Ce sujet a été résolu
TL:DR
Je suis né il y a plus de 25 ans, quelques années après la Grande Réforme Scolaire. Réforme qui avait pour but de redonner ses lettres de noblesse à l’école de la République - elle ne lui donnera qu’un goût d'hémoglobine. Le pouvoir conservateur voulait rendre l’école élitiste, elle a réussi.
Là où la compétition entre élèves commençait vraiment à l'université, ou au lycée pour les endroits les plus aisés, désormais elle commence à la maternelle, au plus tard. Je ne vous parle pas de rivalité, mais de vraie compétition acharnée, cruelle et antipathique. J’ai le souvenir d’avoir déjà vu des élèves ne pas manger le midi pour réviser… en primaire. Le harcèlement a explosé, l’un des rares moyens de relâcher la pression. Le nombre de dépressifs a triplé chez les jeunes, et le nombre de suicides a suivi cette courbe aussi. J’ai entendu des rumeurs de choses bien plus graves, que l’éducation nationale et l’État se gardent bien de maintenir sous silence, telles que des élèves qui viennent armés, non pas pour se venger d’un système injuste, punir des harceleurs ou des profs, mais pour réduire le nombre d'élèves et augmenter leurs chances d’entrer dans de grandes écoles. Le paroxysme de l’endoctrinement et de la pression familiale finit par se matérialiser dans un déferlement de violence. La République reprend dans la face ce qu’elle crée.
Les parents aisés embauchent des gouvernantes, louent les services de profs reconnus dans le milieu universitaire - je ne parle pas des cours du soir, qui sont ici la norme. Les gens moins aisés, hélas, n’ont pas cette chance. Pour les couples qui peuvent se le permettre, quelqu’un doit rester à la maison pour aider l’enfant. Les parents pré-Réforme sont souvent largués eux aussi. Pour les autres, ils ne se font guère d'illusions sur les chances d’avenir des enfants.
Leur avenir est décidé par un classement national des élèves, découpé en régions. Le classement est consultable publiquement, par tous. Les écoles fixent le montant de points minimum pour rejoindre leur établissement, et ça, à tous les niveaux : au primaire, au collège, au lycée, à l’université. Mais ça ne s’arrête pas là. La première information que vous allez noter sur un CV après votre nom et prénom, c’est votre nombre de points.
Les points sont un crédit social scolaire. Il n’y a pas que vos notes qui comptent. Vos comportements, vos appréciations comptent aussi. Tous les jours de votre scolarité, vous y pensez. Vous avez peur de faire n’importe quoi pour perdre des points. Car depuis la maternelle, on vous le répète : si vous voulez réussir votre vie, vous devez avoir le plus de points possible. Depuis la réforme, votre scolarité s’arrête quand vous avez assez de points pour rejoindre le boulot de vos rêves, ou quand vous n’avez pas assez de points, même pour fréquenter les “pires” lycées de votre région.
Mon parcours scolaire est assez normal : je rentre dans les bonnes écoles primaires, puis les très bons lycées, puis dans une excellente université. Puis je rentre dans une école de haut fonctionnaire, la plus prestigieuse en fait, celle qui demande le plus de points en France. J’avais de la marge, ma petite copine de l’époque s’est fait recaler, à une centaine de points près, sur le million tout pile qu’il faut pour accéder à cette école. Bref, j’ai eu le parcours classique de l’enfant poussé aux études par ses parents. Je sors de cette école, en ne finissant pas major, mais pas dernier non plus. On me propose de travailler à l’éducation nationale, mes parents sont ravis, moi ça m’emmerde. J'accepte comme toujours. Moi qui pensais enfin sortir de cet enfer, je deviens ironiquement, le salarié d’Hadès.
Ce travail était comme je l’imaginais : ennuyeux, chronophage, froid. Les gens avec qui je bossais étaient des robots, qui répétaient le script qu’on leur avait appris depuis tout petit. Ce travail consiste à travailler sur les nouveaux programmes. Mes collègues voyaient ça comme un tremplin vers une place plus haute, viser un ministère par exemple. Ils s’en foutaient au fond. Est-ce qu’ils ressentaient des choses au fond ?
Les mois passaient. Je découvrais des choses qui me dégoûtaient. Comme le nombre de points qui n’est pas pareil selon les établissements et où vous habitez. Si vous avez le malheur de ne pas avoir assez de points au collège, vous irez dans un lycée moyen, qui vous permettra sûrement à peine d’aller dans une université correcte. J’ai découvert que certaines familles pouvaient compenser le manque de points par monnaie sonnante et trébuchante. Ironique, quand on sait que le pouvoir en place nous avait vendu cette réforme comme le paroxysme de la méritocratie.
