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Je suis Rifson, malheureusement. Ma chute a commencé en même temps que l'usurpation de ce pseudo.

J'ai occupé avant cela bon nombre d'alias. J'ai finalement choisi d'usurper Rifson, pour devenir personne.

Après avoir obtenu mon baccalauréat, j'ai fini en licence de mécanique à la faculté.

Ces deux années furent pour moi deux terribles années. Elles me semblent si lointaines, j'ai l'impression d'avoir fait un rêve éveillé, ces deux années n'ont comme jamais existé, comme si ma vie s'était figée.

Je me suis retrouvé totalement perdu, isolé socialement, et je ne comprenais rien aux cours. Je n'arrivais pas à m'organiser, je logeais dans un CROUS aujourd'hui démoli pour insalubrité, 180 euros par mois, 9 m², cuisine, toilettes et douche communes.

Mon seul souvenir de cette époque c'est moi sortant la nuit et moi rentrant la nuit.

Je n'avais pas d'ami.

Puis les cours. Je me rappelle encore des professeurs étrangers à l'accent français douteux et incompréhensible. J'étais totalement perdu.

Je regardais le tableau sans comprendre ce que l'on attendait de moi. Autour de moi, les autres semblaient savoir pourquoi ils étaient là. Ils prenaient des notes, posaient des questions, plaisantaient entre deux cours. Moi, je copiais parfois quelques lignes sans même savoir ce qu'elles signifiaient. Je rentrais ensuite dans ma chambre de neuf mètres carrés et je posais mes affaires sur le lit.

Il n'y avait rien à faire dans cette chambre. Rien à regarder, sinon les murs. Rien à entendre, sinon les bruits du couloir, les portes qui claquent, les sanitaires communs, les pas des autres étudiants dont je ne connaissais pas les noms.

Je sortais alors.

Je sortais parce que rester enfermé était pire.

Je marchais sans but dans la ville. La nuit avait au moins cette qualité : elle ne me demandait rien. Personne ne me demandait où j'allais, ce que je faisais, ce que je deviendrais. Je pouvais traverser les rues sans avoir à jouer le rôle de l'étudiant, du fils, du jeune homme qui devait réussir.

Je n'avais pas encore les mots pour le dire, mais quelque chose en moi avait déjà commencé à se retirer du monde.

J'ai abandonné.

Je ne sais même plus si j'ai réellement pris la décision d'abandonner. Les choses se sont simplement défaites. Une absence en entraînait une autre, puis une autre. Les semaines passaient. Je ne répondais plus à certaines choses. Je laissais les courriers s'accumuler. Je repoussais ce qui devait être fait jusqu'à ce que cela devienne impossible à faire.

Après l'université, il a fallu travailler.

C'est ainsi que commence véritablement la seconde partie de ma vie : celle où il faut vendre son temps pour pouvoir continuer à exister.

J'ai connu les petits boulots, les contrats, les horaires absurdes, les transports, les responsables, les collègues dont je ne retenais parfois même pas les prénoms. J'ai découvert le vocabulaire du travail : objectifs, productivité, disponibilité, polyvalence, adaptation, motivation.

Il fallait toujours s'adapter.

À l'entreprise.

Au supérieur.

Aux horaires.

Aux changements d'horaires.

Aux exigences nouvelles.

À la baisse des effectifs.

À l'augmentation du travail.

Il fallait être heureux de travailler.

Je ne l'étais pas.

Je n'ai jamais compris cette étrange injonction à considérer comme une chance le fait de passer la plus grande partie de son existence à accomplir des tâches décidées par d'autres. Je regardais les gens autour de moi et je me demandais comment ils faisaient pour accepter tout cela avec autant de naturel.

Alors j'ai essayé, moi aussi.

J'ai essayé d'être normal.

J'ai essayé de tenir.

J'ai essayé de construire quelque chose.

Mais je n'avais aucune construction intérieure sur laquelle bâtir quoi que ce soit. Je passais d'un emploi à l'autre avec la sensation de m'éloigner progressivement de moi-même. Chaque expérience professionnelle ne m'apprenait pas à vivre : elle m'apprenait seulement à supporter davantage.

Les années ont ainsi disparu.

Il y eut des périodes meilleures, ou que je qualifierais aujourd'hui de moins mauvaises. Des appartements. Des chambres. Des salaires. Des objets achetés avec l'argent gagné. Des factures payées. Des démarches administratives. Des rendez-vous. Des attentes. Des fins de mois.

