Sujet résolu
L'auteur a trouvé une solution à son problème.
L'appel à la peur, sans cesse relancée par la littérature policière, par les journaux, par les films maintenant, l'appel à la peur du délinquant, toute la formidable mythologie apparemment glorifiante, mais en fait apeurante, cette énorme mythologie que l'on a bâtie autour du personnage du délinquant, autour du grand criminel, a rendu en quelque sorte naturelle, a naturalisé la présence de la police au milieu de la population. La police, dont il ne faut pas oublier que c'est une invention également récente, et il faut bien dire, puisque je suis français, donc chauvin, que c'est à la France que l'on doit la belle instauration de la police, qui a été imitée par tous les pays du monde, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe.
Enfin, ce groupe de délinquants ainsi constitué et ainsi professionnalisé, il est utilisable par le pouvoir, il est utilisable à beaucoup de fins. Il est utilisable pour des tâches de surveillance. C'est parmi ces délinquants qu'on va recruter les indicateurs, les espions, etc. Il est utilisable aussi pour tout un ensemble d'illégalismes profitables à la classe au pouvoir. Les trafics illégaux que la bourgeoisie ne veut pas faire elle-même, eh bien ! elle les fera faire tout naturellement par ses délinquants.
Donc, vous voyez qu'en effet beaucoup de profits économiques, beaucoup de profits politiques, et surtout la canalisation et le codage serré de la délinquance ont trouvé leur instrument dans la constitution d'une délinquance professionnelle. Il s'agissait donc de recruter des délinquants, il s'agissait d'épingler des gens à la profession et au statut de délinquant ; et quel était le moyen pour recruter les délinquants, pour les maintenir dans la délinquance, et pour continuer à les surveiller indéfiniment dans leur activité de délinquants? Eh bien, cet instrument, c'est bien entendu la prison.
La prison, ça a été une fabrique de délinquants ; la fabrication de la délinquance par la prison, ce n'est pas un échec de la prison, c'est sa réussite, puisqu'elle était faite pour ça. La prison permet la récidive, elle assure la constitution d'un groupe de délinquants bien professionnalisé et bien fermé sur lui-même. Par le jeu du casier judiciaire, des mesures de surveillance, par la présence des indicateurs dans le milieu des délinquants, par la connaissance détaillée que la prison permet sur ce milieu.
Vous voyez que cette institution de la prison permet de garder le contrôle sur les illégalismes ; en excluant par ces effets toute réinsertion sociale, elle assure que les délinquants resteront délinquants, et que, d'autre part, ils demeureront, puisqu'ils sont délinquants, sous le contrôle de la police et, si l'on veut, à sa disposition.
La prison, ce n'est donc pas l'instrument que le droit pénal s'est donné pour lutter contre les illégalismes ; la prison, elle a été un instrument pour réaménager le champ des illégalismes, pour redistribuer l'économie des illégalismes, pour produire une certaine forme d'illégalisme professionnel, la délinquance, qui allait d'une part peser sur les illégalismes populaires et les réduire, et, d'autre part, servir d'instrument à l'illégalisme de la classe au pouvoir. La prison n'est donc pas un inhibiteur de délinquance ou d'illégalisme, c'est un redistributeur d'illégalisme. Et il suffirait, pour confirmer cela, de citer un ou deux exemples.
Prenez, par exemple, le rôle de la délinquance au XIXe siècle et jusqu'à ces toutes dernières années, le rôle de la délinquance dans les profits sur la sexualité. La sexualité, c'est finalement un besoin qu'il devrait être en quelque sorte facile de satisfaire sans avoir à payer d'une manière ou d'une autre une redevance à un système quelconque de profit.
