Sujet résolu
L'auteur a trouvé une solution à son problème.
"Quand je parle de toxicomanes, j’exclus ceux qui font usage du kif, de la marijuana ou de tout autre sous-produit du hachisch, de la mescaline, de l’ayahuasca ou Banisteria Caapi, de l’acide lysergique ou LSD 6, des champignons sacrés et de toutes les drogues hallucinogènes… Rien ne prouve que ces stupéfiants créent un état de sujétion ou de toxicomanie. Physiologiquement, leur action est à l’opposé de celle de l’opium et de ses dérivés. C’est le zèle des diverses brigades des Stupéfiants, aux États-Unis comme ailleurs, qui a engendré la confusion déplorable de ces deux catégories de drogues."
"Je vivais alors dans un taudis du quartier indigène de Tanger. Depuis plus d’un an je n’avais pas pris de bain ni changé de vêtements. Je ne me déshabillais même plus – sauf pour planter, toutes les heures, l’aiguille d’une seringue hypodermique dans ma chair grise et fibreuse, la chair de bois du stade final de la drogue. Je n’avais jamais balayé ni rangé ma chambre. Boîtes d’ampoules vides et détritus de toute sorte s’entassaient jusqu’au plafond. L’eau et l’électricité avaient été coupées depuis longtemps faute de paiement. Je ne faisais absolument rien. Je pouvais rester immobile huit heures d’affilée, à contempler le bout de ma chaussure. Je ne me mettais en branle que lorsque le sablier de la came s’était écoulé. Quand un ami venait me voir (mais on venait rarement, car que restait-il de moi à qui l’on pût parler ?), je demeurais prostré, indifférent à l’ombre qui avait pénétré mon champ de vision – cet écran grisâtre, chaque jour plus vide et plus flou – sans prêter plus d’attention à sa présence qu’à son départ. Et si cet ami avait été terrassé sur place, je serais resté assis sans bouger à regarder ma godasse en attendant qu’il fût bien mort pour pouvoir lui faire les poches. Vous en auriez fait tout autant. Parce que je n’avais jamais assez de came – on n’en a jamais assez. Trente capsules de morphine par jour et ce n’était pas suffisant. Et ces longues heures d’attente devant la pharmacie… Dans l’industrie de la came, retards et délais sont de règle. Le vendeur n’est jamais au rendez-vous à l’heure dite, et ce n’est pas par hasard… Il n’y a pas de hasards dans l’univers de la drogue. On ne laisse jamais le drogué oublier ce qui arrivera s’il n’a pas de quoi payer sa ration de came. Débrouille-toi pour trouver le fric, sinon tu n’auras rien… Et brusquement, le besoin devint de plus en plus virulent. Quarante, puis soixante capsules par jour. Mais ce n’était toujours pas assez. Et je ne pouvais plus payer…"
"Les camés au stade terminal restent parfois jusqu’à deux mois sans aller à la selle, et les parois de leurs intestins se collent – les tiens en feraient tout autant – à tel point qu’ils doivent recourir à un vide-pomme ou à son équivalent chirurgical…"
"Tu connais les vieux – plus aucune pudeur de l’estomac, tu as envie de vomir rien qu’à les voir se goinfrer. Les vétérans de la drogue sont tout pareils. À leur seule vue de la camelote, ils commencent à mouiller et gargouiller. Pendant qu’ils mitonnent leur sauce blanche, la bave leur dégouline du menton, ils ont le ventre clapoteux et les tripes qui papillotent en péristole, et le peu de peau intacte qui leur reste sur les os se dissout, tu t’attends à voir le protoplasme en gicler sous le coup de seringue et retomber en pluie. C’est répugnant à voir… « Bah, c’est ce qui nous attend tous, pensai-je avec philosophie. Comme la vie est bizarre ! »"
"Il est devenu aveugle à force de se piquer dans la pupille, il a le nez et le palais rongés par la reniflette, son corps n’est plus qu’une masse de cicatrices durcies et sèches comme du bois"
