Sujet résolu
L'auteur a trouvé une solution à son problème.
Trois Contes de Flaubert, littéralement trois nouvelles.
Les trois contes suivent une chronologie inversée : le 19eme siècle, le Moyen Âge et l'Antiquité pour traité du même sujet : le rapport à la foi.
1
La première est ma favorite. Ca commence comme un Flaubert typique : une vie ennuyeuse dans la campagne normande. Je m'y suis beaucoup ennuyé, d'ailleurs. Mais les pages tournent, tournent, et la magie s'opère. Flaubert est en mission pour signer un grand classico, et sa tâche n'est pas des moindres : à partir d'un personnage creux, borné, à la vie sans histoire, comment causer une émotion esthétique et mystique ?
Maus Flaubert est immense. Il dépeint donc une gouvernante simplette, fidèle à ses maîtres. Elle s'attache à leurs enfants, mais ils finissent par mourir de maladie ou durant des voyages. N'éprouvant plus aucune joie, son amour n'ayant plus d'objet, elle finit par adopter un perroquet. Cet animal représente alors la source de toutes ses joies dans l'existence. Elle l'aime comme personne. A part lui, elle ne possède rien, et ne désire rien. Le perroquet finit par mourir lui aussi, alors elle le fait empailler pour aimer cette relique, et jusqu'à sa mort, elle trouvera du réconfort, de la joie et de l'amour à donner auprès de cet objet. Devenue sourde, à moitié aveugle, elle son monde déjà étroit se rétrécit pour fusionner quasiment avec le souvenir de son animal. Durant l'extrême-onction, elle ne désire qu'avoir son animal empaillé auprès d'elle, car il lui fait accepter la mort.
C'est une histoire à pleurer. La simplicité de cette femme, Flaubert la rend magnifique et sublime. D'apparence, c'est une gouvernante ordinaire, sans intérêt, et l'auteur en fait la figure d'une humilité chrétienne. Le défi est relevé
2
Le second conte a davantage l'aspect d'un conte, voire d'une tragédie théâtrale. Deux oracles contradictoires avertissent les parents que leur fils sera un grand guerrier, un grand conquérant, et qu'il sera un homme pieux au coeur noble. Chacun des deux parents ayant reçu l'un des oracles gardent le silence.
L'enfant se montre rapidement très cruel envers les animaux, il commet des massacres pour le plaisir. Un jour, il reçoit un oracle à son tour : cœur haineux, tu assassineras tes parents. Alors il fuit comme Oedipe, devient en effet un guerrier exceptionnel, il place et défait des rois, il est l'ami des empereurs, et l'un d'entre eux lui promet alors un château et une femme. Il cesse alors toute activité guerrière.
Mais un matin, nostalgique, il part à la chasse. Sa femme reçoit la visite de deux vieillards, qui sont en fait les parents de son mari ayant parcouru le monde pour le retrouver. Elle les nourrit et les invite à se reposer dans le lit. Le mari, ne trouvant pas de gibier, devient fou, et il a des visions d'animaux innombrables qui lui parlent, l'escortent, le menacent, des animaux exotiques, quasiment fantastiques.
Il rentre au château dans un état second, tout chauffé encore de sa vision de fanfare bestiale, et il voit deux individus dans le lit de sa femme. En croyant à une infidélité, et dans une nouvelle crise de démence, il les abat. Quand il se rend compte que l'oracle s'est réalisé, il quitte ses terres, sa femme, devient mendiant, rejeté partout, il s'isole près d'un fleuve du bout du monde, quasiment fantastique, auprès duquel il consacre sa vie à aider les passants à le franchir. On a l'impression qu'il est devenu Charron.
Un jour, le mort déguisée en lépreux vient chez lui, s'endort auprès de lui, l'embrasse, et dans une scène sublime, le dégoût se transforme en paix, en amour infini, et le personnage monte parmi les étoiles.
