Sujet résolu
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Salut tout le monde!
Je rédige ce petit dossier pour parler d'une période peu mentionnée dans l'histoire de Sparte et pour présenter deux hommes qu'on connait très peu et qui ont pourtant joué un rôle majeur durant le 3ème siècle.
Très loin des clichés entourant la cité, il s'agit ici de plonger dans une réalité peu étudiée et qui paraît fade à côté de la grandeur de Lacédémone et de ses héros classiques. Car il s'agit ici de parler de la période hellénistique, une époque de déclin pour la ville qui détenait autrefois l'hégémonie sur le monde hellénique.
Tout d'abord, qu'est-ce que Sparte?
Quand on pense à Sparte, on s'imagine le Péloponnèse, mais sans vraiment se rendre compte de la surface du territoire que la ville contrôlait. Pour se faire une idée, voilà les possessions lacédémoniennes au 5ème siècle.
Comme vous le constatez, le territoire est plutôt imposant pour les standards de l'époque. Sparte possède la moitié du Péloponnèse quand d'autres cités doivent se partager l'autre moitié (Corinthe, Argos, Elis, Sicyone...).
Cette situation dure jusqu'en 362 où après deux terribles défaites, nos hommes à la cape rouge voient leur territoire être réduit drastiquement. A quel point? Je vous laisse juger.
(Les zones violettes dans le sud du Péloponnèse représentent ce qu'il reste à Sparte).
En parallèle à ces considérations diplomatiques/territoriales, il faut s'intéresser au système politique lacédémonien. A Sparte, deux rois règnent (un doit toujours être présent dans la cité) et une aristocratie prend part aux décisions politiques. Qui est aristocrate à Sparte? Tout homme né d'un citoyen spartiate à qui est confié un lot de terre et qui doit participer aux repas en commun. En clair, pour conserver son statut d'homoios (littéralement égal), chaque citoyen doit assumer son rang. Un citoyen participe à la vie de la cité et il la défend quoiqu'il en coûte. L'intérêt de sa patrie importe plus que l'intérêt de sa personne. Ne pas pouvoir gérer sa terre = faiblesse. Ne pas avoir assez pour participer aux repas en communs = faiblesse. Fuir le champ de bataille = faiblesse. Un citoyen ne peut pas être faible.
A côté de ce corps de citoyens, on trouvait des périèques, des hommes libres qui combattaient, mais qui n'avaient pas les mêmes droits que les homoioi. Leur nombre variait, mais ils composaient la majorité de l'armée spartiate. Si on repenche maintenant sur les deux cartes, on se dit à juste titre que Sparte va avoir des problèmes.
Si pour rester homoios, il faut détenir un lopin de terre, que faire quand le territoire de la cité est divisé par 2,5? On ne fait pas. Outre la saignée importante qu'ont représenté les deux défaites du 4ème siècle, de plus en plus de citoyens vont s'appauvrir, contracter des dettes. Résultat, d'autres citoyens vont récupérer les lots de terre pour purger ces dettes, révoquant de fait le titre d'homoios aux hommes qui doivent se séparer de leur parcelle. Plus le temps avance, plus le nombre de citoyens diminue à cause de ce processus, tandis qu'en parallèle, les riches deviennent toujours plus riches. L'oliganthropie se manifeste dans toute sa splendeur et ce qui était une aristocratie est devenue une oligarchie (la première étant le côté brillant de ce système politique, la 2ème étant sa corruption). Quand Sparte comptait 10'000 citoyens au 5ème siècle, elle n'en compte désormais plus que... 100 au milieu du 3ème siècle.
Au milieu de ce merdier gigantesque, Agis débarque de manière fracassante dans l'histoire.
Je rédige ce petit dossier pour parler d'une période peu mentionnée dans l'histoire de Sparte et pour présenter deux hommes qu'on connait très peu et qui ont pourtant joué un rôle majeur durant le 3ème siècle.
