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image.noelshack.com https://image.noelshack.com[...]6/44/1478305344-dring.png "Hein euuuuuuh quoi quoi? ah merde... c'est l'heure... 3h35... l'usine"

Toujours seul, toujours puceau, toujours triste, personne à côté de moi dans ce grand lit. Je me réveille difficilement et j'allume la lumière dans ma chambre Lidl en bordel et puant le sperme. Je vire ma couette, assit sur le côté gauche du lit je me lève puis j'enfile un boxer célio et mon jogging, je descends dans la cuisine pour manger vite fait. Dehors il fait nuit noire et sûrement frais. Je vois ces abrutis de papillons de nuit attirés par la lumière, se poser sur les fenêtres. Ils sont vraiment cons ces insectes.

Je tremble à cause de la fatigue et de la fraîcheur de l'air, je me verse un café de la veille, je le passe au micro onde vite fait et je l'avale en 3 gorgées. Je mange 2 tranches de brioche et je vais dans la salle de bain.

Je me brosse les dents, il est 3h50, je me lave le visage mais avant ça je m'observe. J'observe ma gueule dépitée de puceau tardif bossant à l'usine. Je suis cerné, calvitié, j'ai aussi des marques rouges de la veille dues à de l'acné et à un rasage trop agressif. Je soupire et j'ai une grosse pression dans ma poitrine. Bon je taille. Évidemment je n'oublie pas mon sac d'usiniste. A l'usine tout le monde a un sac, souvent un sac kipsta éclaté ou un décathlon pas cher, à l'intérieur on y met le casse dalle, dans une boîte en plastique souvent. Je prépare le mien la veille, j'y mets toujours la même chose : un jambon beurre éco+, un sachet de chips Lidl, une brioche aux pépites de chocolat noir maître Jean-Pierre (cimer chef), une banane, une pomme. Quand je suis à l'usine j'ai tout le temps faim.

4h00 il est l'heure que j'y aille. Habitant dans le nord, il fait toujours moins de 15°C la nuit et j'ai donc froid, j'ai froid dehors, j'ai froid dans ma caisse. J'allume les feux et je démarre, je fous le chauffage à fond puis je roule tranquille direction l'usine, j'ai environ 8 minutes de trajet et je prends tout le temps la même route. Le chauffage souffle de l'air froid tout le long du trajet, il se réchauffe un peu juste avant l'arrivée sur le parking de l'usine.

Je ne roule ni vite ni lentement, des fois j'éteins mes feux et j'essaie de rouler à la lumière de la lune comme les truands dans les films mais je ne fais ça que 3 secondes car je ne vois vraiment rien. Une fois arrivé à l'usine je me gare puis j'arrive au tourniquet, je sors mon badge j'entre dans le site (tout est grillagé) puis je vais aux vestiaires. L'enfer commence. En général peu de gens disent bonjour. On s'en branle on veut juste que les 8 heures d'enfer se terminent le plus rapidement. Travaillant dans l'agro, je dois porter un pantalon en coton blanc ainsi qu'une veste en coton blanc. Je me dirige vers les cintres ou sont rangés les habits propres et comme d'habitude, rien à ma taille. Je suis de taille normale et de poids normal mais les habits à ma taille sont soit troués ou volatilisés, merci aux cons qui prennent 3 chemises et 3 pantalons puis qui les planquent dans leur casier. Du coup je me retrouve avec un futal qui traîne par terre et une chemise qui me sert de voile, je suis grotesque. J'ai aussi mes chaussures de sécurité bien sûr, inconfortables au possible et qui défoncent le dos.