"Les camés prévoyants, connus sous le nom d’écureuils, planquent sur eux des provisions de blanche en cas de rafle. Chaque fois que je m’offre une soignette, je laisse tomber quelques gouttes dans la poche de mon gilet, au point que la doublure est raide de came. Et avec ça un compte-gouttes en matière plastique dans ma chaussure et une épingle de sûreté piquée dans ma ceinture. Le ballet de l’épingle et du compte-gouttes – tu sais comment on traite ce poncif à la frissonnante dans les romans : « Saisissant l’épingle rongée de rouille et de sang, elle laboure sa jambe, ouvrant une plaie béante – telle une bouche obscène et purulente attendant l’ignoble caresse – et elle y plonge le compte-gouttes qui disparaît tout entier entre ces lèvres sanglantes. Soudain, au paroxysme de son avidité innommable (locustes affamés dans un désert de feu), le compte-gouttes se brise au tréfonds de sa cuisse aussi ravagée qu’une carte d’érosion des sols. Mais la malheureuse n’en a cure ! Elle ne songe même pas à ôter les éclats de verre et considère l’horrible blessure avec le regard froid et impersonnel d’un boucher. Elle n’a cure de la bombe atomique, ni des punaises de matelas, ni de la multiplication du cancer, ni de la Société de Crédit qui vient l’exproprier de sa chair insolvable… Fais de beaux rêves, Rose Pantoponne… » Et maintenant le vrai topo : tu pinces un peu de peau de jambe en cul de poule et tu y fais un aller et retour bien net avec une pointe d’épingle. Ensuite, tu places le bout du compte-gouttes sur le trou – pas dedans – et tu y fais couler la sauce très lentement en veillant qu’elle ne gicle pas à côté… Quand j’empoigne la cuisse du Glaiseux, la chair se modèle sous mes doigts comme de la cire et reste pointée en l’air, je vois une goutte de pus sourdre du trou d’épingle. Je n’ai jamais touché un corps vivant aussi froid que celui du Glaiseux dans cette cellule de Philadelphie…"
Ça c'est que dans les 38 premieres pages
"Je vivais alors dans un taudis du quartier indigène de Tanger. Depuis plus d’un an je n’avais pas pris de bain ni changé de vêtements. Je ne me déshabillais même plus – sauf pour planter, toutes les heures, l’aiguille d’une seringue hypodermique dans ma chair grise et fibreuse, la chair de bois du stade final de la drogue. Je n’avais jamais balayé ni rangé ma chambre. Boîtes d’ampoules vides et détritus de toute sorte s’entassaient jusqu’au plafond. L’eau et l’électricité avaient été coupées depuis longtemps faute de paiement. Je ne faisais absolument rien. Je pouvais rester immobile huit heures d’affilée, à contempler le bout de ma chaussure. Je ne me mettais en branle que lorsque le sablier de la came s’était écoulé. Quand un ami venait me voir (mais on venait rarement, car que restait-il de moi à qui l’on pût parler ?), je demeurais prostré, indifférent à l’ombre qui avait pénétré mon champ de vision – cet écran grisâtre, chaque jour plus vide et plus flou – sans prêter plus d’attention à sa présence qu’à son départ. Et si cet ami avait été terrassé sur place, je serais resté assis sans bouger à regarder ma godasse en attendant qu’il fût bien mort pour pouvoir lui faire les poches. Vous en auriez fait tout autant. Parce que je n’avais jamais assez de came – on n’en a jamais assez. Trente capsules de morphine par jour et ce n’était pas suffisant. Et ces longues heures d’attente devant la pharmacie… Dans l’industrie de la came, retards et délais sont de règle. Le vendeur n’est jamais au rendez-vous à l’heure dite, et ce n’est pas par hasard… Il n’y a pas de hasards dans l’univers de la drogue. On ne laisse jamais le drogué oublier ce qui arrivera s’il n’a pas de quoi payer sa ration de came. Débrouille-toi pour trouver le fric, sinon tu n’auras rien… Et brusquement, le besoin devint de plus en plus virulent. Quarante, puis soixante capsules par jour. Mais ce n’était toujours pas assez. Et je ne pouvais plus payer…"