C’est à ce moment de ma vie que j’ai compris que j’étais passé à côté de ma vie. Je détestais mes parents pour ça. J’aurais voulu qu’ils agonisent aussi longtemps que ces études bidons m’ont volé du temps. Du temps perdu pour rien. Pour un métier que je déteste. Avec des gens que je déteste. Pour un système que je déteste. Je voudrais tous les voir crever.
Au fond de moi, je rêvais d’art, de musique, de théâtre, de peinture ; d’amusements vains ; d’urbex, de concert à en avoir des acouphènes. Je n’ai eu qu’une vie morose plongée dans les méandres du système éducatif.
Je pensais, au fond de moi, qu’à la fin de ces études, ce serait comme toucher le fond d’une piscine, et d’un tapement de talon, remonter à la surface. En réalité, mon corps a été aspiré par une feinte qui m’a entraîné dans un enfer sans fin.
Dans un monde où le système éducatif transforme la scolarité en compétition acharnée dès la maternelle, la "méritocratie" devient une dystopie oppressive basée sur un crédit social scolaire inhumain. Prisonnier de ce système, le narrateur exprime un profond désespoir face à une vie volée par des études imposées, un métier détesté et une société qu’il méprise.
Je suis né il y a plus de 25 ans, quelques années après la Grande Réforme Scolaire. Réforme qui avait pour but de redonner ses lettres de noblesse à l’école de la République - elle ne lui donnera qu’un goût d'hémoglobine. Le pouvoir conservateur voulait rendre l’école élitiste, elle a réussi.
Là où la compétition entre élèves commençait vraiment à l'université, ou au lycée pour les endroits les plus aisés, désormais elle commence à la maternelle, au plus tard. Je ne vous parle pas de rivalité, mais de vraie compétition acharnée, cruelle et antipathique. J’ai le souvenir d’avoir déjà vu des élèves ne pas manger le midi pour réviser… en primaire. Le harcèlement a explosé, l’un des rares moyens de relâcher la pression. Le nombre de dépressifs a triplé chez les jeunes, et le nombre de suicides a suivi cette courbe aussi. J’ai entendu des rumeurs de choses bien plus graves, que l’éducation nationale et l’État se gardent bien de maintenir sous silence, telles que des élèves qui viennent armés, non pas pour se venger d’un système injuste, punir des harceleurs ou des profs, mais pour réduire le nombre d'élèves et augmenter leurs chances d’entrer dans de grandes écoles. Le paroxysme de l’endoctrinement et de la pression familiale finit par se matérialiser dans un déferlement de violence. La République reprend dans la face ce qu’elle crée.
Les parents aisés embauchent des gouvernantes, louent les services de profs reconnus dans le milieu universitaire - je ne parle pas des cours du soir, qui sont ici la norme. Les gens moins aisés, hélas, n’ont pas cette chance. Pour les couples qui peuvent se le permettre, quelqu’un doit rester à la maison pour aider l’enfant. Les parents pré-Réforme sont souvent largués eux aussi. Pour les autres, ils ne se font guère d'illusions sur les chances d’avenir des enfants.
Leur avenir est décidé par un classement national des élèves, découpé en régions. Le classement est consultable publiquement, par tous. Les écoles fixent le montant de points minimum pour rejoindre leur établissement, et ça, à tous les niveaux : au primaire, au collège, au lycée, à l’université. Mais ça ne s’arrête pas là. La première information que vous allez noter sur un CV après votre nom et prénom, c’est votre nombre de points.
Les points sont un crédit social scolaire. Il n’y a pas que vos notes qui comptent. Vos comportements, vos appréciations comptent aussi. Tous les jours de votre scolarité, vous y pensez. Vous avez peur de faire n’importe quoi pour perdre des points. Car depuis la maternelle, on vous le répète : si vous voulez réussir votre vie, vous devez avoir le plus de points possible. Depuis la réforme, votre scolarité s’arrête quand vous avez assez de points pour rejoindre le boulot de vos rêves, ou quand vous n’avez pas assez de points, même pour fréquenter les “pires” lycées de votre région.
Mon parcours scolaire est assez normal : je rentre dans les bonnes écoles primaires, puis les très bons lycées, puis dans une excellente université. Puis je rentre dans une école de haut fonctionnaire, la plus prestigieuse en fait, celle qui demande le plus de points en France. J’avais de la marge, ma petite copine de l’époque s’est fait recaler, à une centaine de points près, sur le million tout pile qu’il faut pour accéder à cette école. Bref, j’ai eu le parcours classique de l’enfant poussé aux études par ses parents. Je sors de cette école, en ne finissant pas major, mais pas dernier non plus. On me propose de travailler à l’éducation nationale, mes parents sont ravis, moi ça m’emmerde. J'accepte comme toujours. Moi qui pensais enfin sortir de cet enfer, je deviens ironiquement, le salarié d’Hadès.