Deuxièmement, je crois que la délinquance, l'existence en tout cas d'un milieu délinquant, a perdu beaucoup de son utilité économique et politique. Prenez, par exemple, ce qui se passe à propos de la sexualité dont je parlais tout à l'heure. Le profit sur la sexualité était prélevé autrefois par la prostitution. Vous savez bien maintenant qu'on a trouvé d'autre moyens, et bien plus efficaces, de prélever des profits sur la sexualité : la vente des produits pour la contraception, les thérapies sexuelles, la sexologie, la psycho-pathologie sexuelle, la psychanalyse, la pornographie, toutes ces institutions sont des manières beaucoup plus efficaces et, il faut bien le dire, beaucoup plus amusantes de prélever de l'argent sur la sexualité que l'ennuyeuse prostitution.
On pourrait dire également ceci : maintenant les grands trafics internationaux, les grands trafics d'armes, de drogue, les grands trafics sur les monnaies, échappent de plus en plus à la compétence d'un milieu de délinquants traditionnels, qui étaient sans doute de braves garçons, mais qui n'étaient sans doute pas capables, formés qu'ils étaient à la prison, de devenir les grands trafiquants internationaux dont on a besoin maintenant. Main-d'œuvre trop artisanale, main-d'œuvre trop maladroite, main-d'œuvre trop marquée aussi.
Ce sont les grands capitalistes eux-mêmes qui se chargent de gérer ces grands illégalismes. Dans cette mesure-là, aussi, on peut dire que la délinquance a perdu et ne cesse de perdre de plus en plus de son efficacité et de son intérêt politico-économique. C'est pourquoi, sans doute, la critique que l'on fait actuellement de cette vieille institution séculaire de la prison, cette critique qui est tout aussi séculaire que la prison, eh bien ! pour la première fois, elle commence à mordre réellement.
Ces fameuses solutions alternatives à la prison dont je vous parlais tout à l'heure, il ne faut pas s'étonner qu'on les ait inventées maintenant. Ce n'est pas sous les coups de boutoir d'une philanthropie nouvelle, ce n'est pas à la lumière d'une criminologie récente que l'on commence maintenant à accepter parfaitement de démolir les murs des prisons, ou en tout cas de les abaisser de façon notable. Si pour la première fois la prison est entamée, ce n'est pas parce que, pour la première fois, on a reconnu ses inconvénients, mais c'est parce que, pour la
première fois, ses avantages commencent à s'effacer. C'est que maintenant on n'a plus besoin d'usines à fabriquer des délinquants ; mais, en revanche, on a de plus en plus besoin, à mesure même justement que le contrôle par la délinquance professionnalisée perd de son efficacité, de relayer ces contrôles par d'autres, qui sont des contrôles plus subtils, qui sont des contrôles plus fins ; et c'est le contrôle par le savoir, c'est le contrôle par la psychologie, la psycho-pathologie, la psychologie sociale, la psychiatrie, la psychiatrie sociale, la criminologie, etc. Ce sont ces contrôles-là qui vont assurer, bien plus efficacement que cet instrument finalement grossier qu'était le couple prison-délinquance, c'est tout cela, donc, qui va assurer les contrôles sociaux.
Autrement dit, l'utilité économico-politique de la délinquance disparaît. On n'a plus besoin de fabriquer des délinquants, on n'a donc plus besoin d'avoir des prisons, qui sont des machines à illégalismes et des machines à propager et à contrôler les illégalismes. Mais, en revanche, on a besoin d'instruments de contrôle qui vont se substituer au couple prison-délinquance, on a besoin d'un nouveau couple, d'une nouvelle paire, qui ne va plus être la prison et la délinquance, qui va être le contrôle et les anormaux, les contrôles portant sur les individus déviants, c'est cela qui va, avec une tout autre extension, bien sûr, et une tout autre efficacité, assurer le vieux rôle de la prison et de la délinquance.
