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Plaidoyer pour Plancius, XXVI
Pour ma part, je m’imaginais qu’on ne parlait à Rome de rien d'autre que de ma questure. J’avais fait parvenir d’immenses quantités de blé au moment où les prix étaient au plus haut ; je m’étais montré aimable avec les négociants, équitable avec les marchands, généreux envers les fournisseurs, intègre envers nos alliés ; bref, tous me tenaient pour un homme d’un zèle exemplaire dans l’accomplissement de ses devoirs. Les Siciliens avaient même conçu pour moi des honneurs jusque-là sans précédent. Aussi quittais-je la province plein d’espoir, persuadé que le peuple romain m’accorderait spontanément toutes les distinctions.
Or, comme je rentrais alors de province et que, par hasard, je passai par Pouzzoles — lieu de villégiature très fréquenté par une société nombreuse et raffinée —, je faillis m’effondrer, juges, lorsqu’un homme me demanda à quelle date j’étais parti de Rome et s’il y avait quelque chose de neuf. Je lui répondis que je quittais ma province. « Ah ! par Hercule, dit-il, je suppose que tu reviens d’Afrique ! » Déjà agacé, je répliquai avec dédain : « Mais pas du tout, je reviens de Sicile. » Alors un autre, comme s'il savait tout, lança : « Comment ça, tu ne le sais pas ? Cet homme a été questeur à Syracuse ! »
Bref, j’abandonnai toute irritation et je me fondis parmi ces gens qui étaient venus aux eaux. Mais, juges, je ne sais si cet incident ne m’a pas été plus utile que si, ce jour-là, tout le monde m’avait félicité. Car, lorsque je compris que les oreilles du peuple romain étaient assez peu réceptives, mais que ses yeux, eux, étaient perçants et attentifs, je cessai de me préoccuper de ce que l’on pourrait entendre dire de moi ; je fis en sorte, au contraire, que l’on me voie chaque jour en personne. Je me rendis constamment visible, j’occupai le forum sans relâche ; ni mon portier ni le sommeil ne tinrent jamais personne éloigné de moi.
Or, comme je rentrais alors de province et que, par hasard, je passai par Pouzzoles — lieu de villégiature très fréquenté par une société nombreuse et raffinée —, je faillis m’effondrer, juges, lorsqu’un homme me demanda à quelle date j’étais parti de Rome et s’il y avait quelque chose de neuf. Je lui répondis que je quittais ma province. « Ah ! par Hercule, dit-il, je suppose que tu reviens d’Afrique ! » Déjà agacé, je répliquai avec dédain : « Mais pas du tout, je reviens de Sicile. » Alors un autre, comme s'il savait tout, lança : « Comment ça, tu ne le sais pas ? Cet homme a été questeur à Syracuse ! »
Bref, j’abandonnai toute irritation et je me fondis parmi ces gens qui étaient venus aux eaux. Mais, juges, je ne sais si cet incident ne m’a pas été plus utile que si, ce jour-là, tout le monde m’avait félicité. Car, lorsque je compris que les oreilles du peuple romain étaient assez peu réceptives, mais que ses yeux, eux, étaient perçants et attentifs, je cessai de me préoccuper de ce que l’on pourrait entendre dire de moi ; je fis en sorte, au contraire, que l’on me voie chaque jour en personne. Je me rendis constamment visible, j’occupai le forum sans relâche ; ni mon portier ni le sommeil ne tinrent jamais personne éloigné de moi.
il y a 2 jours

