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Ancien bâtonnier de l’ordre du barreau de Brest, Yann Pailler est âgé de 62 ans. Il est atteint de polykystose rénale, une maladie héréditaire qui dégrade les reins. « Il n’y a pas de traitement, explique-t-il, seulement des médicaments qui retardent la marche vers l’insuffisance rénale grave. » Arrivé à ce stade, le patient doit supporter la dialyse. « Trois fois huit heures par semaine pour nettoyer le sang, résume l’avocat. On est mal la veille, parce qu’on s’empoisonne à petit feu, et on est fatigué le lendemain, parce que le traitement est éprouvant. Bref, ça ne va pas six jours sur sept. Et, en plus, on coûte une fortune à la Sécu ! »

Comptez jusqu’à 80 000 euros à l’année, pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. La seule alternative est une greffe de rein, comme celle dont Yann Pailler a bénéficié, alors qu’il avait 46 ans, en 2006. « J’étais en dialyse depuis trois mois seulement. Certains attendent des années un greffon compatible. J’ai eu énormément de chance. »

Un rein greffé « dure » quinze à vingt ans. L’avocat aura donc besoin bientôt d’une nouvelle greffe. Il sait que son nom ne sera plus aussi haut sur la liste d’attente. Quel est son rang exact ? Mystère. « Personne ne me le dit, et, si je posais la question, je serais éconduit. » La liste est confidentielle, et les critères, sans être secrets, sont délibérément maintenus dans le flou. Le risque de mort imminente, la jeunesse et les enfants à charge comptent. La domiciliation également, car tous les coins de France ne sont pas logés à la même enseigne. L’attribution d’un organe se fait au plus près du prélèvement, pour réduire au minimum la distance que parcourra le greffon. Chaque heure compte.

Dans le Grand Ouest, les listes ne sont pas trop longues, car le taux d’opposition des familles au prélèvement y atteint son minimum : en moyenne, 21 % de refus dans les Pays de la Loire en 2021, contre 37 % au plan national, avec une pointe à 44 % en Île-de-France.

La nationalité n’est pas un critère, mais elle est devenue un problème. L’hebdomadaire Marianne a rendu public en août 2023 un courrier de la Société francophone de transplantation datant de 2018. « Depuis quelques années, écrivent les auteurs, nous constatons l’afflux de patients réfugiés (Ukraine, Géorgie, Albanie, etc.) qui, amenés par des passeurs, arrivent dans nos services d’urgence en situation souvent très précaire, nécessitant des séances de dialyse immédiates et désirant rapidement s’inscrire sur nos listes de transplantation. » Contactée, la SFP ne s’exprime pas. Depuis sa fenêtre brestoise, Yann Pailler confirme. « Je croise beaucoup d’étrangers au service de néphrologie de l’hôpital de la Cavale-Blanche. »

Autrice d’un rapport sur le coût des soins dispensés aux étrangers en situation irrégulière, remis à l’Assemblée nationale en mai 2023, la députée LR Véronique Louwagie a constaté que « les étrangers, qui représentent 7 % de la population résidente, bénéficient de 14 % des greffons depuis 2015 ». Ils sont pris en charge à 100 %. D’où viennent-ils ? « Je demande à le savoir depuis plusieurs années, mais on m’oppose la confidentialité des données personnelles », déplore la députée.

Dans leur rapport sur l’Aide médicale de l’État (qui permet aux étrangers en situation irrégulière d’accéder aux soins), publié en décembre 2023, l’ancien ministre Claude Évin et le conseiller d’État honoraire Patrick Stefanini donnent quelques chiffres. En 2022, 20 étrangers en situation irrégulière ont bénéficié d’une greffe de rein, pour 3 182 greffes sur des résidents en situation régulière. C’est peu. La situation est plus critique pour les dialyses. Le nombre de séances dispensées en urgence à des étrangers en situation irrégulière a augmenté de 149 % entre 2019 et 2022, alors qu’il est stable par ailleurs.

Pascal Févotte, président de l’association de patients France Rein Lorraine, a une idée de ce qui se cache derrière cette statistique : « Nous avons eu le cas d’un Albanais qui avait besoin d’un rein. Dans son pays, c’était 50 000 euros. Il ne les avait pas. Il a demandé à son médecin ce qu’il pouvait faire. Celui-ci lui a répondu qu’il avait le choix entre mourir dans la semaine et aller en France. Il a pris sa voiture, il a roulé quatre jours, et il est arrivé dans un état grave à l’hôpital de Metz, où il a été immédiatement dialysé. » Ses espoirs de greffe de rein sont ténus. Dans la région, poursuit Pascal Févotte, « il faut compter trois ans d’attente en moyenne pour les patients du groupe sanguin O ». En attendant, il restera sous dialyse, ce qui risque de coûter plus cher qu’une greffe, en définitive, à l’Assurance maladie.


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il y a 3 ans