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il y a 2 ans
Des chercheurs de Bordeaux et Lille vont mener des tests sur des terrains de l’université pour comprendre l’impact écologique de la « terramation », un éventuel nouveau rite funéraire

Imaginez qu’à la place des tombes, naissent des arbres. Que les cimetières seraient des forêts. La « terramation » sera peut-être le troisième rite funéraire possible en France dans quelques années. Selon un sondage de 2022 (1) mené par Opinion Way pour l’association Humo sapiens et la Maif, 59 % des Français affirment aspirer à une mort régénérative et 46 % se déclarent prêts à recourir à la terramation.

À Bordeaux et à Lille, deux chercheurs du CNRS lancent une étude pour comprendre, analyser et obtenir des données autour de la question « peut-on réduire l’impact environnemental des défunts en compostant les corps ? ». L’objectif est double : acquérir de la connaissance fondamentale et fournir des données pour décider ou pas d’une application concrète dans la société civile. Le 7 mars dernier, le gouvernement a annoncé la création d’un groupe de travail sur l’« humusation », un type de terramation.

Éclaircir le débat
Sacha Kacki est archéo-anthropologue à l’université Bordeaux-Montaigne et chargé de recherche au CNRS au laboratoire Pacea. Damien Charabidze est professeur à l’université de Lille et au Centre d’histoire judiciaire du CNRS, et spécialiste en décomposition des corps par les insectes nécrophages. Ils travaillent avec plusieurs parties prenantes : des gestionnaires de cimetières, des entreprises funéraires et l’association Humo sapiens, qui plaide pour la reconnaissance de la terramation en France.

« Nous donnerons des réponses à leurs questions, mais nous ne sommes pas là pour dire ce qu’ils ont besoin d’entendre », prévient Damien Charabidze. « Nous étudierons la décomposition du corps, précise son collègue bordelais, l’évolution de ses températures, les modifications du pH des éléments environnants, du sol, etc. Nous recenserons les données nécessaires pour éclaircir le débat. »

La troisième voie
Si les études parlent de « compost funéraire », c’est pour utiliser un terme large. « Il ne sera pas question de faire du biocompost utilisable dans les jardins avec les restes de nos défunts, cadre d’emblée Damien Charabidze. Certains pays autorisent ces pratiques, en France ce n’est même pas un sujet. » L’idée est de proposer une troisième solution au-delà de l’inhumation ou de la crémation, « une approche respectueuse de la dignité des corps alliée aux contraintes de gestion des cimetières ».

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La terramation consiste à placer le corps entre deux couches de copeaux végétaux afin d’accélérer sa décomposition. « Ce processus dépend de plusieurs facteurs, notamment environnementaux, estime le chercheur lillois, mais disons qu’il faut entre trois et six mois pour que le corps se décompose », là où il est nécessaire d’attendre entre six mois et un an pour une inhumation classique.

Il restera les derniers ossements à gérer, comme lors d’une crémation. Ce rite serait réalisé dans un cimetière où un espace de recueillement pour les familles serait créé, éventuellement un arbre planté en lieu et place du dernier voyage du défunt. Les partisans de cette pratique évoquent un « retour à la Terre », « l’appartenance au cycle de la vie et de la nature ». Selon Sacha Kacki, « la manière dont une société traite ses morts en dit long sur ses valeurs. »

Un test à la fac de Bordeaux
Pour le moment, le législateur n’a fait pas évoluer la loi faute de données scientifiques suffisantes. « Pour avancer dans un processus de législation, ou non, il faut s’assurer de l’innocuité de la terramation quant à plusieurs conséquences éventuelles, détaille Sacha Kacki, comme les maladies dues aux bactéries ou l’impact sur le terrain – car le but reste écologique. Nous analyserons l’humus résultant de la décomposition pour voir, notamment, s’il reste des traces de médicaments ou autres. »

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L’étude n’utilisera pas de corps humains, c’est interdit. Elle portera sur des cadavres d’animaux. « Des petites bêtes pour commencer, puis l’objectif est d’arriver à étudier un cochon d’environ 30 à 40 kg », explique Sacha Kacki. Ces tests seront menés sur deux terrains, un à la faculté de Bordeaux, l’autre à Lille. En observant deux zones géographiques distantes de 800 km, les chercheurs élargissent le champ d’analyse pour affiner les données pouvant être influencées par le climat, l’humidité ou le type de sol.

Révolution sociétale
« Nous sommes en train de sortir de la dichotomie occidentale des solutions funéraires – inhumation ou crémation. Nous vivons une évolution fondamentale car c’est une période charnière dans le traitement funéraire avec cette éventuelle troisième voie. C’est émouvant pour moi de participer à une petite révolution sociétale comme il n’y en a pas eu depuis la fin du XIXe siècle », témoigne le chercheur bordelais.

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On peut résumer à trois grandes périodes les choix sociétaux de l’Occident pour ses défunts. De la protohistoire à l’Antiquité tardive, la crémation était majoritaire. Depuis le début de notre ère jusqu’à la fin du XIXe siècle, c’est l’inhumation que l’Occident a préférée pour répondre aux normes chrétiennes qui ordonnaient que le corps reste intact le plus longtemps possible en vue d’une résurrection et du Jugement dernier. « Or, les cimetières ont fini par être pleins, voire embouteillés… Il a donc fallu se résoudre à trouver des solutions », résume Sacha Kacki. Les formalités de l’incinération sont réglementées en France en 1889. La crémation se répand petit à petit jusqu’à devenir majoritaire dans les choix des Français depuis une quinzaine d’années.

Thanatopracteurs et environnement
Les tests réalisés à Lille et à Bordeaux étudieront notamment l’éventuelle présence de produits chimiques dans le sol après décomposition des corps. « Certains vont se dégrader mais cela posera la question de quoi faire avec les produits thanatopracteurs, car ces conservateurs risquent de se retrouver dans le sol », assure Sacha Kacki, même si dans une quantité moindre que lorsque le corps est enterré, puisque la terramation engendre sa décomposition. « C’est d’ailleurs justement la raison pour laquelle il ne faut pas que les cimetières se situent au-dessus de nappes phréatiques… »
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il y a 2 ans
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Ça s'appelle l'humusation.

www.humusation.org https://www.humusation.org/
il y a 2 ans
Les serial killers, ces écolos visionnaires
:chat_capri_sun:
il y a 2 ans
Post dans le doute
il y a 2 ans
Et pour les corps des golems plein de graphène ou autre saloperies chimiques ?
:chat_capri_sun:
il y a 2 ans