Sujet résolu
L'auteur a trouvé une solution à son problème.
« L’analyse des trajectoires de ces hommes issus de l'immigration maghrébine et résidant en quartiers populaires met en exergue une négociation constante et complexe du stigmate (Goffman, 1963). L’espace de la « cité », régi par des normes de genre particulièrement polarisées et une injonction forte à la démonstration d’une virilité hégémonique, impose une invisibilisation des désirs de même sexe. Cependant, cette invisibilité ne se traduit pas nécessairement par une absence de pratiques, mais plutôt par un clivage strict entre la sphère publique - où la performance hétéronormative prime pour préserver l'honneur familial (« hchouma ») et l'intégration au groupe de pairs - et la sphère intime.
Ce qui frappe dans les discours recueillis, c'est le rejet quasi systématique de l'étiquette « gay ». Cette dernière est massivement perçue par nos enquêtés comme exogène, associée au centre-ville parisien ou bourgeois, à la blanchité, et à une politisation de la sexualité qui entre en contradiction avec la loyauté familiale attendue.
Ainsi, les relations homosexuelles observées s'inscrivent souvent dans une homosociabilité de quartier (le « groupe de potes », la « cage d'escalier ») où les frontières entre la camaraderie virile protectrice et la pratique sexuelle peuvent devenir poreuses. Les acteurs élaborent alors ce que l'on pourrait nommer une sexualité de l'interstice : des rencontres extrêmement codifiées, souvent dépouillées d'une rhétorique amoureuse ou romantique explicite, où le maintien d'une posture active et hyper-masculine permet de neutraliser, à leurs propres yeux, le risque de déclassement social et symbolique. »
Ce qui frappe dans les discours recueillis, c'est le rejet quasi systématique de l'étiquette « gay ». Cette dernière est massivement perçue par nos enquêtés comme exogène, associée au centre-ville parisien ou bourgeois, à la blanchité, et à une politisation de la sexualité qui entre en contradiction avec la loyauté familiale attendue.
Ainsi, les relations homosexuelles observées s'inscrivent souvent dans une homosociabilité de quartier (le « groupe de potes », la « cage d'escalier ») où les frontières entre la camaraderie virile protectrice et la pratique sexuelle peuvent devenir poreuses. Les acteurs élaborent alors ce que l'on pourrait nommer une sexualité de l'interstice : des rencontres extrêmement codifiées, souvent dépouillées d'une rhétorique amoureuse ou romantique explicite, où le maintien d'une posture active et hyper-masculine permet de neutraliser, à leurs propres yeux, le risque de déclassement social et symbolique. »
il y a 15 heures
Sponsorisé
Connectez-vous pour masquer les pubs« L’espace de la cave matérialise l'hétérotopie par excellence dans l'économie des désirs clandestins du quartier. C’est un lieu de l'infra-visible. Nos observations et le recueil des récits de vie révèlent que les interactions sexuelles s'y déploient selon un script corporel d'une efficacité brute, dicté par l'urgence et la hantise de l'effraction (qu'elle soit le fait des pairs, de la famille ou des forces de l'ordre).
Les corps se rencontrent dans une obscurité relative, le plus souvent debout, adossés aux parois de béton brut ou aux cloisons de bois latté. Les rituels de séduction traditionnels - le baiser sur la bouche, les caresses prolongées, la verbalisation de l'affection - sont presque systématiquement éludés, car perçus comme trop intimement liés aux codes de la conjugalité ou d'une homosexualité "bourgeoise" rejetée. L’acte se concentre sur une physicalité immédiate, axée sur la fellation, la masturbation réciproque ou des rapports pénétrants rapides. Le silence y est une règle absolue, rompu uniquement par le souffle court ou le frottement caractéristique des textiles synthétiques des vêtements de sport.
Dans ce contexte, la répartition des rôles physiques (notamment l'axe inséreur/inséré) s'avère cruciale pour la préservation de l'identité virile. L'enquêté qui maintient une posture exclusivement active ou qui refuse les pratiques perçues comme passives parvient à rationaliser l'acte : à ses propres yeux, il ne s'agit pas d'une déviation de sa trajectoire de genre, mais d'une simple décharge pulsionnelle mécanique. Sitôt l'orgasme atteint, la dissociation est immédiate et radicale. Les vêtements sont réajustés à la hâte, les regards s'évitent et les partenaires quittent le sous-sol séparément, à quelques minutes d'intervalle, scellant le retour instantané au statu quo de la performance hétéronormative sur la dalle. »
¹. FOURNIER Julien, « Les interstices du désir : homosociabilité et masculinité clandestine dans les quartiers populaires », Genre, sexualité & société, vol. 31, n° 2, automne 2025, p. 118-119.
Les corps se rencontrent dans une obscurité relative, le plus souvent debout, adossés aux parois de béton brut ou aux cloisons de bois latté. Les rituels de séduction traditionnels - le baiser sur la bouche, les caresses prolongées, la verbalisation de l'affection - sont presque systématiquement éludés, car perçus comme trop intimement liés aux codes de la conjugalité ou d'une homosexualité "bourgeoise" rejetée. L’acte se concentre sur une physicalité immédiate, axée sur la fellation, la masturbation réciproque ou des rapports pénétrants rapides. Le silence y est une règle absolue, rompu uniquement par le souffle court ou le frottement caractéristique des textiles synthétiques des vêtements de sport.
Dans ce contexte, la répartition des rôles physiques (notamment l'axe inséreur/inséré) s'avère cruciale pour la préservation de l'identité virile. L'enquêté qui maintient une posture exclusivement active ou qui refuse les pratiques perçues comme passives parvient à rationaliser l'acte : à ses propres yeux, il ne s'agit pas d'une déviation de sa trajectoire de genre, mais d'une simple décharge pulsionnelle mécanique. Sitôt l'orgasme atteint, la dissociation est immédiate et radicale. Les vêtements sont réajustés à la hâte, les regards s'évitent et les partenaires quittent le sous-sol séparément, à quelques minutes d'intervalle, scellant le retour instantané au statu quo de la performance hétéronormative sur la dalle. »
¹. FOURNIER Julien, « Les interstices du désir : homosociabilité et masculinité clandestine dans les quartiers populaires », Genre, sexualité & société, vol. 31, n° 2, automne 2025, p. 118-119.
il y a 15 heures
En ligne
112
Sur ce sujet0