Ce travail était comme je l’imaginais : ennuyeux, chronophage, froid. Les gens avec qui je bossais étaient des robots, qui répétaient le script qu’on leur avait appris depuis tout petit. Ce travail consiste à travailler sur les nouveaux programmes. Mes collègues voyaient ça comme un tremplin vers une place plus haute, viser un ministère par exemple. Ils s’en foutaient au fond. Est-ce qu’ils ressentaient des choses au fond ?
Les mois passaient. Je découvrais des choses qui me dégoûtaient. Comme le nombre de points qui n’est pas pareil selon les établissements et où vous habitez. Si vous avez le malheur de ne pas avoir assez de points au collège, vous irez dans un lycée moyen, qui vous permettra sûrement à peine d’aller dans une université correcte. J’ai découvert que certaines familles pouvaient compenser le manque de points par monnaie sonnante et trébuchante. Ironique, quand on sait que le pouvoir en place nous avait vendu cette réforme comme le paroxysme de la méritocratie.
C’est à ce moment de ma vie que j’ai compris que j’étais passé à côté de ma vie. Je détestais mes parents pour ça. J’aurais voulu qu’ils agonisent aussi longtemps que ces études bidons m’ont volé du temps. Du temps perdu pour rien. Pour un métier que je déteste. Avec des gens que je déteste. Pour un système que je déteste. Je voudrais tous les voir crever.
Au fond de moi, je rêvais d’art, de musique, de théâtre, de peinture ; d’amusements vains ; d’urbex, de concert à en avoir des acouphènes. Je n’ai eu qu’une vie morose plongée dans les méandres du système éducatif.
Je pensais, au fond de moi, qu’à la fin de ces études, ce serait comme toucher le fond d’une piscine, et d’un tapement de talon, remonter à la surface. En réalité, mon corps a été aspiré par une feinte qui m’a entraîné dans un enfer sans fin.
il y a un an
t'avais pas remarqué le pseudo x)
tu me diras ton avis, (j'ai pas encore fini m'enfin)
tu me diras ton avis, (j'ai pas encore fini m'enfin)
il y a un an
C'est bien écrit effectivement.
Ton récit invite finalement à débattre de choses assez essentielles.
Il est indispensable de trouver du sens à une activité qui va nous occuper quasiment toute notre vie.
Penser que l'on pourrait combler ce vide existentiel à côté par le biais de consommations ou de loisirs est une grave erreur.
Ton récit invite finalement à débattre de choses assez essentielles.
Il est indispensable de trouver du sens à une activité qui va nous occuper quasiment toute notre vie.
Penser que l'on pourrait combler ce vide existentiel à côté par le biais de consommations ou de loisirs est une grave erreur.
La folie c'est de faire les mêmes choses en espérant un résultat différent
il y a un an
Madfisher
1 an
C'est bien écrit effectivement.
Ton récit invite finalement à débattre de choses assez essentielles.
Il est indispensable de trouver du sens à une activité qui va nous occuper quasiment toute notre vie.
Penser que l'on pourrait combler ce vide existentiel à côté par le biais de consommations ou de loisirs est une grave erreur.
Ton récit invite finalement à débattre de choses assez essentielles.
Il est indispensable de trouver du sens à une activité qui va nous occuper quasiment toute notre vie.
Penser que l'on pourrait combler ce vide existentiel à côté par le biais de consommations ou de loisirs est une grave erreur.
ouep, faut pas tomber dans les excès
il y a un an
Madfisher
1 an
C'est bien écrit effectivement.
Ton récit invite finalement à débattre de choses assez essentielles.
Il est indispensable de trouver du sens à une activité qui va nous occuper quasiment toute notre vie.
Penser que l'on pourrait combler ce vide existentiel à côté par le biais de consommations ou de loisirs est une grave erreur.
Ton récit invite finalement à débattre de choses assez essentielles.
Il est indispensable de trouver du sens à une activité qui va nous occuper quasiment toute notre vie.
Penser que l'on pourrait combler ce vide existentiel à côté par le biais de consommations ou de loisirs est une grave erreur.
Oui exact, surtout que c’est déjà l’alternative vendue maintenant
il y a un an
Oui exact, surtout que c’est déjà l’alternative vendue maintenant
société du spectacle .....
il y a un an
REVOLUTION
il y a un an
j'ai fait un TLDR si ça te donne envie, m'enfin
nique sa mere
j'suis fatigué frère
il y a un an
Malheureusement c'est ça ou donner le pouvoir à LESSTRÈME DROATE
https://youtu.be/jG2AciJ3zHY
https://youtu.be/kkMlqy9FJA4
il y a un an



