Je passe devant les chiottes, je quitte les vestiaires puis je pointe. Prise de poste à 4h30 mais je dois arriver à 4h25 afin que le collègue avant moi me donne la relève. Souvent la journée se passe normalement, des fois c'est la merde et dans ce cas la je suis tout seul à gérer des pannes, des commandes à rattraper ou d'autres trucs chiants. Si je devais résumer mon travail ce serait : courir partout dans l'atelier et courir encore plus quand ça merde. Rien de plus. Je m'occupe de 4 lignes de production, je dois avoir l'oeil sur tout et à tout moment, parfois je fais de la manutention. C'est très chiant et aliénant, personne ne parle car il y a trop de bruit dans l'atelier. De toute façon de quoi parler et avec qui ? On parle souvent de la boucle sur ce forum mais la plus grosse boucle c'est l'usine et de loin. Les mecs qui viennent la tous les jours depuis des années sont atteints mentalement. Je les estime mais ils ont un grain. Certains n'ont qu'un seul sujet de conversation, leur jardin, leurs achats (la plupart sont de gros consuméristes), les voitures ou les jeux vidéos. Ça s'arrête la. Des fois on rencontre des gens intéressants et assez malins, on se demande comment ils ont pu atterrir ici, dans ce merdier. Les pires sont ceux qui ne parlent QUE de l'usine, c'est rare mais c'est le cas de certains, si on a le malheur de les rencontrer au café ou au supermarché, ils parleront des pannes, des commandes à venir, des erreurs commises par tel ou tel employé, de la conjoncture économique dans l'industrie agroalimentaire (des remarques qui ne viennent pas d'eux mais qu'ils répètent sans cesse et de jours en jours).

Du coup j'attends la pause, et je pense. Je pense énormément car c'est la seule chose à faire. Je pense à Karl Marx et au surtravail, je pense aux gamins dans les usines d'allumettes au XVIIIe siècle en Angleterre, je me dis que c'est pas si mal ici finalement. Puis je pense à mes collègues du lycée, certains sont ingénieurs, d'autres profs, d'autres sont partis en médecine et je me dis que je devrais en finir. Je pense à une fille en particulier qui est en 6e année de médecine. La question du déterminisme m'obsède et me terrifie. Et si j'avais fait si, si à ce moment là j'avais fait ça est ce que j'aurais pu ...? Souvent je me dis, non. Trop pauvre, trop moche, trop faible, trop con, trop prolo. J'aurais pu lancer les dés 100 fois de suite j'aurais tout de même fini ici dans cette usine atroce, et elle aurait toujours finie pédiatre et dans les bras de son bg 8/10.

8h20 je taille en pause. Mon poids a tendance à chuter dangereusement depuis que je suis à l'usine, alors je mange beaucoup contrairement à certains. Je me tape souvent des réflexions amicales des boomeurs matrixés "eh bah je t'emmènerai pas au resto avec moi!" ou encore "tu vas dormir tout à l'heure avec tout ce que tu manges". Je mange vite, je suis crevé, j'ai envie d'hurler et de pleurer. J'ai envie d'attraper mon voisin par le col, de le secouer et de lui dire "pourquoi on est la? Pourquoi on subit ça ??? C'est donc CA notre existence?"

Retour au boulot, rien de nouveau rien de surprenant, vivement midi trente que je me casse. Une fois l'heure arrivée je passe la relève à mon collègue, je lui souhaite bon courage et je taille, je me change en vitesse puis je sors. Lorsqu'il fait beau le soleil me fait mal aux yeux. J'arrive chez moi, je dois préparer à bouffer mais j'ai qu'une envie c'est de mourir sur mon canapé et c'est ce que je fais souvent, du moins jusqu'à 14h. Le reste de l'après midi je somnole, comme lors d'un réveil après une anesthésie générale. Des fois je vais faire les courses, le reste du temps je reste chez moi. Je suis trop crevé pour go muscu, je ne connais personne et n'ai personne dans ma vie. Le week end est identique à la semaine sauf que je suis moins fatigué. Le seul point intéressant est le fric, je gagne pas loin de 2k net par mois et je dépense peu : bouffe, clio de prolo, location de prolo, alcool et c'est tout. Du coup je fais comme mes collègues : je consomme. En ce moment j'achète des fringues, ça ne me sert à rien car je ne sors jamais, mais j'ai toujours aimé porter des vêtements qui me plaisent, alors j'achète. Lorsque je reçois un colis je me sens heureux et pendant 15 minutes j'oublie presque ma vie misérable d'usiniste dépressif. Le début de soirée est souvent alcoolisé, ça m'aide à m'endormir. Sous ma couette je rêve d'une autre vie ou d'un cataclysme nucléaire vaporisant toute forme d'existence sur Terre, puis je culpabilise, me disant que les autres n'ont pas une vie aussi merdique et méritent davantage de vivre que moi. C'est ainsi que se poursuit ma vie, plate et sans saveur, aliénante, frustrante et déprimante. C'est ainsi que fonctionne l'industrie. Demain ce sera pire.
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il y a un an
:praud_miroir2:
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il y a un an
Résumé : Le narrateur raconte son quotidien répétitif et déprimant d'ouvrier en usine, rythmé par des réveils très matinaux, une solitude pesante, une hygiène de vie dégradée et une alimentation minimale. Il décrit avec amertume sa chambre en désordre, sa routine de préparation, et les trajets glacials vers un travail qu'il déteste. À l'usine, il subit le silence, l’indifférence des collègues, les tâches aliénantes et la pression constante. Il observe la médiocrité ambiante et médite sur le déterminisme social, se comparant à d'anciens camarades mieux lotis. Il se sent prisonnier d’un cycle infernal où la seule échappatoire momentanée est la consommation et l’alcool. Les rares instants de plaisir sont liés à des achats impulsifs qui masquent à peine son mal-être. Il termine ses journées vidé, rêvant d'une autre vie ou de la fin du monde, dans une boucle sans espoir. image.noelshack.com https://image.noelshack.com[...]82436619-gigachadgpt2.png

