, elle pour meurtre sur conjoint, lui pour recel de cadavre et modification d’une scène de crime. Bien que présumée innocente, elle a été écrouée, tandis que lui, également présumé innocent, était laissé libre sous contrôle judiciaire. Les proches et les copains du disparu n’ont pas été surpris, hélas, par ce dénouement tragique. Mais ce qui les révolte aujourd’hui, c’est la défense d’Élodie : non contente d’avoir a priori tué Jean-Baptiste, elle salit sa mémoire en l’accusant de violences imaginaires. Reste cette terrible vidéo qu’ils ont tous vue sur TikTok et qui risque de peser lourd le jour de son procès. Jean-Baptiste filme sa compagne qui s’entraîne au tir. Appliquée, elle épaule la carabine équipée d’un silencieux et d’une lunette, et vise la cible placée à 65 mètres. On entend six détonations étouffées et la voix de Jean-Baptiste qui s’exclame, fier de son élève :
— Trois dans le mille, trois près du centre, pour une première fois c’est pas mal du tout !
Le soir du 17 avril 2024, elle semble aussi, hélas, avoir fait carton plein.
Mise en examen pour meurtre sur conjoint
À l’issue de leur garde à vue, Élodie T. et son père ont été mis en examen, elle pour meurtre sur conjoint, lui pour recel de cadavre et modification d’une scène de crime. Bien que présumée innocente, elle a été écrouée, tandis que lui, également présumé innocent, était laissé libre sous contrôle judiciaire. Les proches et les copains du disparu n’ont pas été surpris, hélas, par ce dénouement tragique. Mais ce qui les révolte aujourd’hui, c’est la défense d’Élodie : non contente d’avoir a priori tué Jean-Baptiste, elle salit sa mémoire en l’accusant de violences imaginaires. Reste cette terrible vidéo qu’ils ont tous vue sur TikTok et qui risque de peser lourd le jour de son procès. Jean-Baptiste filme sa compagne qui s’entraîne au tir. Appliquée, elle épaule la carabine équipée d’un silencieux et d’une lunette, et vise la cible placée à 65 mètres. On entend six détonations étouffées et la voix de Jean-Baptiste qui s’exclame, fier de son élève :
— Trois dans le mille, trois près du centre, pour une première fois c’est pas mal du tout !
Le soir du 17 avril 2024, elle semble aussi, hélas, avoir fait carton plein.
il y a 17 jours
N'empêche si les renois n'avaient pas débarqués ce serait passé crème chaud quand même
il y a 17 jours
Un vrai conte de Noël
Désactiver les signatures : Mon profil/modifier/apparence
il y a 17 jours
stormprimus1
17j
L'article dans son intégralité :
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Fin avril 2024, à Mazamet, dans le Tarn. Un petit groupe remonte lentement la rue des Marguerites, attirant tous les regards. Pas tant parce qu’ils sont pour la plupart noirs, mais à cause de leur manège. Porte après porte, ils sonnent, insistent, montrent une photo sur leurs téléphones. Les voisins, méfiants, répondent à peine. Pourtant, ces jeunes ne sont pas là pour importuner le quartier : ils cherchent Jean-Baptiste Moutassié, 28 ans, un de leurs amis qui habite au numéro 6, disparu depuis plusieurs jours. Ce jour-là, ils ont rendez-vous avec sa compagne, Élodie, qui doit les rejoindre sur place. En l’attendant, ils en profitent pour mener leur propre petite enquête de voisinage, convaincus qu’il est arrivé quelque chose de grave. Sans rien obtenir de concret. Ici, dans ce quartier pavillonnaire, on ne s’occupe pas trop de ce qui se passe chez les autres. Pourtant, sans le savoir encore, ils viennent de mettre le doigt sur une affaire criminelle hors norme.