Très loin des clichés entourant la cité, il s'agit ici de plonger dans une réalité peu étudiée et qui paraît fade à côté de la grandeur de Lacédémone et de ses héros classiques. Car il s'agit ici de parler de la période hellénistique, une époque de déclin pour la ville qui détenait autrefois l'hégémonie sur le monde hellénique.
Tout d'abord, qu'est-ce que Sparte?
Quand on pense à Sparte, on s'imagine le Péloponnèse, mais sans vraiment se rendre compte de la surface du territoire que la ville contrôlait. Pour se faire une idée, voilà les possessions lacédémoniennes au 5ème siècle.
Comme vous le constatez, le territoire est plutôt imposant pour les standards de l'époque. Sparte possède la moitié du Péloponnèse quand d'autres cités doivent se partager l'autre moitié (Corinthe, Argos, Elis, Sicyone...).
Cette situation dure jusqu'en 362 où après deux terribles défaites, nos hommes à la cape rouge voient leur territoire être réduit drastiquement. A quel point? Je vous laisse juger.
(Les zones violettes dans le sud du Péloponnèse représentent ce qu'il reste à Sparte).
En parallèle à ces considérations diplomatiques/territoriales, il faut s'intéresser au système politique lacédémonien. A Sparte, deux rois règnent (un doit toujours être présent dans la cité) et une aristocratie prend part aux décisions politiques. Qui est aristocrate à Sparte? Tout homme né d'un citoyen spartiate à qui est confié un lot de terre et qui doit participer aux repas en commun. En clair, pour conserver son statut d'homoios (littéralement égal), chaque citoyen doit assumer son rang. Un citoyen participe à la vie de la cité et il la défend quoiqu'il en coûte. L'intérêt de sa patrie importe plus que l'intérêt de sa personne. Ne pas pouvoir gérer sa terre = faiblesse. Ne pas avoir assez pour participer aux repas en communs = faiblesse. Fuir le champ de bataille = faiblesse. Un citoyen ne peut pas être faible.
A côté de ce corps de citoyens, on trouvait des périèques, des hommes libres qui combattaient, mais qui n'avaient pas les mêmes droits que les homoioi. Leur nombre variait, mais ils composaient la majorité de l'armée spartiate. Si on repenche maintenant sur les deux cartes, on se dit à juste titre que Sparte va avoir des problèmes.
Si pour rester homoios, il faut détenir un lopin de terre, que faire quand le territoire de la cité est divisé par 2,5? On ne fait pas. Outre la saignée importante qu'ont représenté les deux défaites du 4ème siècle, de plus en plus de citoyens vont s'appauvrir, contracter des dettes. Résultat, d'autres citoyens vont récupérer les lots de terre pour purger ces dettes, révoquant de fait le titre d'homoios aux hommes qui doivent se séparer de leur parcelle. Plus le temps avance, plus le nombre de citoyens diminue à cause de ce processus, tandis qu'en parallèle, les riches deviennent toujours plus riches. L'oliganthropie se manifeste dans toute sa splendeur et ce qui était une aristocratie est devenue une oligarchie (la première étant le côté brillant de ce système politique, la 2ème étant sa corruption). Quand Sparte comptait 10'000 citoyens au 5ème siècle, elle n'en compte désormais plus que... 100 au milieu du 3ème siècle.
Au milieu de ce merdier gigantesque, Agis débarque de manière fracassante dans l'histoire.
il y a un an
Sponsorisé
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Agis fait partie de la maison royale des Eurypontides (une des deux familles régnantes). Elevé par sa mère et sa grand-mère dans un luxe et une opulence digne d'un nabab africain, il est pourtant enclin à la sobriété. Ainsi, lorsqu'il arrive au pouvoir, "il se raidit aussitôt contre les plaisirs et, rejetant la parure qui attire tellement l'attention sur la beauté physique, se débarrassant et se gardant de toute forme de luxe, il arborait fièrement le manteau grossier des Spartiates et recherchait leurs repas, leurs bains et leur mode de vie." Plutarque, Vie d'Agis et de Cléomène 4, 2.
