InscriptionConnexion
Je viens de terminer Don Quichotte trad Fanlo, la meilleure traduction après comparaison.

Nous connaissons tous Don Quichotte, mais nous ne le connaissons pas. Je suis allé de surprise en surprise. Je n'arrive absolument pas à croire que ce roman a été écrit en 1605, c'est prodigieux.

Je ne parlerais absolument pas de la satire des romans de chevalerie. C'est une banalité, tout le monde est au courant, ce n'est pas ce qui m'intéresse. Oui, Don Quichotte parodie les romans de chevaliers tels qu'on en produisait à la chaîne, parce qu'ils représentaient une forme idéalisée des valeurs humaines, voilà.

Maintenant, passons à ce qui m'intéresse : la structure du récit et les formes d'humour.

:d)
La structure

Concernant la structure, on pourrait diviser le récit en 4 parties :
- Le premier voyage jusque dans les montagnes
- Le retour avec cette longue halte à l'auberge
- Le deuxième voyage jusqu'au château
- Le séjour au château

Le rythme est croisé entre le mouvement et le stationnement, entre les péripéties multiples et le développement profond. L'épisode des moulins arrive très tôt, il est très court, et ensuite, mystère, on ne sait plus rien. Au début, Quichotte vont d'épisodes en épisodes, et pour être honnête, je m'attendais à un roman picaresque, donc à un très long voyage dans toute l'Espagne avec la découverte de tous les milieux sociaux, de toutes les couches sociales.

Il n'en n'est rien. En vérité, Don Quichotte ne sait même pas voyager. Il n'est jamais parti loin de chez lui. Ses rencontres sont triviales : bergers, soldats, tenancier, paysan la plupart du temps.

Les péripéties s'accumulent, on croit que l'intrigue avance, puis soudain, le rythme s'enlise quelque part et on se rend compte que tout ce temps, Quichotte n'avait quasiment pas avancé.

La narration elle-même m'a interpellé par sa modernité : le récit est du point de vue d'un traducteur fictif, qui aurait traduit le récit d'un auteur maure. Parfois, nous avons les notes de l'auteur, parfois, celles du traducteur. Cette structure permet à Cervantes de faire de l'humour en plaçant des parenthèses quand Don quichotte s'allonge sous un arbre, avec la répétition du (l'auteur ne précise pas s'il s'agissait d'une chêne-liège ou d'un chêne vert)

Enfin, l'élément structurel qui m'a le plus marqué, car je ne m'y attendais pas, c'est la mise en abime du récit de Don Quichotte. Le récit de Don Quichotte écrit par l'auteur maure existe dans le monde, il s'imprime, il circule, et Quichotte devient célèbre grâce au livre qui a été fait de lui. A la fin du roman, il y a même plusieurs versions en circulation avec des auteurs qui s'opposent sur la nature du personnage de Quichotte. C'est hilarant, et tellement moderne ! J'avais parfois l'impression de lire un roman fin 20eme siècle où l'auteur s'amuse à déconstruire le statut de personnage et d'écrivain

:d)
L'humour

Cervantès est très fort. Il cumule toutes les formes d'humour inimaginable : grotesque, répétition, langage, situation, absurde et même structurel comme on l'a vu avec ses mises en abime.

Dans la première partie, celle du premier voyage, on découvre toute la folie et le ridicule des deux personnages. L'attaque des moulins est la meilleure représentation de cette partie. Quichotte prendra aussi deux troupeaux pour deux armées, une auberge pour un château, un sceau pour un heaume etc. C'est une partie où Cervantés maltraite Quichotte et Sancho à l'extrême, jusqu'à nous peiner, ils nous font véritablement pitié.