C’est presque par hasard que Jean-Baptiste Moutassié a atterri deux ans plus tôt à Mazamet. Originaire du Cameroun, ce solide garçon à la coiffure rasta débarque à Lyon à l’âge de 17 ans pour y poursuivre ses études en chaudronnerie. Pas évident, pour un jeune expatrié, de se retrouver seul dans un foyer aussi loin de chez lui. Mais Jean-Baptiste s’en sort vite : il se fait des copains, décroche son BTS, enchaîne les petits contrats en intérim et parvient même à envoyer un peu d’argent à sa famille. À Lyon, il découvre aussi une passion inattendue, le tir sportif, et surtout l’amour. En 2017, il rencontre Élodie T., une femme de son âge, via le site de rencontres Badoo.
Une chance de repartir à zéro
Élodie, elle, est originaire de Mazamet. Petite brune aux cheveux longs, aide-soignante de profession, elle traverse à l’époque une période compliquée. Son ex-compagnon, légionnaire, l’a quittée après avoir découvert, au retour d’une mission à l’étranger, qu’elle le trompait avec son meilleur ami. De cette relation, elle a un fils de 3 ans qu’elle élève seule. Alors, quand elle rencontre Jean-Baptiste, ce garçon doux et attentionné, elle y voit une chance de repartir à zéro. Très vite, il descend lui rendre visite dans le Tarn, à 400 kilomètres de Lyon. Il fait la connaissance des parents d’Élodie, Claude T., chauffeur routier, et Joëlle, également dans le milieu hospitalier. Le courant passe, en apparence. Quand Jean-Baptiste lui propose de venir vivre à Lyon, Élodie n’hésite pas. Mais cette fille unique a vite le mal du pays. Et Jean-Baptiste, toujours aussi amoureux, cède sans discuter. En 2022, le couple s’installe à Mazamet, dans un pavillon de la rue Marguerite.
Apparemment, tout va pour le mieux. Élodie a retrouvé un poste à l’hôpital, Jean-Baptiste du boulot dans une entreprise de Castres. Il s’intègre, se fait de nouveaux amis, poursuit le tir sportif et s’entraîne régulièrement à la carabine dans le jardin des grands-parents paternels. Objectif : la coupe de France.
Il devient père d’une petite fille qu’il adore. Que demander de plus ?
En août 2023, il devient père d’une petite Monya*, une fillette qu’il adore. Que demander de plus ? Pourtant, le garçon sent bien que sa belle-famille ne l’aime pas. Peut-être la couleur de sa peau. Peut-être son tempérament jovial qui déplaît. Le samedi 13 avril 2024, alors qu’il est au téléphone avec son ami Jean-Philippe, un compatriote installé à Toulouse, il lui confie, l’air sombre :
— Ils sont tous contre moi, je ne comprends pas…
Les jours qui suivent, Jean-Philippe tente de le rappeler. Sans succès. Son frère Félix, qui vit près de Bayonne, n’a pas de nouvelles non plus. Même Criss, un vieux pote lyonnais, reste sans réponse. Pourtant, il devait venir passer le week-end chez lui. Inquiet, Criss finit par joindre Élodie.
— Jean-Baptiste ? Il est parti jeudi sans prévenir, lui explique-t-elle. Quand je suis rentrée, la maison était vide. Il a pris toutes ses affaires. Depuis, je n’ai plus de nouvelles…
Disparu sans rien dire à personne ? Lui, le gars sociable, accro aux réseaux sociaux, qui postait presque tous les jours sur TikTok ? Parti sans un mot, en laissant derrière lui sa fille, lui le papa poule ? Personne n’y croit.
C’est pour cela que les copains de Jean-Baptiste, venus de Lyon, de Toulouse, de Bayonne et d’ailleurs, ont décidé ce jour-là de se retrouver à Mazamet pour tirer l’affaire au clair. Élodie finit par arriver rue des Marguerites. Elle n’est pas seule. Son père, la soixantaine grisonnante, l’accompagne. Il les prend de haut, genre « Vous n’allez pas nous emmerder avec ce petit con qui a plaqué ma fille ». Mais les autres ne se laissent pas impressionner et il finit par leur ouvrir la maison. Tous sont déjà venus ici plusieurs fois. Et ils sont sous le choc en découvrant le salon : le canapé vert et les deux fauteuils assortis ont disparu, tout comme la table basse et le tapis rouge. En revanche, les murs ont été fraîchement repeints, l’air embaume le White spirit, et le lino brille comme s’il venait d’être astiqué. En plus, deux carabines de compétition appartenant à Jean-Baptiste – ses trésors – sont posées dans un coin. Quand Jean-Philippe fait remarquer qu’il n’aurait jamais laissé ses armes, Claude T. s’emporte :
— Tu crois qu’on l’a tué, Jean-Baptiste ? Qu’on lui a fait du mal ou quoi ? Barrez-vous ou j’appelle la police.