Résumé du résumé : Un ouvrier d'usine décrit sa routine quotidienne morne, solitaire et épuisante, marquée par la fatigue, la frustration, le désespoir existentiel et une profonde sensation d’aliénation sociale. image.noelshack.com https://image.noelshack.com[...]82436619-gigachadgpt2.png
:hitler_love:
il y a un an
Résumé : Le narrateur raconte son quotidien répétitif et déprimant d'ouvrier en usine, rythmé par des réveils très matinaux, une solitude pesante, une hygiène de vie dégradée et une alimentation minimale. Il décrit avec amertume sa chambre en désordre, sa routine de préparation, et les trajets glacials vers un travail qu'il déteste. À l'usine, il subit le silence, l’indifférence des collègues, les tâches aliénantes et la pression constante. Il observe la médiocrité ambiante et médite sur le déterminisme social, se comparant à d'anciens camarades mieux lotis. Il se sent prisonnier d’un cycle infernal où la seule échappatoire momentanée est la consommation et l’alcool. Les rares instants de plaisir sont liés à des achats impulsifs qui masquent à peine son mal-être. Il termine ses journées vidé, rêvant d'une autre vie ou de la fin du monde, dans une boucle sans espoir. image.noelshack.com https://image.noelshack.com[...]82436619-gigachadgpt2.png

Résumé du résumé : Un ouvrier d'usine décrit sa routine quotidienne morne, solitaire et épuisante, marquée par la fatigue, la frustration, le désespoir existentiel et une profonde sensation d’aliénation sociale. image.noelshack.com https://image.noelshack.com[...]82436619-gigachadgpt2.png
dieu merci je suis au RSA
:rsa_chomeur_bob:
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il y a un an
L'usine on y fait des bonnes rencontres contrairement à la préparation de commandes ça c'est un truc de cassos
il y a un an
Pour la calvitie, y'a des solutions, t'as testé le minoxidil ?
:pensif:
tastycrousty.cyou Juif qui parle, bouche qui ment.
il y a un an
Solution : sortir de l'esclavage salarial
il y a un an
nan nan c'est pas moi dieu merci
:rsa_chomeur_bob:
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il y a un an
:chatfougif:
il y a un an
DTP
DTP
1 an
Pour la calvitie, y'a des solutions, t'as testé le minoxidil ?
:pensif:
nan nan c'est pas de moi
:rsa_chomeur_bob:
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il y a un an
j'ai jamais vu un éboueur jovial
:coupable_:
il y a un an
une cabine de quoi ? un dépôt de quoi ?
il y a un an
3h35. Encore vivant. Malheureusement."

Je m’éveille dans un sursaut froid, comme tous les jours. Pas à cause d’un rêve. Je ne rêve plus. Les rêves m’ont quitté, comme tout le reste.
Je me réveille parce que mon corps me rappelle qu’il n’a pas encore été autorisé à mourir. Je ne suis pas en vie : je suis en fonction.

La chambre pue. Le matelas pue. Je pue. La pièce est saturée d’odeurs de transpiration aigre, de semence séchée et de linge sale. C’est plus une chambre, c’est une fosse.
Je suis seul dans le lit. Pas seul ce matin. Seul depuis toujours. Pas une fille, pas une main, pas un regard. Même les putes m’ignoreraient.

