Ce sujet a été résolu
Mai 68 en France n’est pas né de nulle part. Le mouvement s’enracine dans une accumulation de tensions sociales, politiques et culturelles qui traversent les années 1960, ainsi que dans la formation progressive d’une identité spécifique de la jeunesse étudiante. À la veille de 1968, cette jeunesse n’est plus seulement spectatrice du monde : elle s’en empare, le conteste et cherche à le transformer.
Cette jeunesse s’engage dans une nouvelle forme de politisation, marquée par un intérêt croissant pour la politique, mais surtout par une distance prise avec les formes traditionnelles de participation. Elle s’identifie à des références internationales qui nourrissent son imaginaire de la révolte : l’attrait pour Cuba et pour la figure du jeune ministre-guérillero Ernesto « Che » Guevara, symbole de la révolution en action ; la dénonciation des interventions soviétiques, notamment après l’écrasement de l’insurrection hongroise de 1956 à Budapest ; et les luttes du mouvement des droits civiques aux États-Unis, qui deviennent une source puissante d’inspiration pour les mobilisations étudiantes. Dans le même temps, depuis le milieu des années 1960, une vague de contestation traverse les campus américains, de la Californie au reste du monde. Le Free Speech Movement à Berkeley en 1964 en est une expression marquante : il revendique la liberté d’expression politique sur les campus et popularise des slogans devenus célèbres, tels que « Ne fais confiance à personne de plus de 30 ans » ou l’idée de « pouvoir étudiant ». Ces mobilisations remettent directement en cause les autorités universitaires et imposent une nouvelle conception de l’université comme espace politique.
En France, cette dynamique internationale se combine à une situation intérieure déjà tendue : une université en crise, un monde ouvrier fragilisé par les mutations économiques, et un pouvoir gaulliste incarné par Charles de Gaulle, perçu comme rigide et vertical. Longtemps séparées, ces tensions finissent par converger au printemps 1968, ouvrant une période majeure de rupture dans l’histoire sociale et politique du pays.
Le 13 mai 1968, plus d’un million de personnes déferlent dans les rues de Paris. Pour la première fois depuis le début du mouvement, étudiants et ouvriers défilent ensemble derrière le même mot d’ordre, déterminés à exiger la démission du général de Gaulle. Cette journée marque un tournant : elle donne une impulsion décisive à la mobilisation, bien au-delà de ce qu’avaient anticipé les dirigeants syndicaux, qui espéraient la limiter à une simple « journée d’action ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 60 % des salariés sont en grève à la SNCF, 80 % à EDF-GDF, 60 % dans les services postaux et télécommunications, et 80 % dans l’éducation. Dans certaines usines marquées par de dures luttes passées, comme Rhodiaceta, la grève est totale dès le premier jour.
La date n’est pas choisie au hasard… Ce 13 mai marque le dixième anniversaire du retour au pouvoir de Charles de Gaulle. Mais la célébration officielle est répondue, dans la rue, par une démonstration de force populaire qui conteste directement sa légitimité. Car ce matin-là, la colère est encore vive. Les étudiants n’ont pas oublié la « nuit des barricades ». Dans la nuit du 10 au 11 mai, ils ont été violemment expulsés du Quartier latin par les forces de l’ordre. Rue Gay-Lussac notamment, les barricades hâtivement dressées sont balayées sous les grenades lacrymogènes ; les affrontements durent des heures. Le bilan est lourd : plus de 360 blessés, 500 arrestations. Loin de briser le mouvement, cette répression jette de l’huile sur le feu.
Dès le 12 mai, la CGT appelle à une grève générale pour le lendemain. L’appel est relayé par les étudiants et d’autres organisations syndicales… Partout, la mobilisation s’organise. Le matin du 13, la Sorbonne — fermée depuis le 3 mai — rouvre ses portes, tandis que le centre Censier reste occupé. Très tôt, des groupes se forment et les cortèges commencent à s’organiser : il faut des heures pour que la foule converge.
Cependant, cette unité n’allait pas de soi ! Elle est le produit d’un rapport de forces. La veille encore, étudiants et ouvriers peinent à s’accorder sur un itinéraire commun. L’un des points de blocage concerne la figure de Daniel Cohn-Bendit, devenu emblématique depuis l’occupation de Nanterre le 22 mars, mais fortement rejeté par la majorité du Parti communiste français.
Finalement, la CGT accepte de défiler aux côtés des étudiants, tout en maintenant une séparation symbolique : les ouvriers partiront de la place de la République. Selon Georges Séguy, l’essentiel est ailleurs : la mobilisation doit être massive. Comme le souligne l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, l’objectif est de rassembler des centaines de milliers de personnes afin de faire vaciller le régime. Une banderole commune scelle cet accord fragile : « Étudiants, enseignants, ouvriers solidaires ». Une unité réelle, mais arrachée de haute lutte.
Car le mouvement ne s’arrête pas là ! Dès le 14 mai, à Sud-Aviation, près de Nantes, des ouvriers votent la poursuite de la grève et l’occupation de l’usine. L’initiative, portée notamment par des militants comme Alexandre Hébert et Yves Rocton, ouvre une nouvelle phase : celle des occupations d’usines. En quelques jours, la grève s’étend comme une traînée de poudre.