— La police ? Ça tombe bien, on a des choses à lui dire, lui répond le garçon sans se démonter.
Les policiers refusent de prendre sa déposition
Et ils se rendent dans la foulée au commissariat. Mais là encore, c’est la douche froide. Quand Félix évoque la disparition de son frère, les policiers refusent de prendre sa déposition. Motif : Jean-Baptiste est majeur et il a le droit de faire ce qu’il veut. D’ailleurs, ajoute l’un d’entre eux, sa compagne Élodie est déjà venue signaler qu’il avait « abandonné le domicile conjugal ». En d’autres termes : « Circulez, y a rien à voir ! » On imagine leur déception. Et leur malaise. La disparition de Jean-Baptiste et de ses meubles, son silence inexplicable, les travaux de peinture, les deux armes laissées derrière lui, l’agressivité du père d’Élodie… Ils sont persuadés qu’on leur cache quelque chose.
Rentré chez lui, Félix ne lâche pas l’affaire. Il envoie un courrier au procureur de la République, sans obtenir de réponse. Il contacte aussi l’entreprise où travaillait Jean- Baptiste. Là encore, surprise : on lui répond que le 18 avril, le jeune homme a envoyé un mail pour annoncer sa démission immédiate, sans explication. Un message rédigé depuis son adresse personnelle… mais qui ne ressemble pas à son style.
Les proches du disparu se mobilisent sur les réseaux sociaux
Alors que l’affaire semble au point mort, les proches du disparu refusent de baisser les bras. Avec une rare obstination, ils se mobilisent sur les réseaux sociaux, principalement sur TikTok. Ils se cotisent aussi pour prendre un avocat, Me Ferdinand Djammen Nzepa, du barreau de Toulouse. Seule Élodie semble se désintéresser totalement du sort du père de sa fille. Elle a quitté la maison de la rue des Marguerites pour un appartement et refuse désormais tout contact avec les amis de son ex. Un an plus tard, le 1er juin 2024, ceux-ci organisent une manifestation devant la gare de Mazamet. Au programme, de grands portraits du disparu et des banderoles appelant la justice à ouvrir une enquête. Leur ténacité finira par payer. Durant l’été 2025, le parquet de Toulouse décide enfin de saisir la PJ. Les enquêteurs de la brigade criminelle reprennent tout à zéro. En étudiant les déclarations d’Élodie et de ses parents, ils relèvent de nombreuses incohérences. Ils découvrent également des détails troublants. Depuis le 18 avril 2024, le compte bancaire de Jean-Baptiste n’a connu aucun mouvement, sa carte Vitale n’a plus servi, et la police des frontières confirme qu’il n’a jamais quitté le territoire. En revanche, ils découvrent qu’il avait appris à Élodie à tirer avec sa carabine…
Elle prétend qu’il serait devenu violent
Le 9 décembre dernier, la jeune femme et ses parents sont discrètement interpellés et placés en garde à vue. Très vite, Élodie s’effondre et passe aux aveux. Sa version ? Elle prétend que Jean-Baptiste serait devenu violent. Le soir du 17 avril 2024, à l’issue d’une ultime dispute, elle aurait eu peur. Elle s’empare alors d’une carabine 22 Long Rifle et lui tire dessus. Deux balles : une dans la poitrine, une dans la tête. Puis elle appelle sa mère, à qui elle avait confié ce jour-là ses deux enfants, pour lui dire qu’elle a « fait une bêtise ». Joëlle accourt. Elle dit trouver sa fille « prostrée, en état de choc, comme tétanisée ». Quant à Jean-Baptiste, « étendu sur le canapé au milieu d’une mare de sang », il est mort. Elle prétend avoir voulu appeler la police, mais sa fille aurait refusé.