Je m’assois. La tête me tourne, pas à cause d’un manque de sommeil, mais à cause de l’absence de sens. J’existe sans but, sans témoin, sans espoir. Je mets un jogging qui date de mes années lycée. Il est troué. Comme ma volonté.

Cuisine. Deux tranches de brioche molles. Café rance, réchauffé à la hâte. Même mes repas me crachent à la gueule.
Je regarde un instant le mur. J’aimerais qu’il s’effondre sur moi. Rien ne se passe. Évidemment.

Dans la salle de bain, j’affronte le miroir. Une horreur m’observe. Cernes profonds, peau blafarde, trous dans la barbe, yeux éteints. Ce n’est pas un homme. C’est un survivant. Non, pas même. Un déchet fonctionnel.
Je me brosse les dents avec une brosse trop vieille. Le dentifrice a séché au bord du tube. Comme mes rêves.

J’attrape mon sac. Toujours le même contenu. Comme un condamné à mort préparant son dernier repas.
Dehors, il fait noir. L’air est froid, hostile. La Clio peine à démarrer, comme si elle aussi voulait mourir dans le silence.

Je roule. Le chauffage souffle un air tiède de morgue. Les phares éclairent le néant. La route ne mène nulle part, même pas à l’usine.
Elle mène à l’enfer sous néons. 8 minutes pour me rendre là où les âmes s’éteignent à la chaîne.

Le portail est là. Grillage haut. Tourniquet. Badge. Me voilà de retour dans le zoo.
Je traverse les vestiaires. Odeur d’humidité, d’hommes éteints. Les murs suintent la résignation.
Je m’habille. Tenue trop grande, trop courte, trop sale. C’est grotesque. Un clown triste, sans public.

Je passe devant les chiottes. C’est là que je chie ma dignité, chaque matin. Puis je pointe.
4h25. Je suis déjà mort mais je commence quand même.

Le bruit de l’atelier est assourdissant. On ne parle pas ici. On gémit en silence.
Je surveille des machines que je ne comprends même plus.
Des pannes ? Je les répare. Des commandes ? Je les exécute. Des collègues ? Non. Des zombies, comme moi.

Ils parlent parfois. Jardin, voiture, console. Des pantins qui brassent du vide.
D’autres ne parlent que de l’usine. Pire que les autres. Je les évite comme la peste. Ils sont la preuve vivante qu’on peut vivre sans âme pendant des années.

Je pense. Trop. Je pense à ma vie d’avant. À ce qu’elle aurait pu être.
Mais non. J’étais foutu d’avance. Pas assez riche, pas assez malin, pas assez beau.
Elle, elle est en sixième année de médecine.
Moi, j’essaie de pas m’éventrer sur la ligne 4.

Pause. Je bouffe comme un chien affamé.
Les vieux me lancent des blagues molles. Je souris. À l’intérieur je hurle.
Je voudrais les tabasser, les étrangler, leur hurler :
"Pourquoi vous avez fait des gosses si c’était pour leur refiler ça ?"

Mais je dis rien. Je retourne à mon poste.
Les heures passent comme des lames de rasoir.
Midi trente. Libération. Du moins, je croyais.

Je sors, le soleil me perce les yeux. Il me dit "regarde ce que tu ne vivras jamais".
Chez moi, je m’écroule. J’ai faim, mais j’ai la flemme.
Je n’ai rien à faire.
Pas de sport, pas de potes, pas de sorties.
Je suis un bruit blanc. Une présence invisible.

Le week-end, c’est pareil. En moins rythmé.
Je claque mon fric dans des vêtements pour des soirées qui n’existent pas.
Je reçois un colis, j’ouvre. Un quart d’heure de dopamine. Puis le néant revient.

Le soir, je picole. Pas pour me détendre. Pour m’éteindre.
Je m’endors dans une odeur d’alcool, la gorge nouée.
Je rêve d’une bombe, d’un effondrement, d’un silence éternel.

Mais au réveil, je suis toujours là.
Toujours seul.
Toujours puceau.
Toujours invisible.
Toujours vivant.
Malheureusement.
il y a un an