J'ai fait comme tout le monde.

Du moins, en apparence.

Je me levais. Je travaillais. Je rentrais. Je dormais. Puis je recommençais.

Et pendant que je recommençais, quelque chose s'effaçait.

Je suis devenu progressivement incapable de me projeter. L'avenir ne représentait plus rien. Il n'y avait plus de lendemain, seulement la répétition du jour précédent.

Je me suis mis à vivre dans une sorte de présent permanent, sans désir véritable et sans direction. Je continuais parce qu'il fallait continuer.

Les années passèrent encore.

Je ne saurais pas raconter précisément certaines d'entre elles. Elles ont été avalées par la routine. Quand je regarde derrière moi, je ne vois pas une succession d'événements mais une longue ligne grise interrompue par quelques souvenirs isolés.

Un déménagement.

Un contrat.

Un licenciement.

Une chambre.

Un appartement.

Une dette.

Un autre travail.

Une autre attente.

Puis encore un autre travail.

À force, j'ai fini par ne plus croire aux promesses.

Ni celles des entreprises.

Ni celles de la réussite.

Ni celles d'une vie meilleure obtenue à force de patience.

Je ne croyais plus qu'il y avait quelque part une récompense pour avoir tenu suffisamment longtemps.

Et pourtant je continuais à tenir.

C'est peut-être cela qui m'a le plus détruit.

Pas un événement précis. Pas une catastrophe unique. Mais cette lente disparition de toute perspective, cette manière de continuer à avancer alors qu'on ne sait plus vers quoi.

J'ai fini par comprendre que l'on pouvait être vivant sans avoir véritablement de vie.

On peut se lever le matin, prendre les transports, travailler, manger, dormir, payer, recommencer, et malgré tout avoir la sensation d'être absent de sa propre existence.

À quarante ans, je me suis retourné.

J'ai regardé ce que j'avais construit.

Je n'ai rien trouvé.

Pas de carrière dont je serais fier. Pas de patrimoine. Pas de foyer véritable. Pas de communauté. Pas de sentiment d'appartenance. Seulement des années consommées, des souvenirs fragmentaires et une fatigue devenue presque constitutive de ma personne.

Le plus étrange est que je n'ai même pas eu l'impression de tomber.

J'ai simplement cessé de pouvoir me relever.

Un jour, il n'y eut plus assez d'argent.

Puis plus assez de stabilité.

Puis plus assez de volonté.

Les démarches auxquelles j'avais autrefois répondu finirent par rester sans réponse. Les courriers s'empilèrent. Les possibilités se réduisirent. Les portes qui étaient déjà difficiles à pousser semblèrent soudain toutes fermées.

Et finalement il ne resta plus grand-chose.

J'ai longtemps cherché à savoir à quel moment exact ma vie avait basculé. Je pourrais accuser l'université, les emplois, la société, ma famille, mes propres faiblesses, les circonstances ou moi-même. Je pourrais établir une chronologie précise et désigner chaque erreur comme une cause.

Mais je ne crois plus vraiment aux causes uniques.

Une existence se défait rarement en un seul jour.

Elle se défait par petites pièces.

Un renoncement ici.

Une solitude là.

Une humiliation que l'on garde pour soi.

Une année perdue.

Une autre.

Puis un matin on découvre que l'on ne reconnaît plus l'homme que l'on est devenu.

Je suis Rifson, malheureusement.

Ce nom n'est même plus vraiment un nom. C'est un reste. Une identité empruntée à une époque où je croyais encore qu'en changeant de nom je pourrais peut-être changer de personne.

Je voulais devenir personne.

J'y suis finalement arrivé.

Aujourd'hui, j'ai 43 ans et je suis SDF après des années à subir le salariat, non l'esclavariat et le nihilisme brutaliste de l'infernale existence sans splendide ni esthétique qu'offre l'enfer français.
il y a une heure
Racontes pas ta vie par contre
:Risitas_sur_la_plage:
il y a une heure
Mec, jfais caca
:chat_lunettes:
il y a une heure
Mec, jfais caca
:chat_lunettes:
Putain pareil
:TopeLaLeS:
Expat au 🇻🇳
il y a une heure
Putain pareil
:TopeLaLeS:
On ouvre un topax pour chier tranquille et on a ce pavé bordel
:Ping_Pong_tuyau:
il y a une heure
:Lunettesrisitas:
il y a une heure
boucle
WARNING: DO NOT ENGAGE. HIGH THREAT OF DANGER. SIGNAL TO LOCAL AUTHORITY.
il y a une heure
Putain pareil
:TopeLaLeS:
Evidemment zéro photo pour prouver le no fake
:lunettesrisi:
il y a 44 minutes
GIF
"No holes, no holocaust" R.F.
il y a 14 minutes
Je suis Rifson, malheureusement. Ma chute a commencé en même temps que l'usurpation de ce pseudo.