C’est alors que le père entre en scène. Claude, arrivé à son tour rue des Marguerites, décide d’aider sa fille à se débarrasser du corps. Il enroule le cadavre de son gendre dans le tapis rouge du salon, le charge dans le coffre de sa voiture et prend la route en direction de l’Hérault avec Élodie. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, ils s’arrêtent au pont de Poussarou, un viaduc vertigineux qui enjambe une gorge où serpente un ruisseau : l’Ilouvre. L’endroit idéal. Claude balance le corps par-dessus le parapet puis les deux complices rentrent à Mazamet. Sans rien dire à Joëlle. Là, durant deux jours, ils vont nettoyer les taches de sang, se débarrasser des meubles et des affaires de Jean-Baptiste et repeindre à neuf le salon. Élodie, pour parfaire la mise en scène, envoie depuis l’ordinateur du mort le fameux mail de démission. Puis Claude, par acquit de conscience, retourne au pont de Poussarou s’assurer que le cadavre n’est pas visible depuis la route. Bien lui en prend. Le corps, en dévalant la pente, est resté coincé par un arbre.
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Fin avril 2024, à Mazamet, dans le Tarn. Un petit groupe remonte lentement la rue des Marguerites, attirant tous les regards. Pas tant parce qu’ils sont pour la plupart noirs, mais à cause de leur manège. Porte après porte, ils sonnent, insistent, montrent une photo sur leurs téléphones. Les voisins, méfiants, répondent à peine. Pourtant, ces jeunes ne sont pas là pour importuner le quartier : ils cherchent Jean-Baptiste Moutassié, 28 ans, un de leurs amis qui habite au numéro 6, disparu depuis plusieurs jours. Ce jour-là, ils ont rendez-vous avec sa compagne, Élodie, qui doit les rejoindre sur place. En l’attendant, ils en profitent pour mener leur propre petite enquête de voisinage, convaincus qu’il est arrivé quelque chose de grave. Sans rien obtenir de concret. Ici, dans ce quartier pavillonnaire, on ne s’occupe pas trop de ce qui se passe chez les autres. Pourtant, sans le savoir encore, ils viennent de mettre le doigt sur une affaire criminelle hors norme.
C’est presque par hasard que Jean-Baptiste Moutassié a atterri deux ans plus tôt à Mazamet. Originaire du Cameroun, ce solide garçon à la coiffure rasta débarque à Lyon à l’âge de 17 ans pour y poursuivre ses études en chaudronnerie. Pas évident, pour un jeune expatrié, de se retrouver seul dans un foyer aussi loin de chez lui. Mais Jean-Baptiste s’en sort vite : il se fait des copains, décroche son BTS, enchaîne les petits contrats en intérim et parvient même à envoyer un peu d’argent à sa famille. À Lyon, il découvre aussi une passion inattendue, le tir sportif, et surtout l’amour. En 2017, il rencontre Élodie T., une femme de son âge, via le site de rencontres Badoo.
Une chance de repartir à zéro
Élodie, elle, est originaire de Mazamet. Petite brune aux cheveux longs, aide-soignante de profession, elle traverse à l’époque une période compliquée. Son ex-compagnon, légionnaire, l’a quittée après avoir découvert, au retour d’une mission à l’étranger, qu’elle le trompait avec son meilleur ami. De cette relation, elle a un fils de 3 ans qu’elle élève seule. Alors, quand elle rencontre Jean-Baptiste, ce garçon doux et attentionné, elle y voit une chance de repartir à zéro. Très vite, il descend lui rendre visite dans le Tarn, à 400 kilomètres de Lyon. Il fait la connaissance des parents d’Élodie, Claude T., chauffeur routier, et Joëlle, également dans le milieu hospitalier. Le courant passe, en apparence. Quand Jean-Baptiste lui propose de venir vivre à Lyon, Élodie n’hésite pas. Mais cette fille unique a vite le mal du pays. Et Jean-Baptiste, toujours aussi amoureux, cède sans discuter. En 2022, le couple s’installe à Mazamet, dans un pavillon de la rue Marguerite.