Eh bien ! de tout ceci, qu'est-ce qu'on peut conclure? Je ne conclurai point par des propositions, puisque, vous voyez, je ne crois pas à la faillite de la prison, je crois à sa réussite, sa réussite totale jusqu'au point que nous connaissons maintenant, celui où on n'a plus besoin de délinquants; et elle n'est pas mise en faillite, elle est simplement mise en liquidation normale puisqu'on n'a plus besoin de ses profits
C'est quoi cette merde
Enfin, ce groupe de délinquants ainsi constitué et ainsi professionnalisé, il est utilisable par le pouvoir, il est utilisable à beaucoup de fins. Il est utilisable pour des tâches de surveillance. C'est parmi ces délinquants qu'on va recruter les indicateurs, les espions, etc. Il est utilisable aussi pour tout un ensemble d'illégalismes profitables à la classe au pouvoir. Les trafics illégaux que la bourgeoisie ne veut pas faire elle-même, eh bien ! elle les fera faire tout naturellement par ses délinquants.
Donc, vous voyez qu'en effet beaucoup de profits économiques, beaucoup de profits politiques, et surtout la canalisation et le codage serré de la délinquance ont trouvé leur instrument dans la constitution d'une délinquance professionnelle. Il s'agissait donc de recruter des délinquants, il s'agissait d'épingler des gens à la profession et au statut de délinquant ; et quel était le moyen pour recruter les délinquants, pour les maintenir dans la délinquance, et pour continuer à les surveiller indéfiniment dans leur activité de délinquants? Eh bien, cet instrument, c'est bien entendu la prison.
La prison, ça a été une fabrique de délinquants ; la fabrication de la délinquance par la prison, ce n'est pas un échec de la prison, c'est sa réussite, puisqu'elle était faite pour ça. La prison permet la récidive, elle assure la constitution d'un groupe de délinquants bien professionnalisé et bien fermé sur lui-même. Par le jeu du casier judiciaire, des mesures de surveillance, par la présence des indicateurs dans le milieu des délinquants, par la connaissance détaillée que la prison permet sur ce milieu.
Vous voyez que cette institution de la prison permet de garder le contrôle sur les illégalismes ; en excluant par ces effets toute réinsertion sociale, elle assure que les délinquants resteront délinquants, et que, d'autre part, ils demeureront, puisqu'ils sont délinquants, sous le contrôle de la police et, si l'on veut, à sa disposition.
La prison, ce n'est donc pas l'instrument que le droit pénal s'est donné pour lutter contre les illégalismes ; la prison, elle a été un instrument pour réaménager le champ des illégalismes, pour redistribuer l'économie des illégalismes, pour produire une certaine forme d'illégalisme professionnel, la délinquance, qui allait d'une part peser sur les illégalismes populaires et les réduire, et, d'autre part, servir d'instrument à l'illégalisme de la classe au pouvoir. La prison n'est donc pas un inhibiteur de délinquance ou d'illégalisme, c'est un redistributeur d'illégalisme. Et il suffirait, pour confirmer cela, de citer un ou deux exemples.
Prenez, par exemple, le rôle de la délinquance au XIXe siècle et jusqu'à ces toutes dernières années, le rôle de la délinquance dans les profits sur la sexualité. La sexualité, c'est finalement un besoin qu'il devrait être en quelque sorte facile de satisfaire sans avoir à payer d'une manière ou d'une autre une redevance à un système quelconque de profit.
Deuxièmement, je crois que la délinquance, l'existence en tout cas d'un milieu délinquant, a perdu beaucoup de son utilité économique et politique. Prenez, par exemple, ce qui se passe à propos de la sexualité dont je parlais tout à l'heure. Le profit sur la sexualité était prélevé autrefois par la prostitution. Vous savez bien maintenant qu'on a trouvé d'autre moyens, et bien plus efficaces, de prélever des profits sur la sexualité : la vente des produits pour la contraception, les thérapies sexuelles, la sexologie, la psycho-pathologie sexuelle, la psychanalyse, la pornographie, toutes ces institutions sont des manières beaucoup plus efficaces et, il faut bien le dire, beaucoup plus amusantes de prélever de l'argent sur la sexualité que l'ennuyeuse prostitution.