Excédé par l'état de sa patrie, Agis veut lui rendre sa gloire d'antan. Il se met à sonder les foules. Il découvre une jeunesse séduite par son idée de redorer le blason spartiate et il obtient des soutiens familiaux. Sa mère le suit, ainsi que son oncle Agésilas, un rhéteur excellent. Il s'attaque ensuite aux femmes spartiates qui géraient l'argent des citoyens. Ces femmes rejettent majoritairement la proposition d'Agis. Par cupidité et soif du pouvoir, elles vont trouver Léonidas, l'autre roi de l'époque et le prient de contenir les ambitions d'Agis.
Léonidas veut s'opposer à Agis, mais il n'ose le faire directement. Il joue double jeu et fomente la ruine de son homologue en sous-main.
Pendant ce temps, Agis parvient à faire nommer Lysandre (un de ses amis) éphore (magistrat). Il lui dit immédiatement de faire passer une loi concernant les dettes et les lots de terre. L'idée est de supprimer purement et simplement les dettes et de découper le territoire spartiate en parcelles un peu plus petites pour les redistribuer. Agis table sur 4'500 lots pour les Spartiates et 15'000 pour les périèques qui pourraient alors accéder à la citoyenneté selon les cas. Certains magistrats tergiversent. Ils sont réticents à accepter une telle proposition. Agis vient alors en personne parler à l'assemblée et déclare vouloir partager 600 talents (une somme astronomique) et les terres qu'il possède pour le bien de la cité. Le peuple est ravi. Enfin un roi qui veut redonner le lustre à Lacédémone.
De son côté, Léonidas s'y oppose. Voyant la popularité d'Agis, il comprend qu'il ne sera que méprisé s'il suit le mouvement. Les riches le poussent en même temps à refuser la proposition qui leur ferait perdre leurs privilèges exorbitants. S'ensuit un bordel juridique fait de loi votée puis révoquée puis d'un vainqueur (Léonidas) qui doit se réfugier dans un temple, avant de s'exiler puis de Lysandre qui finit son mandat et de complot contre Léonidas qu'Agis fait escorter en lieu sûr en dehors du territoire spartiate. Finalement, Léonidas est remplacé à la royauté par son gendre Cléombrotos, plutôt partisan d'Agis. Contre toute attente, Agis semble donc l'emporter.
Pourtant, Agésilas, son oncle, va venir tout ruiner. Agésilas est un des Spartiates les plus dotés. Néanmoins, il est criblé de dettes. Il veut donc les abolir, mais sûrement pas redistribuer ses terres. Il persuade donc les magistrats de voter l'abolition des dettes, mais de remettre à plus tard, la redistribution des terres. En outre, il pousse Agis à partir en guerre aux côtés des Achéens qui occupe le nord du Péloponnèse.
(Oubliez la Messénie pour Sparte, à l'époque elle ne la contrôlait pas, mais le reste et juste et comme les cartes ne courent pas sur internet...)
Agis part donc vers le nord et participe plus ou moins aux opérations. L'important se trouve cependant ailleurs. Pendant l'absence d'Agis, Agésilas en profite pour devenir éphore et se met à se comporter comme le dernier des Sarkozy. Il invente des magouilles pour s'en mettre plein les poches, recrute des gardes du corps et menace les Spartiates dans les rues. Il s'y prend s'y bien qu'il se fait haïr par toute la population. Et comme Agis n'est plus là et qu'il fait partie de sa famille, que font les Spartiates? Ils font revenir Léonidas en secret. Devant ce retournement de situation et le soutien populaire envers Léonidas, Cléombrotos et Agis se réfugient dans des temples en tant que suppliants. Léonidas s'en prend d'abord à Cléombrotos. Là, sa fille se range aux côtés de son mari. Elle prie son père de ne pas faire de mal à Cléombrotos, tant et si bien qu'il finit par accepter. Cléombrotos et la fille de Léonidas partiront donc en exil avec leurs enfants.