J'ai occupé avant cela bon nombre d'alias. J'ai finalement choisi d'usurper Rifson, pour devenir personne.

Après avoir obtenu mon baccalauréat, j'ai fini en licence de mécanique à la faculté.

Ces deux années furent pour moi deux terribles années. Elles me semblent si lointaines, j'ai l'impression d'avoir fait un rêve éveillé, ces deux années n'ont comme jamais existé, comme si ma vie s'était figée.

Je me suis retrouvé totalement perdu, isolé socialement, et je ne comprenais rien aux cours. Je n'arrivais pas à m'organiser, je logeais dans un CROUS aujourd'hui démoli pour insalubrité, 180 euros par mois, 9 m², cuisine, toilettes et douche communes.

Mon seul souvenir de cette époque c'est moi sortant la nuit et moi rentrant la nuit.

Je n'avais pas d'ami.

Puis les cours. Je me rappelle encore des professeurs étrangers à l'accent français douteux et incompréhensible. J'étais totalement perdu.

Je regardais le tableau sans comprendre ce que l'on attendait de moi. Autour de moi, les autres semblaient savoir pourquoi ils étaient là. Ils prenaient des notes, posaient des questions, plaisantaient entre deux cours. Moi, je copiais parfois quelques lignes sans même savoir ce qu'elles signifiaient. Je rentrais ensuite dans ma chambre de neuf mètres carrés et je posais mes affaires sur le lit.

Il n'y avait rien à faire dans cette chambre. Rien à regarder, sinon les murs. Rien à entendre, sinon les bruits du couloir, les portes qui claquent, les sanitaires communs, les pas des autres étudiants dont je ne connaissais pas les noms.

Je sortais alors.

Je sortais parce que rester enfermé était pire.

Je marchais sans but dans la ville. La nuit avait au moins cette qualité : elle ne me demandait rien. Personne ne me demandait où j'allais, ce que je faisais, ce que je deviendrais. Je pouvais traverser les rues sans avoir à jouer le rôle de l'étudiant, du fils, du jeune homme qui devait réussir.

Je n'avais pas encore les mots pour le dire, mais quelque chose en moi avait déjà commencé à se retirer du monde.

J'ai abandonné.

Je ne sais même plus si j'ai réellement pris la décision d'abandonner. Les choses se sont simplement défaites. Une absence en entraînait une autre, puis une autre. Les semaines passaient. Je ne répondais plus à certaines choses. Je laissais les courriers s'accumuler. Je repoussais ce qui devait être fait jusqu'à ce que cela devienne impossible à faire.

Après l'université, il a fallu travailler.

C'est ainsi que commence véritablement la seconde partie de ma vie : celle où il faut vendre son temps pour pouvoir continuer à exister.

J'ai connu les petits boulots, les contrats, les horaires absurdes, les transports, les responsables, les collègues dont je ne retenais parfois même pas les prénoms. J'ai découvert le vocabulaire du travail : objectifs, productivité, disponibilité, polyvalence, adaptation, motivation.

Il fallait toujours s'adapter.

À l'entreprise.

Au supérieur.

Aux horaires.

Aux changements d'horaires.

Aux exigences nouvelles.

À la baisse des effectifs.

À l'augmentation du travail.

Il fallait être heureux de travailler.

Je ne l'étais pas.

Je n'ai jamais compris cette étrange injonction à considérer comme une chance le fait de passer la plus grande partie de son existence à accomplir des tâches décidées par d'autres. Je regardais les gens autour de moi et je me demandais comment ils faisaient pour accepter tout cela avec autant de naturel.

Alors j'ai essayé, moi aussi.

J'ai essayé d'être normal.

J'ai essayé de tenir.

J'ai essayé de construire quelque chose.

