Ce sujet a été résolu
elle lit probablement, et moi je suis là, devant ce putain d'écran. Je lutte pour ne pas boire.
J'avais 19 ans, et j'ai vu et fait des choses que personnes ne devraient voir ou faire. J'ai tué, pour la République, pour votre "sécurité". J'ai tué et j'ai fait tuer des gens, et j'en ai regardé plusieurs dans les yeux à ce moment. Et on m'a félicité pour ça.
Rien que de l'écrire, je pleure. C'est marrant, je n'ai pas de sanglots, juste des grosses larmes qui coulent sans s'arrêter, comme j'en ai de plus en plus souvent. Ma femme me dit que je pleure dans mon sommeil, parfois. Bizarrement, ça fait du bien toute cette eau, c'est comme si elle lavait quelque part le sang que j'aie sur les mains.
C'est dingue comme c'est facile de voler une vie. Un peu de discipline, du sang froid et du détachement. Je n'avais jamais réalisé tout le sang que pouvait contenir un corps humain jusqu'à ce que j'en ouvre un au couteau de combat. J'en étais couvert. Mon treillis était tout raide et craquait quelques heures après. Je l'ai brûlé, le laver n'aurait pas servi à grand chose. Et tout le monde m'a tapé dans le dos en me disant à quel point j'étais "un bon". J'ai vomi.
Vous avez lu ces BD ou vu ces films avec les âmes des morts qui suivent leur tueur ? Ben c'est ça, c'est exactement ça. J'en ai tué directement 17, et je revois chacun d'entre eux. J'ai vu leur haine, leur peur. J'ai vu les photos qu'ils avaient sur eux quand je les fouillais pour savoir de quel groupe ou de quelle unité ils étaient. Les alentours de Sarajevo, c'était un vrai bordel à l'époque.
J'ai passé un brevet de para, et je n'ai jamais sauté en opération. J'ai été baladé en hélico ou en vab, mais j'ai jamais sauté à la Kolwesi ou Normandie. J'ai gardé mes godasses pendant des jours, sous la flotte. Vous savez à quoi ça ressemble un pied, après ce traitement ? Et j'ai appris à quel point un homme pouvait puer, même vivant. Et mort, c'est pire. C'est comme ça qu'on repérait les charniers, d'ailleurs. A l'odeur.
J'ai craqué, je bois. Avec un peu de chance, ça va m'assommer pour ce soir. Je suis allé à la cérémonie de mon bled ce midi, j'aurais pas dû.
Parfois, je me fait gueuler dessus par des types et je me dit que j'ai tué pour moins que ça. Pourquoi moi je suis là et pas eux ? Les combats à la loyale, c'est dans les films. Ceux que j'ai tué, presqu'aucun n'a eu l'occasion de se défendre vraiment. Et je ne compte pas ceux qu'on signalait à l'aviation, eux sont chanceux quelque part. Ils n'ont rien vu venir.
Aujourd'hui, je travaille avec des gamins. Ils jouent aux jeux vidéo et racontent comment ils "les ont niqués". Comment ils sont trop forts avec leur arme virtuelle. Ils commentent le recul, la cadence de tir. Autant de choses qu'ils ne connaissent pas. Vous imaginez ce que c'est, la première fois qu'on vous dit de vous tenir prêt et qu'il va falloir tirer pour tuer ? Excitation. Peur. Frisson. Après l'action, le sifflement dans les oreilles, le cœur qui bat tellement fort que les bras bougent en cadence. Les premiers cadavres, ceux qu'on a fait tout seul comme un grand. Ils sont tellement… plats, je ne sais pas comment l'exprimer autrement. Plats. Enfin, pour ceux qui sont entiers. Et ceux qui vivent encore, qui crient ou qui pleurent. On apprend vite à reconnaitre "maman" en serbe. Beaucoup de prénoms féminins, aussi.
C'est marrant, je garde les yeux fixés sur l'écran. Si je regarde ailleurs, je suis sûr que je vais en voir un ou deux. Ils ne me font même pas peur, mais je n'aime pas la façon qu'ils ont de me regarder, comme s'ils me jugeaient. Le plus beau ? Rien de tout ça n'apparaitra publiquement de notre vivant. J'imagine mes petits enfants qui lisent mon nom sur des rapports déclassifiés… J'espère qu'il n'y aura pas de détail.
Je ne sais même pas pourquoi j'écris tout ça, sur ce forum où je ne connais personne. Peut-être parce que je ne connait personne, justement. Parler de ça en regardant les gens, c'est trop dur. Et je refuse les psy. Souffre en silence, comme un homme.