La narration est impeccable, la scène finale atteint des sommets stylistiques dans la langue française, j'en suis resté coi durant une heure. Mais la portée de la nouvelle me semble moins grande que dans la première. La foi semble reléguée a des superstitions, guidée par un destin théâtral où le libre arbitre n'existe plus. Les personnages de Flaubert sont ici dans pantins qu'il manipule à sa guise
On se demande si le personnage a vraiment été cruel et pieux, ou bien s'il n'avait pas le choix. Ca pose bien entendu la question de la responsabilité humaine dans l'existence du bien et du mal, est-ce que c'est là que voulait en venir Flaubert ? Je reste très incertain quant à l'interprétation de ce conte. Quoi qu'il en soit, il y avait des passages halluciné qui m'ont causés de terribles sentiments et qui m'ont rappelé la Tentation de St Antoine. J'aime beaucoup Flaubert quand il s'écarte du réalisme pour dériver vers un symbolisme naissant, fleuri, qui fout en transe. Ce conte est peut-être une prémisse moins aboutie du roman qu'il écrira plus tard
3
Enfin, la troisième nouvelle est simplement une représentation rondement menée de la mise à mort de Jean Baptiste par Salomé. On y retrouve tout un amas de personnage de l'époque, la famille du tétrarque, les romains, les arabes, les pharisiens, les saducéens. Tous forment un tableau vivant très réussi.
Flaubert a fait le choix étonnant de représenter Jean Baptiste hargneux, prononçant des anathèmes remplis de haine, avec soudain des contrastes brutaux lorsqu'il parle du Sauveur, et sa bouche n'est plus qu'amour.
Je n'en parle pas davantage, le mythe est déjà bien connu. On est sur du Flaubert réaliste, historique, formel sans être rigide, factuel tout en restant vivant, c'est là tout son talent
@ceinturion @glock @esclavotaf @bouclador @albinus @palance
Les trois contes suivent une chronologie inversée : le 19eme siècle, le Moyen Âge et l'Antiquité pour traité du même sujet : le rapport à la foi.
1
La première est ma favorite. Ca commence comme un Flaubert typique : une vie ennuyeuse dans la campagne normande. Je m'y suis beaucoup ennuyé, d'ailleurs. Mais les pages tournent, tournent, et la magie s'opère. Flaubert est en mission pour signer un grand classico, et sa tâche n'est pas des moindres : à partir d'un personnage creux, borné, à la vie sans histoire, comment causer une émotion esthétique et mystique ?
Maus Flaubert est immense. Il dépeint donc une gouvernante simplette, fidèle à ses maîtres. Elle s'attache à leurs enfants, mais ils finissent par mourir de maladie ou durant des voyages. N'éprouvant plus aucune joie, son amour n'ayant plus d'objet, elle finit par adopter un perroquet. Cet animal représente alors la source de toutes ses joies dans l'existence. Elle l'aime comme personne. A part lui, elle ne possède rien, et ne désire rien. Le perroquet finit par mourir lui aussi, alors elle le fait empailler pour aimer cette relique, et jusqu'à sa mort, elle trouvera du réconfort, de la joie et de l'amour à donner auprès de cet objet. Devenue sourde, à moitié aveugle, elle son monde déjà étroit se rétrécit pour fusionner quasiment avec le souvenir de son animal. Durant l'extrême-onction, elle ne désire qu'avoir son animal empaillé auprès d'elle, car il lui fait accepter la mort.
C'est une histoire à pleurer. La simplicité de cette femme, Flaubert la rend magnifique et sublime. D'apparence, c'est une gouvernante ordinaire, sans intérêt, et l'auteur en fait la figure d'une humilité chrétienne. Le défi est relevé
2
Le second conte a davantage l'aspect d'un conte, voire d'une tragédie théâtrale. Deux oracles contradictoires avertissent les parents que leur fils sera un grand guerrier, un grand conquérant, et qu'il sera un homme pieux au coeur noble. Chacun des deux parents ayant reçu l'un des oracles gardent le silence.
L'enfant se montre rapidement très cruel envers les animaux, il commet des massacres pour le plaisir. Un jour, il reçoit un oracle à son tour : cœur haineux, tu assassineras tes parents. Alors il fuit comme Oedipe, devient en effet un guerrier exceptionnel, il place et défait des rois, il est l'ami des empereurs, et l'un d'entre eux lui promet alors un château et une femme. Il cesse alors toute activité guerrière.
Mais un matin, nostalgique, il part à la chasse. Sa femme reçoit la visite de deux vieillards, qui sont en fait les parents de son mari ayant parcouru le monde pour le retrouver. Elle les nourrit et les invite à se reposer dans le lit. Le mari, ne trouvant pas de gibier, devient fou, et il a des visions d'animaux innombrables qui lui parlent, l'escortent, le menacent, des animaux exotiques, quasiment fantastiques.
Il rentre au château dans un état second, tout chauffé encore de sa vision de fanfare bestiale, et il voit deux individus dans le lit de sa femme. En croyant à une infidélité, et dans une nouvelle crise de démence, il les abat. Quand il se rend compte que l'oracle s'est réalisé, il quitte ses terres, sa femme, devient mendiant, rejeté partout, il s'isole près d'un fleuve du bout du monde, quasiment fantastique, auprès duquel il consacre sa vie à aider les passants à le franchir. On a l'impression qu'il est devenu Charron.