Tout change lors de la deuxième partie, le retour dont 400 pages se déroulent dans une auberge. Ici, un Cervantés prend le temps de construire un immense comique de situation avec des intrigues secondaires qui trouvent toutes leur résolution par hasard dans cette auberge. On se retrouve avec une foule colossale de personnages qui finissent par se retrouver là. Tout un tas de figurants que Don Quichotte a croisé se retrouvent ici également. Ca n'a ni queue ni tête et c'est tellement drôle ! On a un noble qui a fui dans les montagnes pour mourir parce que sa fiancé s'est marié avec son ami, puis une femme à la ramasse qui a fui parce qu'un homme lui a promis un mariage mais l'a trahie, et ô miracle cet homme c'est l'ami du type qui s'est finalement marié avec la fiancée du premier, et ô miracle, on retrouve la fameuse fiancée à l'auberge qui ne s'est en fait pas marié parce qu'elle s'est évanouie à la cérémonie, puis un muletier qui les a pris en filature chante des poèmes la nuit pour séduire la fiancée, jusqu'à ce que des cavaliers partis à sa recherche parviennent jusqu'ici, et ô miracle, l'un d'entre eux s'est déjà battu avec Quichotte, et ainsi de suite

Dans la troisième partie, le second voyage, la folie de Quichotte devient plus psychologique. Cervantés le mène moins dans des péripéties, mais le confronte à ses propres contradictions et Quichotte invente toujours tout un tas de justifications absurdes à en crever de rire. C'est aussi le moment où la mise en abime commence

Ca aboutit à la dernière partie, au château, où un duc et une duchesse ont lu Don Quichotte et vont s'amuser pendant 400 pages à se foutre de sa gueule en inventant tout un tas de fausses péripéties à l'aide de leurs serviteurs. C'est la partie la plus amusante, c'est du génie. C'est littéralement un dîner de cons. Le duc donne à Sancho le titre de gouverneur comme si ça tombait du ciel, et il va en effet aller gouverner une bourgade où tous les serviteurs se foutent de sa gueule durant l'exercice de ses fonctions. La duchesse et sa fille font semblant d'être amoureuses de Don Quichotte, elles l'engagent dans de faux duels, elles le font monter sur un faux cheval ailé les yeux bandé avec un système de ventilation pour lui faire croire qu'il vole combattre des dragons et réaliser tout un tas d'exploits. Non mais franchement c'est génial


Voilà, l'œuvre est immense, je pourrais parler de chaque épisodes et de leur fonction. Parce que oui, parfois, un épisode comme celui des moulin n'a qu'une fonction comique. D'autres fois, comme dans l'auberge, ça a également une fonction narrative puisque Cervantès y créer des récits imbriqués sur d'autres ton que le comique. L'épisode du château a une fonction satirique, Cervantès s'attaque à l'oisiveté et la frivolité de la noblesse espagnole.

Mais dans beaucoup d'autres épisodes plus courts dont je n'ai pas parlé, il y a également une fonction morale où Don Quichotte parvient à redevenir sage pour administrer une véritable leçon d'humanisme à des personnages, à la manière de La Fontaine ou de Montaigne. Tout le monde s'étonne alors qu'un tel homme puisse être à la fois si fou dans ses actes et dans son imagination, et si intelligent dans ses raisonnements.

Le lyrisme est également très présent avec de nombreux passages poétiques où parfois le comique se mêle.

Bref, je m'arrête là, j'ai vraiment adoré

@ceinturion @glock @esclavotaf @bouclador @albinus @palance
il y a 2 heures
23 est partout
:complot:
¡Esta serpiente marina MATÓ a un Celestino! https://streamable.com/fmjgjb
il y a 2 heures
23 est partout
:complot:
J'ai pas la ref
:rire:
il y a 2 heures
J'ai pas la ref
:rire:
il y a 2 heures
Je vais un peu ralentir le rythme des résumax parce que j'ai beaucoup lu en 6 mois, et je quitte ma saison d'hiver pour retrouver une vie d'aventures
:zahi:
il y a 2 heures
Je viens de terminer Don Quichotte trad Fanlo, la meilleure traduction après comparaison.

Nous connaissons tous Don Quichotte, mais nous ne le connaissons pas. Je suis allé de surprise en surprise. Je n'arrive absolument pas à croire que ce roman a été écrit en 1605, c'est prodigieux.

