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Perner, un vieux trentenaire aux épaules voûtées et au regard toujours un peu ailleurs, gravissait les escaliers grinçants d’un vieil immeuble du quartier. Chaque marche semblait gémir sous son poids, comme si le bâtiment entier lui reprochait sa démarche. Il avait les mains enfoncées dans les poches de son manteau usé, serrant les billets froissés qu’il avait retirés plus tôt au distributeur. Soixante euros. Le prix d’un moment d’oubli.

Il atteignit le troisième étage, essoufflé, et s’arrêta devant la porte marquée d’un numéro à moitié effacé. Il hésita une seconde, puis frappa. La porte s’entrouvrit, révélant une silhouette mince et élancée. C’était elle. La prostituée. Une jeune femme de 21 ans, rousse, avec une peau si pâle qu’elle semblait presque translucide sous la lumière tamisée de l’entrée. Ses cheveux cuivrés tombaient en cascade sur ses épaules, et ses petits seins pointaient sous le tissu fin de sa robe de soie.

« Entre », dit-elle simplement, en s’effaçant pour le laisser passer.

Perner pénétra dans la pièce, une piaule minuscule au papier peint jauni et aux meubles fatigués. Un lit défait occupait la majeure partie de l’espace, et une odeur de vieux parfum et de cigarettes bon marché flottait dans l’air. Il se sentait mal à l’aise, comme toujours, mais il avait l’habitude de ce sentiment. C’était presque un compagnon.

« Tu t’appelles comment ? » demanda-t-elle en s’asseyant sur le bord du lit, croisant ses longues jambes.

« Perner », répondit-il, en évitant son regard.

Elle sourit, un sourire qui n’atteignait pas ses yeux. « Moi, c’est Lila. »

Il hocha la tête, comme si ça avait de l’importance. Il posa les soixante euros sur la table de nuit, et elle les prit sans un mot, les glissant dans un tiroir.

« Alors, tu veux quoi ? » demanda-t-elle, en se levant pour se rapprocher de lui.

Perner sentit son cœur battre plus vite. Il ne savait jamais vraiment ce qu’il voulait. Ce n’était pas le sexe, pas vraiment. C’était quelque chose de plus profond, de plus insaisissable. Une connexion, peut-être. Une preuve qu’il existait encore.

« Juste… parle-moi », murmura-t-il.

Lila le regarda, surprise. Elle n’était pas habituée à ça. Mais elle haussa les épaules et s’assit à nouveau sur le lit, en lui faisant signe de la rejoindre.

« D’accord, Perner. On parle. De quoi tu veux parler ? »

Il s’assit à côté d’elle, les mains posées sur ses genoux, et respira profondément. « De tout. De rien. De toi. »

Elle rit, un rire léger et un peu triste. « Moi ? Il y a pas grand-chose à dire. Je suis là, c’est tout. »

Il la regarda enfin, vraiment. Il vit les cernes sous ses yeux, les marques légères sur ses bras, les cicatrices invisibles qu’elle portait en elle. Et il comprit qu’elle était comme lui. Perdue. Brisée.

« Pourquoi tu fais ça ? » demanda-t-il, sans réfléchir.

Elle détourna les yeux, jouant avec un fil sur sa robe. « Pour survivre. Comme tout le monde. »

Ils restèrent silencieux un moment, le temps semblant s’étirer entre eux. Puis Lila se tourna vers lui, et posa une main sur la sienne.

« Tu veux qu’on fasse quelque chose, ou tu veux juste rester là ? »

Perner sentit une boule se former dans sa gorge. « Juste rester là. »

Elle hocha la tête, et ils restèrent assis côte à côte, dans le silence de la pièce, tandis que les bruits de la ville filtraient à travers la fenêtre entrouverte. Pour la première fois depuis longtemps, Perner se sentit un peu moins seul. Et peut-être que Lila aussi.

il y a 2 ans
J’ai bandé fort
:Hanks_jouir:
Expat au 🇻🇳
il y a 2 ans
:issou:
il y a 2 ans
Lis !
il y a 2 ans