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À 11 h 50, Sébastien, muni de son revolver et de son chapeau en cuir, n’avait pas bougé depuis trois quarts d’heure. Il fixait allègrement son ennemi.

Malgré le cagnard et la sueur, nos deux acolytes étaient prêts à en découdre, place Bellecour, dans un duel tendu.

À 11 h 55, des gens commencèrent à s’ameuter en cercle autour de nos deux protagonistes. Même la police, normalement mobilisée pour maintenir la Guillotière en ordre, était là pour assister au spectacle.

La tension était à son paroxysme.

Sébastien, les yeux rivés sur l’horizon, des gouttes de sueur suintant à travers sa chemise, et son ennemi se regardaient dans le blanc des yeux.

Un diseur de bonne aventure raconta que cette querelle avait été provoquée par un affront dans une brocante entre Sébastien et son ennemi, le tout à Neuville-sur-Saône, où la dispute avait été déclenchée à la suite de l’achat d’un pin’s Tour Eiffel.

À 11 h 58, une femme tomba dans les pommes. Elle venait d’aspirer son troisième ballon de protoxyde d’azote pour supporter l’adrénaline.

À 11 h 59, Sébastien, déterminé, son corps et son arme ne faisaient plus qu’un. La position de la mort, parfaite, entraînée pendant des centaines d’heures au stand de tir, le tout prêt à dégainer.

À 12 h, le clocher de Fourvière, spécialement mis en route pour l’occasion, retentit. L’onde de choc traversa chaque Lyonnais présent sur cette place. Les cœurs et les souffles s’arrêtèrent.

Puis… PAN !

Sébastien dégaina. Personne ne vint voir le coup. Le silence.

L’ennemi de Sébastien et lui-même étaient encore en vie ?

Les secondes paraissaient passer comme des minutes.

Tandis que la vie, le vent, le bruit, les murmures se mirent à reprendre, les deux hommes déterminés restèrent droits, sans bouger, sans dire un seul mot.

Et c’est seulement au bout de la cinquième seconde que l’ennemi se mit à tomber par terre, le cœur troué, déchu de son honneur face à l’homme qu’il avait provoqué en duel pour un objet qui, à leurs yeux, comptait plus que tout.

Sébastien ressortit triomphant, brandissant avec joie et fierté son pin’s Tour Eiffel, pendant que son ennemi gisait dans son sang, le sang de la honte, son âme étant partie aux cieux pour avoir provoqué le tireur le plus rapide de la Presqu’île.
Chef de l'équipe de nuit
il y a une heure