Quant à Agis, il en va différemment. Celui-ci s'est aussi réfugié dans un temple en tant que suppliant. Personne n'ose donc le toucher, pas même Léonidas. Ce dernier essaie de le convaincre de sortir, mais Agis se méfie. Il préfère rester dans le sanctuaire, n'en sortant que pour aller aux bains. Léonidas passe donc à un autre plan. Il choisit de corrompre des amis d'Agis et lors d'une des sorties, il le fait capturer. S'ensuit un jugement truqué où Agis est jugé coupable et condamné à mort pour avoir enfreint les lois de Lycurgue.
On dit que lors de sa mise à mort, le bourreau s'est mis à pleurer devant un tel acte et qu'Agis a pris lui-même la corde et l'a mise autour de son cou avant d'être pendu. Ainsi meurt donc Agis, roi de Sparte qui a voulu redonner la gloire d'antan à sa patrie.
il y a un an
Cléomène
Le destin semble s'amuser avec nous autres mortels. Lorsqu'Agis meurt, il laisse derrière lui une femme, Agiatis, et un fils en bas âge. Léonidas, le roi agiade, décide alors de faire de cette Agiatis l'épouse de son fils Cléomène. L'homme responsable de la mort d'Agis fait en sorte que son fils marie la femme de son ancien rival. Et cette décision va se retourner contre lui.
Plutarque décrit Cléomène en ces termes "Cléomène était ambitieux et plein de grandeur d'âme. Sa nature le disposait autant qu'Agis à la maîtrise de soi et à la simplicité, mais il ne possédait ni son excessive circonspection ni sa douceur. Il y avait en lui une sorte d'aiguillon de colère, un élan plein de violence qui l'entraînait vers tout ce qui lui paraissait beau. Il estimait que gouverner avec l'accord de ses sujets était ce qu'il y avait de plus beau, mais il trouvait également beau de s'imposer à des sujets désobéissants et de les forcer à s'améliorer." Plutarque, Vie d'Agis et de Cléomène, 22, 4-5
Il va donc sans dire que l'état de Sparte pendant que son père Léonidas régne encore le rend furieux. L'oisiveté a gagné toutes les couches de la société. La mollesse et la luxure gangrènent les âmes. Son père ne pense qu'à jouir de ses biens. Personne ne se préoccupe du bien commun.
Lorsque Léonidas meurt en 235, Cléomène (3ème du nom) reprend le flambeau, tandis qu'Archidamos, l'autre roi est toujours en exil. Il cherche alors à sonder les coeurs, à découvrir s'il peut obtenir du soutien pour les réformes qu'il veut faire passer. Le fils de l'oligarque devient défenseur de l'aristocratie! Pourtant, il se rend compte très vite que les magistrats de la cité se contentent de la situation pourrie actuelle et se désolidarisent de lui. La guerre va alors venir changer la donne.
La ligue achéenne cherche à dominer tout le Péloponnèse. Son stratège (général en chef), Aratos, veut profiter de la mort de Léonidas pour annexer des cités de la région. Il se met donc à avancer ses pions, mais il ne se doute pas que Cléomène va réagir de manière imprévue. Non seulement le Spartiate ose s'opposer à l'Achéen (Sparte est alors vue comme faible, ce qui est le cas), mais il n'hésite pas à venir en sous nombre offrir la bataille. Cette témérité paie. Cléomène mène les siens à la victoire contre les Achéens, quand bien même ils sont à 1 contre 4 (5'000 Spartiates contre 21'000 Achéens). Le succès est grandiose pour Cléomène, faisant même croire aux Hellènes qu'Aratos est mort. Pourtant ce dernier ne l'est pas et parvient à contre-attaquer. Il s'empare de la cité de Mantinée et y installe une garnison. Devant ce contre-coup, les Spartiates ne veulent plus se battre et retournent dans leur cité. Cléomène en est déprimé et pour créer un front plus fort contre ceux qui pourraient s'opposer à sa politique, il fait appel à Archidamos, le roi en exil. Ce dernier accepte... mais se fait assassiner sur le chemin du retour.
Le combat de Cléomène ne fait que commencer.
il y a un an