Un jour, le mort déguisée en lépreux vient chez lui, s'endort auprès de lui, l'embrasse, et dans une scène sublime, le dégoût se transforme en paix, en amour infini, et le personnage monte parmi les étoiles.
La narration est impeccable, la scène finale atteint des sommets stylistiques dans la langue française, j'en suis resté coi durant une heure. Mais la portée de la nouvelle me semble moins grande que dans la première. La foi semble reléguée a des superstitions, guidée par un destin théâtral où le libre arbitre n'existe plus. Les personnages de Flaubert sont ici dans pantins qu'il manipule à sa guise
On se demande si le personnage a vraiment été cruel et pieux, ou bien s'il n'avait pas le choix. Ca pose bien entendu la question de la responsabilité humaine dans l'existence du bien et du mal, est-ce que c'est là que voulait en venir Flaubert ? Je reste très incertain quant à l'interprétation de ce conte. Quoi qu'il en soit, il y avait des passages halluciné qui m'ont causés de terribles sentiments et qui m'ont rappelé la Tentation de St Antoine. J'aime beaucoup Flaubert quand il s'écarte du réalisme pour dériver vers un symbolisme naissant, fleuri, qui fout en transe. Ce conte est peut-être une prémisse moins aboutie du roman qu'il écrira plus tard
3
Enfin, la troisième nouvelle est simplement une représentation rondement menée de la mise à mort de Jean Baptiste par Salomé. On y retrouve tout un amas de personnage de l'époque, la famille du tétrarque, les romains, les arabes, les pharisiens, les saducéens. Tous forment un tableau vivant très réussi.
Flaubert a fait le choix étonnant de représenter Jean Baptiste hargneux, prononçant des anathèmes remplis de haine, avec soudain des contrastes brutaux lorsqu'il parle du Sauveur, et sa bouche n'est plus qu'amour.
Je n'en parle pas davantage, le mythe est déjà bien connu. On est sur du Flaubert réaliste, historique, formel sans être rigide, factuel tout en restant vivant, c'est là tout son talent
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il y a 3 mois
Sponsorisé
Connectez-vous pour masquer les pubsEl_Pingo
3 mois
Mais tu lis a quelle vitesse kheyoux?
t'es hyper rapide
Non c'est juste que ça faisait 150 pages
Je vais attaquer des morceaux qui vont me faire ralentir considérablement
Je vais attaquer des morceaux qui vont me faire ralentir considérablement
il y a 3 mois
Non c'est juste que ça faisait 150 pages
Je vais attaquer des morceaux qui vont me faire ralentir considérablement
Je vais attaquer des morceaux qui vont me faire ralentir considérablement
Tu lis combien d'heurs ent par jour en moyenne ?
il y a 3 mois
Tu lis combien d'heurs ent par jour en moyenne ?
Je suis quelqu'un d'assez chaotique donc parfois je lis pas de la semaine et parfois c'est 3h/j voire 8/9h si je bosse pas
il y a 3 mois
Je suis quelqu'un d'assez chaotique donc parfois je lis pas de la semaine et parfois c'est 3h/j voire 8/9h si je bosse pas
Ah oui quand même
C'est cool comme activité, souvent j'ai la flemme de m'y mettre mais quand je m'y met je suis content, je lirais ton résumax plus tard j'ai du taf ojd
C'est cool comme activité, souvent j'ai la flemme de m'y mettre mais quand je m'y met je suis content, je lirais ton résumax plus tard j'ai du taf ojd
il y a 3 mois
Ah oui quand même
C'est cool comme activité, souvent j'ai la flemme de m'y mettre mais quand je m'y met je suis content, je lirais ton résumax plus tard j'ai du taf ojd
C'est cool comme activité, souvent j'ai la flemme de m'y mettre mais quand je m'y met je suis content, je lirais ton résumax plus tard j'ai du taf ojd
Je te remercie de cotiser pour mon chômage
il y a 3 mois
Je te remercie de cotiser pour mon chômage
Un plaisir de le faire pour toi si ça peut te permettre de lire mon cailloux
il y a 3 mois
Pascimerisitas
3 mois
Trois Contes de Flaubert, littéralement trois nouvelles.
Les trois contes suivent une chronologie inversée : le 19eme siècle, le Moyen Âge et l'Antiquité pour traité du même sujet : le rapport à la foi.