Je ne parlerais absolument pas de la satire des romans de chevalerie. C'est une banalité, tout le monde est au courant, ce n'est pas ce qui m'intéresse. Oui, Don Quichotte parodie les romans de chevaliers tels qu'on en produisait à la chaîne, parce qu'ils représentaient une forme idéalisée des valeurs humaines, voilà.

Maintenant, passons à ce qui m'intéresse : la structure du récit et les formes d'humour.

:d)
La structure

Concernant la structure, on pourrait diviser le récit en 4 parties :
- Le premier voyage jusque dans les montagnes
- Le retour avec cette longue halte à l'auberge
- Le deuxième voyage jusqu'au château
- Le séjour au château

Le rythme est croisé entre le mouvement et le stationnement, entre les péripéties multiples et le développement profond. L'épisode des moulins arrive très tôt, il est très court, et ensuite, mystère, on ne sait plus rien. Au début, Quichotte vont d'épisodes en épisodes, et pour être honnête, je m'attendais à un roman picaresque, donc à un très long voyage dans toute l'Espagne avec la découverte de tous les milieux sociaux, de toutes les couches sociales.

Il n'en n'est rien. En vérité, Don Quichotte ne sait même pas voyager. Il n'est jamais parti loin de chez lui. Ses rencontres sont triviales : bergers, soldats, tenancier, paysan la plupart du temps.

Les péripéties s'accumulent, on croit que l'intrigue avance, puis soudain, le rythme s'enlise quelque part et on se rend compte que tout ce temps, Quichotte n'avait quasiment pas avancé.

La narration elle-même m'a interpellé par sa modernité : le récit est du point de vue d'un traducteur fictif, qui aurait traduit le récit d'un auteur maure. Parfois, nous avons les notes de l'auteur, parfois, celles du traducteur. Cette structure permet à Cervantes de faire de l'humour en plaçant des parenthèses quand Don quichotte s'allonge sous un arbre, avec la répétition du (l'auteur ne précise pas s'il s'agissait d'une chêne-liège ou d'un chêne vert)

Enfin, l'élément structurel qui m'a le plus marqué, car je ne m'y attendais pas, c'est la mise en abime du récit de Don Quichotte. Le récit de Don Quichotte écrit par l'auteur maure existe dans le monde, il s'imprime, il circule, et Quichotte devient célèbre grâce au livre qui a été fait de lui. A la fin du roman, il y a même plusieurs versions en circulation avec des auteurs qui s'opposent sur la nature du personnage de Quichotte. C'est hilarant, et tellement moderne ! J'avais parfois l'impression de lire un roman fin 20eme siècle où l'auteur s'amuse à déconstruire le statut de personnage et d'écrivain

:d)
L'humour

Cervantès est très fort. Il cumule toutes les formes d'humour inimaginable : grotesque, répétition, langage, situation, absurde et même structurel comme on l'a vu avec ses mises en abime.

Dans la première partie, celle du premier voyage, on découvre toute la folie et le ridicule des deux personnages. L'attaque des moulins est la meilleure représentation de cette partie. Quichotte prendra aussi deux troupeaux pour deux armées, une auberge pour un château, un sceau pour un heaume etc. C'est une partie où Cervantés maltraite Quichotte et Sancho à l'extrême, jusqu'à nous peiner, ils nous font véritablement pitié.

