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- Les saisons perdues -

Je regarde les années s'effacer dans la brume,
Comme des feuilles mortes emportées loin du chemin,
Et dans le silence immense où ma solitude s'allume,
Je compte les rêves fanés qui ne reviendront plus demain.

Je n'ai jamais connu l'éclair des premières fois,
Le trouble d'une main cherchant une autre main,
Ni ce battement secret qui fait trembler la voix,
Quand deux cœurs découvrent ensemble leur destin.

Je n'ai jamais touché la douceur d'une femme,
Jamais senti sa présence au creux de mes saisons,
Seulement le froid discret qui s'installe dans l'âme,
Quand les jours se répètent sans promesse ni raison.

Je suis resté novice aux mystères de l'amour,
Étranger aux récits que les autres ont vécus,
Comme un voyageur perdu regardant tour à tour,
Les trains partir au loin sans jamais être monté dessus.

Les années de jeunesse, trésor que l'on gaspille,
Je ne les ai même pas connues entre mes doigts,
Elles sont mortes avant d'avoir porté leurs fruits fragiles,
Et leur absence aujourd'hui pèse plus lourd que leur poids.

Je pense aux printemps vides, aux étés sans mémoire,
Aux soirées où le monde semblait ouvrir ses bras,
Pendant que je restais seul au bord de mon histoire,
À regarder les autres vivre ce qui n'était pas pour moi.

On dit que tout se rattrape avec le temps qui passe,
Que chaque blessure un jour finit par se fermer,
Mais certaines absences ne laissent aucune trace,
Elles creusent simplement un vide impossible à combler.

Car rien ne rendra jamais les aurores disparues,
Les hésitations naïves, les découvertes d'antan,
Les chemins qu'on n'a pas pris, les chances jamais vues,
Les années englouties dans le courant des instants.

Et le temps continue son ouvrage indifférent,
Il avance sans détour, sans retour, sans pitié,
Chaque matin ressemble un peu plus au précédent,
Comme si l'avenir lui-même avait cessé d'espérer.

Alors je marche encore parmi les heures qui tombent,
Compagnon des regrets que je porte en héritage,
Tandis que lentement s'allongent les ombres,
Sur les ruines silencieuses de ma jeunesse sans visage.

Et parfois, dans la nuit, une pensée demeure ,
La vie entière peut passer sans que rien ne change vraiment,
Alors les années s'empilent, heure après heure,
Et le cœur apprend à vieillir avant même d'être vivant.

(...)

- Le tombeau des premières fois -

Il est des morts sans cercueil, sans pierre et sans adieu,
Des disparitions lentes que personne ne remarque.
La mienne a commencé sous un ciel silencieux,
Quand la jeunesse a quitté mon rivage sans laisser de barque.

Je n'ai jamais connu le vertige des débuts,
Le feu maladroit des premières confidences,
Le frisson d'être attendu, désiré, reconnu,
Ni l'éclat d'un regard mettant fin à l'absence.

Je n'ai jamais touché une femme.

Ces mots tombent en moi comme des pierres dans un puits,
Sans écho, sans lumière, sans fond.
Tandis que d'autres portent des souvenirs de nuits,
Je ne possède que le vide et son horizon.

Je suis resté debout derrière la vitre du monde,
Spectateur oublié d'une fête sans fin.
Les rires, les baisers, les promesses profondes,
Passaient devant mes yeux sans jamais tendre la main.

Les années ont coulé comme du sable noir,
Emportant avec elles ce qui ne naîtra plus,
Chaque printemps perdu s'est changé en soir,
Chaque espoir différé en regret absolu.

On parle souvent d'avenir à ceux qui souffrent encore,
Comme si demain possédait quelque pouvoir secret,
Mais comment ressusciter ce qui est déjà mort ?
Comment rendre leur sang aux saisons enterrées ?

Car nul ne revivra les étés disparus,
Les occasions muettes, les chemins effacés,
Nul ne retrouvera les instants interrompus,
Ni les visages rêvés qui ne sont jamais passés.

Ma jeunesse est un pays rayé des cartes,
Une ville abandonnée sous les cendres du temps,
Ses rues sont pleines d'ombres, ses fenêtres sont désertes,
Et personne n'y revient depuis longtemps.

Je porte en moi le poids d'une histoire inachevée,
Le fardeau d'un livre dont les pages sont blanches,
Là où d'autres conservent une mémoire aimée,
Je n'ai que le silence qui s'étend et se penche.

Et les années continuent.

Elles avancent avec la froide exactitude,
D'une horloge qui ne connaît ni remords ni pardon,
Chaque seconde ajoute une nouvelle certitude,
Rien ne viendra briser cette répétition.

Le temps n'est pas un fleuve.

C'est une prison dont les murs grandissent sans cesse,
Une porte qui se ferme un peu plus chaque jour,
Une longue condamnation à contempler l'absence,
Tandis que s'éloignent à jamais les terres de l'amour.

Un matin, les cheveux blanchiront sous la lumière.
Un soir, le corps fatigué demandera le repos.
Et je regarderai derrière moi la poussière,
Des rêves consumés sans avoir quitté leur berceau.

Alors il ne restera peut-être qu'une vérité nue,
Certaines vies ne sont pas détruites par un drame,
Ni brisées par la guerre, la misère ou le malheur.
Certaines s'éteignent lentement, dans le silence de l'âme,
À force de n'avoir jamais commencé leur propre histoire.
Officiellement devenu mage noir le 11/04/2026.
:hype:
il y a 2 heures