Mais je n'avais aucune construction intérieure sur laquelle bâtir quoi que ce soit. Je passais d'un emploi à l'autre avec la sensation de m'éloigner progressivement de moi-même. Chaque expérience professionnelle ne m'apprenait pas à vivre : elle m'apprenait seulement à supporter davantage.

Les années ont ainsi disparu.

Il y eut des périodes meilleures, ou que je qualifierais aujourd'hui de moins mauvaises. Des appartements. Des chambres. Des salaires. Des objets achetés avec l'argent gagné. Des factures payées. Des démarches administratives. Des rendez-vous. Des attentes. Des fins de mois.

J'ai fait comme tout le monde.

Du moins, en apparence.

Je me levais. Je travaillais. Je rentrais. Je dormais. Puis je recommençais.

Et pendant que je recommençais, quelque chose s'effaçait.

Je suis devenu progressivement incapable de me projeter. L'avenir ne représentait plus rien. Il n'y avait plus de lendemain, seulement la répétition du jour précédent.

Je me suis mis à vivre dans une sorte de présent permanent, sans désir véritable et sans direction. Je continuais parce qu'il fallait continuer.

Les années passèrent encore.

Je ne saurais pas raconter précisément certaines d'entre elles. Elles ont été avalées par la routine. Quand je regarde derrière moi, je ne vois pas une succession d'événements mais une longue ligne grise interrompue par quelques souvenirs isolés.

Un déménagement.

Un contrat.

Un licenciement.

Une chambre.

Un appartement.

Une dette.

Un autre travail.

Une autre attente.

Puis encore un autre travail.

À force, j'ai fini par ne plus croire aux promesses.

Ni celles des entreprises.

Ni celles de la réussite.

Ni celles d'une vie meilleure obtenue à force de patience.

Je ne croyais plus qu'il y avait quelque part une récompense pour avoir tenu suffisamment longtemps.

Et pourtant je continuais à tenir.

C'est peut-être cela qui m'a le plus détruit.

Pas un événement précis. Pas une catastrophe unique. Mais cette lente disparition de toute perspective, cette manière de continuer à avancer alors qu'on ne sait plus vers quoi.

J'ai fini par comprendre que l'on pouvait être vivant sans avoir véritablement de vie.

On peut se lever le matin, prendre les transports, travailler, manger, dormir, payer, recommencer, et malgré tout avoir la sensation d'être absent de sa propre existence.

À quarante ans, je me suis retourné.

J'ai regardé ce que j'avais construit.

Je n'ai rien trouvé.

Pas de carrière dont je serais fier. Pas de patrimoine. Pas de foyer véritable. Pas de communauté. Pas de sentiment d'appartenance. Seulement des années consommées, des souvenirs fragmentaires et une fatigue devenue presque constitutive de ma personne.

Le plus étrange est que je n'ai même pas eu l'impression de tomber.

J'ai simplement cessé de pouvoir me relever.

Un jour, il n'y eut plus assez d'argent.

Puis plus assez de stabilité.

Puis plus assez de volonté.

Les démarches auxquelles j'avais autrefois répondu finirent par rester sans réponse. Les courriers s'empilèrent. Les possibilités se réduisirent. Les portes qui étaient déjà difficiles à pousser semblèrent soudain toutes fermées.

Et finalement il ne resta plus grand-chose.

J'ai longtemps cherché à savoir à quel moment exact ma vie avait basculé. Je pourrais accuser l'université, les emplois, la société, ma famille, mes propres faiblesses, les circonstances ou moi-même. Je pourrais établir une chronologie précise et désigner chaque erreur comme une cause.

Mais je ne crois plus vraiment aux causes uniques.

Une existence se défait rarement en un seul jour.

Elle se défait par petites pièces.

Un renoncement ici.

Une solitude là.

Une humiliation que l'on garde pour soi.

Une année perdue.

Une autre.

Puis un matin on découvre que l'on ne reconnaît plus l'homme que l'on est devenu.

Je suis Rifson, malheureusement.

Ce nom n'est même plus vraiment un nom. C'est un reste. Une identité empruntée à une époque où je croyais encore qu'en changeant de nom je pourrais peut-être changer de personne.

Je voulais devenir personne.

J'y suis finalement arrivé.

Aujourd'hui, j'ai 43 ans et je suis SDF après des années à subir le salariat, non l'esclavariat et le nihilisme brutaliste de l'infernale existence sans splendide ni esthétique qu'offre l'enfer français.
Ok mais c'est qui Rifson ?
:ahitison:
il y a 9 minutes