Mon cul.
J'avais 19 ans, et j'ai vu et fait des choses que personnes ne devraient voir ou faire. J'ai tué, pour la République, pour votre "sécurité". J'ai tué et j'ai fait tuer des gens, et j'en ai regardé plusieurs dans les yeux à ce moment. Et on m'a félicité pour ça.
Rien que de l'écrire, je pleure. C'est marrant, je n'ai pas de sanglots, juste des grosses larmes qui coulent sans s'arrêter, comme j'en ai de plus en plus souvent. Ma femme me dit que je pleure dans mon sommeil, parfois. Bizarrement, ça fait du bien toute cette eau, c'est comme si elle lavait quelque part le sang que j'aie sur les mains.
C'est dingue comme c'est facile de voler une vie. Un peu de discipline, du sang froid et du détachement. Je n'avais jamais réalisé tout le sang que pouvait contenir un corps humain jusqu'à ce que j'en ouvre un au couteau de combat. J'en étais couvert. Mon treillis était tout raide et craquait quelques heures après. Je l'ai brûlé, le laver n'aurait pas servi à grand chose. Et tout le monde m'a tapé dans le dos en me disant à quel point j'étais "un bon". J'ai vomi.
Vous avez lu ces BD ou vu ces films avec les âmes des morts qui suivent leur tueur ? Ben c'est ça, c'est exactement ça. J'en ai tué directement 17, et je revois chacun d'entre eux. J'ai vu leur haine, leur peur. J'ai vu les photos qu'ils avaient sur eux quand je les fouillais pour savoir de quel groupe ou de quelle unité ils étaient. Les alentours de Sarajevo, c'était un vrai bordel à l'époque.
J'ai passé un brevet de para, et je n'ai jamais sauté en opération. J'ai été baladé en hélico ou en vab, mais j'ai jamais sauté à la Kolwesi ou Normandie. J'ai gardé mes godasses pendant des jours, sous la flotte. Vous savez à quoi ça ressemble un pied, après ce traitement ? Et j'ai appris à quel point un homme pouvait puer, même vivant. Et mort, c'est pire. C'est comme ça qu'on repérait les charniers, d'ailleurs. A l'odeur.
J'ai craqué, je bois. Avec un peu de chance, ça va m'assommer pour ce soir. Je suis allé à la cérémonie de mon bled ce midi, j'aurais pas dû.
Parfois, je me fait gueuler dessus par des types et je me dit que j'ai tué pour moins que ça. Pourquoi moi je suis là et pas eux ? Les combats à la loyale, c'est dans les films. Ceux que j'ai tué, presqu'aucun n'a eu l'occasion de se défendre vraiment. Et je ne compte pas ceux qu'on signalait à l'aviation, eux sont chanceux quelque part. Ils n'ont rien vu venir.
Aujourd'hui, je travaille avec des gamins. Ils jouent aux jeux vidéo et racontent comment ils "les ont niqués". Comment ils sont trop forts avec leur arme virtuelle. Ils commentent le recul, la cadence de tir. Autant de choses qu'ils ne connaissent pas. Vous imaginez ce que c'est, la première fois qu'on vous dit de vous tenir prêt et qu'il va falloir tirer pour tuer ? Excitation. Peur. Frisson. Après l'action, le sifflement dans les oreilles, le cœur qui bat tellement fort que les bras bougent en cadence. Les premiers cadavres, ceux qu'on a fait tout seul comme un grand. Ils sont tellement… plats, je ne sais pas comment l'exprimer autrement. Plats. Enfin, pour ceux qui sont entiers. Et ceux qui vivent encore, qui crient ou qui pleurent. On apprend vite à reconnaitre "maman" en serbe. Beaucoup de prénoms féminins, aussi.
C'est marrant, je garde les yeux fixés sur l'écran. Si je regarde ailleurs, je suis sûr que je vais en voir un ou deux. Ils ne me font même pas peur, mais je n'aime pas la façon qu'ils ont de me regarder, comme s'ils me jugeaient. Le plus beau ? Rien de tout ça n'apparaitra publiquement de notre vivant. J'imagine mes petits enfants qui lisent mon nom sur des rapports déclassifiés… J'espère qu'il n'y aura pas de détail.
Je ne sais même pas pourquoi j'écris tout ça, sur ce forum où je ne connais personne. Peut-être parce que je ne connait personne, justement. Parler de ça en regardant les gens, c'est trop dur. Et je refuse les psy. Souffre en silence, comme un homme.
Mon cul.
Respecte moi sale jeune !
il y a 17 heures
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