Sujet résolu
L'auteur a trouvé une solution à son problème.
Une équipe de fidèles veille depuis quinze ans aux intérêts de Bruno Retailleau. Et prépare la suite des opérations, de la conquête des Républicains à… 2027 ?
Au cœur du réacteur se trouve le « clan des Vendéens ». Tous ont fait leurs premières armes au service de Philippe de Villiers au conseil général de Vendée, que le fondateur du Mouvement pour la France pilotait d'une main de fer en se reposant largement sur son premier adjoint, Bruno Retailleau.
C'est l'époque où, lorsqu'un conseiller quittait le « Château », surnom de l'hôtel de département, il se voyait offrir une gravure à l'effigie des généraux royalistes et catholiques qui menèrent l'insurrection vendéenne face à la Convention révolutionnaire. La Rochejaquelein, Charette, Bonchamps : des noms de légende, comme autant d'épopées, qui ont bercé ces jeunes conseillers enracinés dans les terres de l'Ouest et qui y vivent encore, fuyant dès qu'ils le peuvent les mondanités parisiennes pour retrouver leurs proches. Retailleau lui-même a longtemps eu dans son bureau un portrait du général Cathelineau, le « saint de l'Anjou », auquel ils aiment le comparer.
Le conseiller spécial du ministre de l'Intérieur, Jean-François Dejean, ancien dircab de Villiers et possible candidat aux Sables-d'Olonne en 2026, est le seul, avec Franck Robine, à tutoyer Bruno Retailleau. Privilège de l'âge : il le connaît « depuis sa naissance », blague-t-il – en vérité depuis le mitan des années 1980, lorsque ce fou de théâtre travaillait au rectorat de Nantes et avait croisé ce jeune élu énergique, encore dans l'ombre de Villiers. Chien de garde de l'équipe à Beauvau, le sexagénaire veille jalousement sur la ligne idéologique du chef, quitte à terroriser les énarques du gouvernement, lui qui ne vient pas de la technocratie. « C'est l'Obersturmführer ! » pince l'un des nombreux ennemis de l'ex-secrétaire général du groupe LR au Sénat.
Caché derrière sa barbe fournie, fuyant la lumière, le chef de cabinet, Louis-Marie Le Roy, a la haute main sur l'agenda millimétré du ministre, avec son adjointe, Céline Platel, haute fonctionnaire passée par le groupe ADP. Il sait décrypter le moindre coup de fatigue chez Retailleau, quand se fait sentir le besoin de se ressourcer auprès des siens dans sa ferme familiale de Saint-Malô-du-Bois. Résident d'un bourg rural des Pays de la Loire, ce quadra affable attaché aux valeurs familiales a croisé la route de « Bruno », comme tous l'appellent, un soir de Vendée Globe dans les années 2000. Le Roy, qui travaillait à la communication du conseil général, s'était aussitôt pris d'affection pour cet homme capable de commander, dans un bar marin des Sables-d'Olonne, une camomille.
Breton originaire de Vendée et intello charpenté ; et le communicant Jean-Baptiste Doat, que tous surnomment « JB ». Un sacré, celui-là. « Un anar de droite, un corsaire, un créatif. Il a un côté droite Houellebecq, un peu déglingue », dépeint un vieux copain. Toujours à l'affût d'un bon coup et pendu à son smartphone, week-end inclus, en taquinant le poisson, clope au bec, sur les rives de l'Île-aux-Moines, son refuge, où il habite. Pour l'épauler, il a fait venir de l'agence Image 7 Florence Coupry. Toujours dans les valises de Retailleau en « VO » (voyage officiel), cette proche d'Anne Méaux garde dans son sac un précieux stock de Stabilo pour le ministre pour le ministre. Jaune, de préférence.
Grande gueule qui n'aime rien tant que le parfum musqué des champs de bataille, « JB » voue une affection immense à Retailleau et rêve pour lui de ponts d'Arcole. Le calme plat, très peu pour lui. Quand son patron était coincé au Sénat, sans perspective, il a monté sa boîte de conseil, Qatane, se passionnant pour l'intelligence artificielle. Au sein du cabinet, il fait le lien avec les élus de tous bords et échange ouvertement avec Renaud Labaye, bras droit de Marine Le Pen, comme avec la macroniste Maud Bregeon ou l'animateur Cyril Hanouna. Tout comme il revendique d'avoir organisé mi-janvier un déjeuner pour son ministre avec Pierre-Édouard Stérin, milliardaire et catholique traditionaliste, pour lequel il a un temps travaillé et dont il convoite la bienveillance pour la suite. Enfant, Doat a bien connu Villiers, ami de ses parents, qui l'a recruté ensuite pour piloter sa com pour la présidentielle de 2007.
Purs produits des familles nombreuses de la Vendée d'après-guerre, ces quadras de combat assument sans complexe leur foi, prégnante sans être prosélyte, et leur conservatisme. Oui, ils sont catholiques, pratiquants, mais récusent l'étiquette identitaire, conscients que leurs adversaires ne se priveront pas de les enfermer dans cette boîte. Oui, ils penchent plus à droite que leur patron, qui se revendique gaulliste après s'être longtemps défini comme un libéral-conservateur.
Dans une vie passée, Doat, dont le frère Pierre est le recteur du sanctuaire du Mont-Saint-Michel, a fondé une école hors contrat aux méthodes traditionnelles à La Roche-sur-Yon. Un projet de vie qui lui tenait à cœur. « Ils sont très “union des droites” », relève un fidèle de Michel Barnier, qui n'a jamais eu à s'en plaindre et leur laissait carte blanche. « Ce sont des cathos tradi. C'est la droite Chateaubriand, Christine Boutin et Manif pour tous, alors que Retailleau a un côté plus chrétien-démocrate avec son passage au Sénat. Ce que les Français aiment dans cette droite, c'est qu'elle leur rappelle une forme d'enracinement qu'avaient leurs grands-parents », décrypte un stratège, qui juge l'équipe endogamique. Ce serait omettre la volonté du ministre de s'entourer de conseillers issus des diverses écoles de pensée de la droite, pour peu qu'elles ne baignent pas dans un progressisme trop woke à ses yeux.
il y a 2 ans
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