Apparemment, tout va pour le mieux. Élodie a retrouvé un poste à l’hôpital, Jean-Baptiste du boulot dans une entreprise de Castres. Il s’intègre, se fait de nouveaux amis, poursuit le tir sportif et s’entraîne régulièrement à la carabine dans le jardin des grands-parents paternels. Objectif : la coupe de France.
Il devient père d’une petite fille qu’il adore. Que demander de plus ?
En août 2023, il devient père d’une petite Monya*, une fillette qu’il adore. Que demander de plus ? Pourtant, le garçon sent bien que sa belle-famille ne l’aime pas. Peut-être la couleur de sa peau. Peut-être son tempérament jovial qui déplaît. Le samedi 13 avril 2024, alors qu’il est au téléphone avec son ami Jean-Philippe, un compatriote installé à Toulouse, il lui confie, l’air sombre :
— Ils sont tous contre moi, je ne comprends pas…
Les jours qui suivent, Jean-Philippe tente de le rappeler. Sans succès. Son frère Félix, qui vit près de Bayonne, n’a pas de nouvelles non plus. Même Criss, un vieux pote lyonnais, reste sans réponse. Pourtant, il devait venir passer le week-end chez lui. Inquiet, Criss finit par joindre Élodie.
— Jean-Baptiste ? Il est parti jeudi sans prévenir, lui explique-t-elle. Quand je suis rentrée, la maison était vide. Il a pris toutes ses affaires. Depuis, je n’ai plus de nouvelles…
Disparu sans rien dire à personne ? Lui, le gars sociable, accro aux réseaux sociaux, qui postait presque tous les jours sur TikTok ? Parti sans un mot, en laissant derrière lui sa fille, lui le papa poule ? Personne n’y croit.
C’est pour cela que les copains de Jean-Baptiste, venus de Lyon, de Toulouse, de Bayonne et d’ailleurs, ont décidé ce jour-là de se retrouver à Mazamet pour tirer l’affaire au clair. Élodie finit par arriver rue des Marguerites. Elle n’est pas seule. Son père, la soixantaine grisonnante, l’accompagne. Il les prend de haut, genre « Vous n’allez pas nous emmerder avec ce petit con qui a plaqué ma fille ». Mais les autres ne se laissent pas impressionner et il finit par leur ouvrir la maison. Tous sont déjà venus ici plusieurs fois. Et ils sont sous le choc en découvrant le salon : le canapé vert et les deux fauteuils assortis ont disparu, tout comme la table basse et le tapis rouge. En revanche, les murs ont été fraîchement repeints, l’air embaume le White spirit, et le lino brille comme s’il venait d’être astiqué. En plus, deux carabines de compétition appartenant à Jean-Baptiste – ses trésors – sont posées dans un coin. Quand Jean-Philippe fait remarquer qu’il n’aurait jamais laissé ses armes, Claude T. s’emporte :
— Tu crois qu’on l’a tué, Jean-Baptiste ? Qu’on lui a fait du mal ou quoi ? Barrez-vous ou j’appelle la police.
— La police ? Ça tombe bien, on a des choses à lui dire, lui répond le garçon sans se démonter.
Les policiers refusent de prendre sa déposition
Et ils se rendent dans la foulée au commissariat. Mais là encore, c’est la douche froide. Quand Félix évoque la disparition de son frère, les policiers refusent de prendre sa déposition. Motif : Jean-Baptiste est majeur et il a le droit de faire ce qu’il veut. D’ailleurs, ajoute l’un d’entre eux, sa compagne Élodie est déjà venue signaler qu’il avait « abandonné le domicile conjugal ». En d’autres termes : « Circulez, y a rien à voir ! » On imagine leur déception. Et leur malaise. La disparition de Jean-Baptiste et de ses meubles, son silence inexplicable, les travaux de peinture, les deux armes laissées derrière lui, l’agressivité du père d’Élodie… Ils sont persuadés qu’on leur cache quelque chose.