(Voici mon billet Tumblr)
Cette jeunesse s’engage dans une nouvelle forme de politisation, marquée par un intérêt croissant pour la politique, mais surtout par une distance prise avec les formes traditionnelles de participation. Elle s’identifie à des références internationales qui nourrissent son imaginaire de la révolte : l’attrait pour Cuba et pour la figure du jeune ministre-guérillero Ernesto « Che » Guevara, symbole de la révolution en action ; la dénonciation des interventions soviétiques, notamment après l’écrasement de l’insurrection hongroise de 1956 à Budapest ; et les luttes du mouvement des droits civiques aux États-Unis, qui deviennent une source puissante d’inspiration pour les mobilisations étudiantes. Dans le même temps, depuis le milieu des années 1960, une vague de contestation traverse les campus américains, de la Californie au reste du monde. Le Free Speech Movement à Berkeley en 1964 en est une expression marquante : il revendique la liberté d’expression politique sur les campus et popularise des slogans devenus célèbres, tels que « Ne fais confiance à personne de plus de 30 ans » ou l’idée de « pouvoir étudiant ». Ces mobilisations remettent directement en cause les autorités universitaires et imposent une nouvelle conception de l’université comme espace politique.
En France, cette dynamique internationale se combine à une situation intérieure déjà tendue : une université en crise, un monde ouvrier fragilisé par les mutations économiques, et un pouvoir gaulliste incarné par Charles de Gaulle, perçu comme rigide et vertical. Longtemps séparées, ces tensions finissent par converger au printemps 1968, ouvrant une période majeure de rupture dans l’histoire sociale et politique du pays.
Le 13 mai 1968, plus d’un million de personnes déferlent dans les rues de Paris. Pour la première fois depuis le début du mouvement, étudiants et ouvriers défilent ensemble derrière le même mot d’ordre, déterminés à exiger la démission du général de Gaulle. Cette journée marque un tournant : elle donne une impulsion décisive à la mobilisation, bien au-delà de ce qu’avaient anticipé les dirigeants syndicaux, qui espéraient la limiter à une simple « journée d’action ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 60 % des salariés sont en grève à la SNCF, 80 % à EDF-GDF, 60 % dans les services postaux et télécommunications, et 80 % dans l’éducation. Dans certaines usines marquées par de dures luttes passées, comme Rhodiaceta, la grève est totale dès le premier jour.
La date n’est pas choisie au hasard… Ce 13 mai marque le dixième anniversaire du retour au pouvoir de Charles de Gaulle. Mais la célébration officielle est répondue, dans la rue, par une démonstration de force populaire qui conteste directement sa légitimité. Car ce matin-là, la colère est encore vive. Les étudiants n’ont pas oublié la « nuit des barricades ». Dans la nuit du 10 au 11 mai, ils ont été violemment expulsés du Quartier latin par les forces de l’ordre. Rue Gay-Lussac notamment, les barricades hâtivement dressées sont balayées sous les grenades lacrymogènes ; les affrontements durent des heures. Le bilan est lourd : plus de 360 blessés, 500 arrestations. Loin de briser le mouvement, cette répression jette de l’huile sur le feu.
Dès le 12 mai, la CGT appelle à une grève générale pour le lendemain. L’appel est relayé par les étudiants et d’autres organisations syndicales… Partout, la mobilisation s’organise. Le matin du 13, la Sorbonne — fermée depuis le 3 mai — rouvre ses portes, tandis que le centre Censier reste occupé. Très tôt, des groupes se forment et les cortèges commencent à s’organiser : il faut des heures pour que la foule converge.
Cependant, cette unité n’allait pas de soi ! Elle est le produit d’un rapport de forces. La veille encore, étudiants et ouvriers peinent à s’accorder sur un itinéraire commun. L’un des points de blocage concerne la figure de Daniel Cohn-Bendit, devenu emblématique depuis l’occupation de Nanterre le 22 mars, mais fortement rejeté par la majorité du Parti communiste français.
Finalement, la CGT accepte de défiler aux côtés des étudiants, tout en maintenant une séparation symbolique : les ouvriers partiront de la place de la République. Selon Georges Séguy, l’essentiel est ailleurs : la mobilisation doit être massive. Comme le souligne l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, l’objectif est de rassembler des centaines de milliers de personnes afin de faire vaciller le régime. Une banderole commune scelle cet accord fragile : « Étudiants, enseignants, ouvriers solidaires ». Une unité réelle, mais arrachée de haute lutte.
Car le mouvement ne s’arrête pas là ! Dès le 14 mai, à Sud-Aviation, près de Nantes, des ouvriers votent la poursuite de la grève et l’occupation de l’usine. L’initiative, portée notamment par des militants comme Alexandre Hébert et Yves Rocton, ouvre une nouvelle phase : celle des occupations d’usines. En quelques jours, la grève s’étend comme une traînée de poudre.
(Voici mon billet Tumblr)
il y a 9 heures
Un coup de la CIA comme toutes les révolutions de couleur, circulez
Hors-sujet
il y a 9 heures
En ligne
95
Sur ce sujet0