Tout change lors de la deuxième partie, le retour dont 400 pages se déroulent dans une auberge. Ici, un Cervantés prend le temps de construire un immense comique de situation avec des intrigues secondaires qui trouvent toutes leur résolution par hasard dans cette auberge. On se retrouve avec une foule colossale de personnages qui finissent par se retrouver là. Tout un tas de figurants que Don Quichotte a croisé se retrouvent ici également. Ca n'a ni queue ni tête et c'est tellement drôle ! On a un noble qui a fui dans les montagnes pour mourir parce que sa fiancé s'est marié avec son ami, puis une femme à la ramasse qui a fui parce qu'un homme lui a promis un mariage mais l'a trahie, et ô miracle cet homme c'est l'ami du type qui s'est finalement marié avec la fiancée du premier, et ô miracle, on retrouve la fameuse fiancée à l'auberge qui ne s'est en fait pas marié parce qu'elle s'est évanouie à la cérémonie, puis un muletier qui les a pris en filature chante des poèmes la nuit pour séduire la fiancée, jusqu'à ce que des cavaliers partis à sa recherche parviennent jusqu'ici, et ô miracle, l'un d'entre eux s'est déjà battu avec Quichotte, et ainsi de suite

Dans la troisième partie, le second voyage, la folie de Quichotte devient plus psychologique. Cervantés le mène moins dans des péripéties, mais le confronte à ses propres contradictions et Quichotte invente toujours tout un tas de justifications absurdes à en crever de rire. C'est aussi le moment où la mise en abime commence

Ca aboutit à la dernière partie, au château, où un duc et une duchesse ont lu Don Quichotte et vont s'amuser pendant 400 pages à se foutre de sa gueule en inventant tout un tas de fausses péripéties à l'aide de leurs serviteurs. C'est la partie la plus amusante, c'est du génie. C'est littéralement un dîner de cons. Le duc donne à Sancho le titre de gouverneur comme si ça tombait du ciel, et il va en effet aller gouverner une bourgade où tous les serviteurs se foutent de sa gueule durant l'exercice de ses fonctions. La duchesse et sa fille font semblant d'être amoureuses de Don Quichotte, elles l'engagent dans de faux duels, elles le font monter sur un faux cheval ailé les yeux bandé avec un système de ventilation pour lui faire croire qu'il vole combattre des dragons et réaliser tout un tas d'exploits. Non mais franchement c'est génial


Voilà, l'œuvre est immense, je pourrais parler de chaque épisodes et de leur fonction. Parce que oui, parfois, un épisode comme celui des moulin n'a qu'une fonction comique. D'autres fois, comme dans l'auberge, ça a également une fonction narrative puisque Cervantès y créer des récits imbriqués sur d'autres ton que le comique. L'épisode du château a une fonction satirique, Cervantès s'attaque à l'oisiveté et la frivolité de la noblesse espagnole.

Mais dans beaucoup d'autres épisodes plus courts dont je n'ai pas parlé, il y a également une fonction morale où Don Quichotte parvient à redevenir sage pour administrer une véritable leçon d'humanisme à des personnages, à la manière de La Fontaine ou de Montaigne. Tout le monde s'étonne alors qu'un tel homme puisse être à la fois si fou dans ses actes et dans son imagination, et si intelligent dans ses raisonnements.

Le lyrisme est également très présent avec de nombreux passages poétiques où parfois le comique se mêle.

Bref, je m'arrête là, j'ai vraiment adoré

@ceinturion @glock @esclavotaf @bouclador @albinus @palance
Ya des spoils ou pas? je suis entrain de le lire
il y a 2 heures
Ya des spoils ou pas? je suis entrain de le lire
Oui un peu

Quel hasard
:rire:
il y a 2 heures
Oui un peu

Quel hasard
:rire:
Par contre jai une vieille edition que javais trouvé dans un dépot et elle a une préface magnifique qui cite à un moment L'ancien et le nouveau de Marthe Robert est ce que tu connais ?

Est ce que dans ta traduction il y a une formulation complètement alambiqué avec des phrases tournés bizarrement ?

Aussi jai que le tome1 ahi
il y a 2 heures
Je vais un peu ralentir le rythme des résumax parce que j'ai beaucoup lu en 6 mois, et je quitte ma saison d'hiver pour retrouver une vie d'aventures
:zahi:
Merci, j'aime ces topics lecture, tu en as fait 23 si j'ai bien compris ?
:Ok_Pelo_clean:
Désactiver les signatures : Mon profil/modifier/apparence
il y a 2 heures