Rentré chez lui, Félix ne lâche pas l’affaire. Il envoie un courrier au procureur de la République, sans obtenir de réponse. Il contacte aussi l’entreprise où travaillait Jean- Baptiste. Là encore, surprise : on lui répond que le 18 avril, le jeune homme a envoyé un mail pour annoncer sa démission immédiate, sans explication. Un message rédigé depuis son adresse personnelle… mais qui ne ressemble pas à son style.
Les proches du disparu se mobilisent sur les réseaux sociaux
Alors que l’affaire semble au point mort, les proches du disparu refusent de baisser les bras. Avec une rare obstination, ils se mobilisent sur les réseaux sociaux, principalement sur TikTok. Ils se cotisent aussi pour prendre un avocat, Me Ferdinand Djammen Nzepa, du barreau de Toulouse. Seule Élodie semble se désintéresser totalement du sort du père de sa fille. Elle a quitté la maison de la rue des Marguerites pour un appartement et refuse désormais tout contact avec les amis de son ex. Un an plus tard, le 1er juin 2024, ceux-ci organisent une manifestation devant la gare de Mazamet. Au programme, de grands portraits du disparu et des banderoles appelant la justice à ouvrir une enquête. Leur ténacité finira par payer. Durant l’été 2025, le parquet de Toulouse décide enfin de saisir la PJ. Les enquêteurs de la brigade criminelle reprennent tout à zéro. En étudiant les déclarations d’Élodie et de ses parents, ils relèvent de nombreuses incohérences. Ils découvrent également des détails troublants. Depuis le 18 avril 2024, le compte bancaire de Jean-Baptiste n’a connu aucun mouvement, sa carte Vitale n’a plus servi, et la police des frontières confirme qu’il n’a jamais quitté le territoire. En revanche, ils découvrent qu’il avait appris à Élodie à tirer avec sa carabine…
Elle prétend qu’il serait devenu violent
Le 9 décembre dernier, la jeune femme et ses parents sont discrètement interpellés et placés en garde à vue. Très vite, Élodie s’effondre et passe aux aveux. Sa version ? Elle prétend que Jean-Baptiste serait devenu violent. Le soir du 17 avril 2024, à l’issue d’une ultime dispute, elle aurait eu peur. Elle s’empare alors d’une carabine 22 Long Rifle et lui tire dessus. Deux balles : une dans la poitrine, une dans la tête. Puis elle appelle sa mère, à qui elle avait confié ce jour-là ses deux enfants, pour lui dire qu’elle a « fait une bêtise ». Joëlle accourt. Elle dit trouver sa fille « prostrée, en état de choc, comme tétanisée ». Quant à Jean-Baptiste, « étendu sur le canapé au milieu d’une mare de sang », il est mort. Elle prétend avoir voulu appeler la police, mais sa fille aurait refusé.
C’est alors que le père entre en scène. Claude, arrivé à son tour rue des Marguerites, décide d’aider sa fille à se débarrasser du corps. Il enroule le cadavre de son gendre dans le tapis rouge du salon, le charge dans le coffre de sa voiture et prend la route en direction de l’Hérault avec Élodie. Une cinquantaine de kilomètres plus loin, ils s’arrêtent au pont de Poussarou, un viaduc vertigineux qui enjambe une gorge où serpente un ruisseau : l’Ilouvre. L’endroit idéal. Claude balance le corps par-dessus le parapet puis les deux complices rentrent à Mazamet. Sans rien dire à Joëlle. Là, durant deux jours, ils vont nettoyer les taches de sang, se débarrasser des meubles et des affaires de Jean-Baptiste et repeindre à neuf le salon. Élodie, pour parfaire la mise en scène, envoie depuis l’ordinateur du mort le fameux mail de démission. Puis Claude, par acquit de conscience, retourne au pont de Poussarou s’assurer que le cadavre n’est pas visible depuis la route. Bien lui en prend. Le corps, en dévalant la pente, est resté coincé par un arbre.
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17j
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On va pas se taper des stickourz Adolf sur tous les topics j'espère, on n'est pas chez les Chleuh d'AVN
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il y a 17 jours
RotiPorc
17j
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il y a 17 jours
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