On pourrait dire également ceci : maintenant les grands trafics internationaux, les grands trafics d'armes, de drogue, les grands trafics sur les monnaies, échappent de plus en plus à la compétence d'un milieu de délinquants traditionnels, qui étaient sans doute de braves garçons, mais qui n'étaient sans doute pas capables, formés qu'ils étaient à la prison, de devenir les grands trafiquants internationaux dont on a besoin maintenant. Main-d'œuvre trop artisanale, main-d'œuvre trop maladroite, main-d'œuvre trop marquée aussi.
Ce sont les grands capitalistes eux-mêmes qui se chargent de gérer ces grands illégalismes. Dans cette mesure-là, aussi, on peut dire que la délinquance a perdu et ne cesse de perdre de plus en plus de son efficacité et de son intérêt politico-économique. C'est pourquoi, sans doute, la critique que l'on fait actuellement de cette vieille institution séculaire de la prison, cette critique qui est tout aussi séculaire que la prison, eh bien ! pour la première fois, elle commence à mordre réellement.
Ces fameuses solutions alternatives à la prison dont je vous parlais tout à l'heure, il ne faut pas s'étonner qu'on les ait inventées maintenant. Ce n'est pas sous les coups de boutoir d'une philanthropie nouvelle, ce n'est pas à la lumière d'une criminologie récente que l'on commence maintenant à accepter parfaitement de démolir les murs des prisons, ou en tout cas de les abaisser de façon notable. Si pour la première fois la prison est entamée, ce n'est pas parce que, pour la première fois, on a reconnu ses inconvénients, mais c'est parce que, pour la
première fois, ses avantages commencent à s'effacer. C'est que maintenant on n'a plus besoin d'usines à fabriquer des délinquants ; mais, en revanche, on a de plus en plus besoin, à mesure même justement que le contrôle par la délinquance professionnalisée perd de son efficacité, de relayer ces contrôles par d'autres, qui sont des contrôles plus subtils, qui sont des contrôles plus fins ; et c'est le contrôle par le savoir, c'est le contrôle par la psychologie, la psycho-pathologie, la psychologie sociale, la psychiatrie, la psychiatrie sociale, la criminologie, etc. Ce sont ces contrôles-là qui vont assurer, bien plus efficacement que cet instrument finalement grossier qu'était le couple prison-délinquance, c'est tout cela, donc, qui va assurer les contrôles sociaux.
Autrement dit, l'utilité économico-politique de la délinquance disparaît. On n'a plus besoin de fabriquer des délinquants, on n'a donc plus besoin d'avoir des prisons, qui sont des machines à illégalismes et des machines à propager et à contrôler les illégalismes. Mais, en revanche, on a besoin d'instruments de contrôle qui vont se substituer au couple prison-délinquance, on a besoin d'un nouveau couple, d'une nouvelle paire, qui ne va plus être la prison et la délinquance, qui va être le contrôle et les anormaux, les contrôles portant sur les individus déviants, c'est cela qui va, avec une tout autre extension, bien sûr, et une tout autre efficacité, assurer le vieux rôle de la prison et de la délinquance.
Eh bien ! de tout ceci, qu'est-ce qu'on peut conclure? Je ne conclurai point par des propositions, puisque, vous voyez, je ne crois pas à la faillite de la prison, je crois à sa réussite, sa réussite totale jusqu'au point que nous connaissons maintenant, celui où on n'a plus besoin de délinquants; et elle n'est pas mise en faillite, elle est simplement mise en liquidation normale puisqu'on n'a plus besoin de ses profits
C'est quoi cette merde
il y a 2 ans
Sponsorisé
Connectez-vous pour masquer les pubsAlors que Jean Pierre...
Il y a trois sortes d'hommes, les vivant, les morts et ceux qui sont sur la mer
il y a 2 ans
Alors que Jean Pierre...
Tu te rend compte bordel de merde, obligé d'avoir recours à ces basses putàcliquerie pour avoir des connectés sur des topics qui parlent d'autre chose que de femmes et de chances. Non mais dans quel monde on vit je vous le demande moi
il y a 2 ans