"Les camés au stade terminal restent parfois jusqu’à deux mois sans aller à la selle, et les parois de leurs intestins se collent – les tiens en feraient tout autant – à tel point qu’ils doivent recourir à un vide-pomme ou à son équivalent chirurgical…"
"Tu connais les vieux – plus aucune pudeur de l’estomac, tu as envie de vomir rien qu’à les voir se goinfrer. Les vétérans de la drogue sont tout pareils. À leur seule vue de la camelote, ils commencent à mouiller et gargouiller. Pendant qu’ils mitonnent leur sauce blanche, la bave leur dégouline du menton, ils ont le ventre clapoteux et les tripes qui papillotent en péristole, et le peu de peau intacte qui leur reste sur les os se dissout, tu t’attends à voir le protoplasme en gicler sous le coup de seringue et retomber en pluie. C’est répugnant à voir… « Bah, c’est ce qui nous attend tous, pensai-je avec philosophie. Comme la vie est bizarre ! »"
"Il est devenu aveugle à force de se piquer dans la pupille, il a le nez et le palais rongés par la reniflette, son corps n’est plus qu’une masse de cicatrices durcies et sèches comme du bois"
"Les camés prévoyants, connus sous le nom d’écureuils, planquent sur eux des provisions de blanche en cas de rafle. Chaque fois que je m’offre une soignette, je laisse tomber quelques gouttes dans la poche de mon gilet, au point que la doublure est raide de came. Et avec ça un compte-gouttes en matière plastique dans ma chaussure et une épingle de sûreté piquée dans ma ceinture. Le ballet de l’épingle et du compte-gouttes – tu sais comment on traite ce poncif à la frissonnante dans les romans : « Saisissant l’épingle rongée de rouille et de sang, elle laboure sa jambe, ouvrant une plaie béante – telle une bouche obscène et purulente attendant l’ignoble caresse – et elle y plonge le compte-gouttes qui disparaît tout entier entre ces lèvres sanglantes. Soudain, au paroxysme de son avidité innommable (locustes affamés dans un désert de feu), le compte-gouttes se brise au tréfonds de sa cuisse aussi ravagée qu’une carte d’érosion des sols. Mais la malheureuse n’en a cure ! Elle ne songe même pas à ôter les éclats de verre et considère l’horrible blessure avec le regard froid et impersonnel d’un boucher. Elle n’a cure de la bombe atomique, ni des punaises de matelas, ni de la multiplication du cancer, ni de la Société de Crédit qui vient l’exproprier de sa chair insolvable… Fais de beaux rêves, Rose Pantoponne… » Et maintenant le vrai topo : tu pinces un peu de peau de jambe en cul de poule et tu y fais un aller et retour bien net avec une pointe d’épingle. Ensuite, tu places le bout du compte-gouttes sur le trou – pas dedans – et tu y fais couler la sauce très lentement en veillant qu’elle ne gicle pas à côté… Quand j’empoigne la cuisse du Glaiseux, la chair se modèle sous mes doigts comme de la cire et reste pointée en l’air, je vois une goutte de pus sourdre du trou d’épingle. Je n’ai jamais touché un corps vivant aussi froid que celui du Glaiseux dans cette cellule de Philadelphie…"
Ça c'est que dans les 38 premieres pages
il y a 3 ans
Sponsorisé
Connectez-vous pour masquer les pubsBah c'est décousu certes. Il est pas dans des intrigues bien précises conçues en amont.
il y a 3 ans
Il a buté sa femme en jouant à un jeu où faut viser une pomme au dessus de la tête, ou quelque chose comme ça me semble t'il.
il y a 3 ans





