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un peu trop précis à mon goût le chat…


Le golem est heureux. Enfin, c’est ce qu’il semble croire. Chaque matin, il badge à 8h03, pose son café tiède sur le coin de son bureau et allume un ordinateur qui met toujours trop longtemps à démarrer. Son travail n’a rien de particulier : remplir des tableaux, répondre à des mails qu’il oublie aussitôt envoyés, déplacer des dossiers d’un dossier à un autre sans vraiment savoir pourquoi. Un taf lambda, dénué de sens, mais qui ne semble jamais le déranger.

Le golem ne se pose pas de questions. Il ne demande pas à quoi sert ce qu’il fait, ni pourquoi il répète les mêmes gestes cinq jours sur sept. Il sourit à la machine à café, rit un peu trop fort aux blagues de pause déjeuner et répète souvent : « ça va, ça pourrait être pire ». Il avance dans sa routine avec une sérénité presque déroutante, comme si l’habitude avait remplacé toute forme de réflexion.

Parfois, il parle politique entre deux bouchées d’un sandwich triangle. Il attend les élections avec impatience. Cette fois, se dit-il, ça va changer quelque chose. Une impression familière, recyclée tous les quelques années, soigneusement rangée dans un coin de sa tête dès que le quotidien reprend ses droits. Le golem croit encore au grand basculement, à l’annonce décisive, à la promesse qui remettrait soudain de l’ordre dans le chaos discret de son existence.

Et puis il y a les scandales. Les gros. Ceux qui indignent tout le monde pendant une semaine, deux au maximum. Le golem s’énerve un peu, partage un avis vite fait, hausse les épaules devant la machine à café. Mais dès qu’un nouveau scandale arrive, l’ancien disparaît aussitôt, avalé par le suivant. Sa mémoire fonctionne comme un fil d’actualité : tout est important sur le moment, puis plus rien n’existe vraiment.

Le golem est heureux parce qu’il ne se rend compte de rien. Il ne voit ni les murs invisibles de son quotidien, ni la répétition tranquille de ses désillusions. Il existe dans une paix automatique, persuadé que demain sera différent, oubliant déjà ce qui l’avait mis en colère hier. Un rouage satisfait d’être un rouage, avançant sans trop regarder autour de lui — et peut-être sans jamais vouloir comprendre ce qui pourrait troubler sa tranquillité.
il y a 2 heures