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Ils ne se cachent même plus
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La place occupée par l’Open Society Foundation, qui contribue chaque année à soutenir une myriade d’ONG, avec plus de 186 millions d’euros distribués dans toute l’UE, est unique.

LETTRE DE BRUXELLES

« Cela a été un choc. Une surprise totale », glisse, encore étourdi, Nick Aiossa, le directeur par intérim du bureau européen de Transparency International, l’une des grandes ONG qui lutte pour l’Etat de droit et contre la corruption sur le continent. Fin juin, l’Open Society Foundation (OSF), créée par George Soros, a décidé de tourner le dos à quarante ans d’investissements dans la société civile au cœur de l’Europe, et de réorienter ses financements vers l’Ukraine, la Moldavie, les Balkans et le sort des Roms.

« A mesure que l’Open Society Foundation réorganise sa façon de travailler à l’échelle mondiale, nous réajustons nos priorités en Europe en conséquence. Oui, cela signifie que nous abandonnerons certains domaines de travail pour nous concentrer sur les défis d’aujourd’hui ainsi que sur ceux auxquels nous serons confrontés demain, expliquait, fin août dans une tribune à Politico, Alexander Soros, qui a repris la direction de la fondation. Et oui, nous réduirons également considérablement nos effectifs, en cherchant à garantir que plus d’argent aille là où il est le plus nécessaire. »

A Bruxelles, « nous n’avons toujours pas reçu de notification claire de la part de la fondation, note néanmoins Nick Aiossa. Nous avons appris cela par la presse cet été. » Transparency pourra-t-il encore toucher ces financements qui couvrent un tiers du budget de l’ONG ? Pour l’instant, c’est l’incertitude. « Nous devrions toucher les financements prévus jusqu’à la fin de l’an prochain. Après, on ne sait pas », confie pour sa part Carlotta Besozzi, la directrice du réseau européen Civil Society Europe. Contactée par Le Monde, la fondation ne répond pas sur ces points spécifiques, mais se borne à assurer que OSF « continuera à financer des groupes de la société civile à travers l’Europe ».

Une place quasi unique

Chaque année, la fondation Soros finance à hauteur de plus de 200 millions de dollars (soit plus de 186 millions d’euros) une myriade d’ONG travaillant sur le renforcement de la société civile, sur la défense des droits LGBT, en faveur de l’interruption volontaire de grossesse, l’aide aux migrants. Mais la révision de la stratégie, dont la réflexion remonte à trois ans et l’arrivée aux manettes d’Alexander Soros, le fils de George, a entraîné une modification des priorités.

Depuis 2020, la fondation se restructure au niveau mondial. Elle a notamment décidé de réduire ses effectifs dans le monde, qui étaient encore de 1 600 personnes en 2021. Et le rôle de l’Union européenne (UE) a été réduit à sa portion congrue. La fondation a déjà supprimé un bureau à Barcelone et est en cours de réduire de 60 % ses effectifs à Bruxelles, qui compte une trentaine de personnes, et de 80 % à Berlin (150 personnes).

Or, la place de cette fondation en Europe est quasi unique. « Ils disposent de moyens incomparables avec ceux d’autres grandes fondations européennes, note Alberto Alemanno, professeur de droit à HEC. En près de quarante ans, la fondation Soros a fait énormément pour la démocratisation de l’ensemble du continent, mais elle est devenue quasiment monopolistique, incontournable, sans alternative. »

« Ses financements sont à la fois importants et bien plus simples à gérer, car ils nécessitent bien moins de paperasseries que ceux d’autres bailleurs, comme la Commission européenne », explique Carlotta Besozzi, qui ajoute qu’il existe peu de financements alternatifs « sur les actions de plaidoyer, de contrôle institutionnel, de lutte contre la corruption, de lutte contre la désinformation. Il existe des fonds publics, mais pas de financements de fondation… » Et puis, note M. Alemanno, « l’Open Society Foundation a toujours été bien plus courageuse que nombre de fondations européennes sur les questions comme l’avortement ou le droit des LGBT. »

« Un très mauvais signe »

Alors qu’un nouveau cycle électoral s’enclenche, avec les européennes qui se profilent en juin, « le retrait de la fondation Soros est un très mauvais signe », estime l’eurodéputé écologiste allemand Daniel Freund, un ancien de Transparency International. « Aujourd’hui, la démocratie et la question de l’Etat de droit sont particulièrement sous pression dans plusieurs pays d’Europe centrale, et cela va avoir un impact négatif. » « On est déjà en train de voir des financements par des fondations ultra-conservatrices arriver en Europe, affirme de son côté Nick Aiossa. Et cela va encourager encore plus le populisme. »

En Hongrie, le parti de Viktor Orban, le Fidesz, accuse d’ores et déjà les bureaucrates de Bruxelles de vouloir prendre le relais de l’Open Society Fondation, que ce parti honnit. Mais à Bruxelles, la Commission reste pour l’instant silencieuse, alors même que les financements communautaires, dans le cadre du programme de subventions « Citoyens, égalité, droits et valeurs », viennent souvent en complément des aides de l’Open Society Foundation… Avec un budget fixe, l’UE n’apparaît pas, en effet, en mesure de prendre le relais aujourd’hui de Soros.
il y a 3 ans
l’Open Society Foundation a toujours été bien plus courageuse que nombre de fondations européennes sur les questions comme l’avortement ou le droit des LGBT

:risi8:
il y a 3 ans
Qu'est ce qu'il mijote ce vieux fou
:dujardin_reflexion:
:trissmile:
il y a 3 ans
Le lavage de cerveau dans ces ONG est déjà suffisamment ancré pour être définitif, ils vont par conséquent concentrer leurs efforts ailleurs.
:risibo:
il y a 3 ans