1
La première est ma favorite. Ca commence comme un Flaubert typique : une vie ennuyeuse dans la campagne normande. Je m'y suis beaucoup ennuyé, d'ailleurs. Mais les pages tournent, tournent, et la magie s'opère. Flaubert est en mission pour signer un grand classico, et sa tâche n'est pas des moindres : à partir d'un personnage creux, borné, à la vie sans histoire, comment causer une émotion esthétique et mystique ?
Maus Flaubert est immense. Il dépeint donc une gouvernante simplette, fidèle à ses maîtres. Elle s'attache à leurs enfants, mais ils finissent par mourir de maladie ou durant des voyages. N'éprouvant plus aucune joie, son amour n'ayant plus d'objet, elle finit par adopter un perroquet. Cet animal représente alors la source de toutes ses joies dans l'existence. Elle l'aime comme personne. A part lui, elle ne possède rien, et ne désire rien. Le perroquet finit par mourir lui aussi, alors elle le fait empailler pour aimer cette relique, et jusqu'à sa mort, elle trouvera du réconfort, de la joie et de l'amour à donner auprès de cet objet. Devenue sourde, à moitié aveugle, elle son monde déjà étroit se rétrécit pour fusionner quasiment avec le souvenir de son animal. Durant l'extrême-onction, elle ne désire qu'avoir son animal empaillé auprès d'elle, car il lui fait accepter la mort.
C'est une histoire à pleurer. La simplicité de cette femme, Flaubert la rend magnifique et sublime. D'apparence, c'est une gouvernante ordinaire, sans intérêt, et l'auteur en fait la figure d'une humilité chrétienne. Le défi est relevé
2
Le second conte a davantage l'aspect d'un conte, voire d'une tragédie théâtrale. Deux oracles contradictoires avertissent les parents que leur fils sera un grand guerrier, un grand conquérant, et qu'il sera un homme pieux au coeur noble. Chacun des deux parents ayant reçu l'un des oracles gardent le silence.
L'enfant se montre rapidement très cruel envers les animaux, il commet des massacres pour le plaisir. Un jour, il reçoit un oracle à son tour : cœur haineux, tu assassineras tes parents. Alors il fuit comme Oedipe, devient en effet un guerrier exceptionnel, il place et défait des rois, il est l'ami des empereurs, et l'un d'entre eux lui promet alors un château et une femme. Il cesse alors toute activité guerrière.
Mais un matin, nostalgique, il part à la chasse. Sa femme reçoit la visite de deux vieillards, qui sont en fait les parents de son mari ayant parcouru le monde pour le retrouver. Elle les nourrit et les invite à se reposer dans le lit. Le mari, ne trouvant pas de gibier, devient fou, et il a des visions d'animaux innombrables qui lui parlent, l'escortent, le menacent, des animaux exotiques, quasiment fantastiques.
Il rentre au château dans un état second, tout chauffé encore de sa vision de fanfare bestiale, et il voit deux individus dans le lit de sa femme. En croyant à une infidélité, et dans une nouvelle crise de démence, il les abat. Quand il se rend compte que l'oracle s'est réalisé, il quitte ses terres, sa femme, devient mendiant, rejeté partout, il s'isole près d'un fleuve du bout du monde, quasiment fantastique, auprès duquel il consacre sa vie à aider les passants à le franchir. On a l'impression qu'il est devenu Charron.
Un jour, le mort déguisée en lépreux vient chez lui, s'endort auprès de lui, l'embrasse, et dans une scène sublime, le dégoût se transforme en paix, en amour infini, et le personnage monte parmi les étoiles.
La narration est impeccable, la scène finale atteint des sommets stylistiques dans la langue française, j'en suis resté coi durant une heure. Mais la portée de la nouvelle me semble moins grande que dans la première. La foi semble reléguée a des superstitions, guidée par un destin théâtral où le libre arbitre n'existe plus. Les personnages de Flaubert sont ici dans pantins qu'il manipule à sa guise
On se demande si le personnage a vraiment été cruel et pieux, ou bien s'il n'avait pas le choix. Ca pose bien entendu la question de la responsabilité humaine dans l'existence du bien et du mal, est-ce que c'est là que voulait en venir Flaubert ? Je reste très incertain quant à l'interprétation de ce conte. Quoi qu'il en soit, il y avait des passages halluciné qui m'ont causés de terribles sentiments et qui m'ont rappelé la Tentation de St Antoine. J'aime beaucoup Flaubert quand il s'écarte du réalisme pour dériver vers un symbolisme naissant, fleuri, qui fout en transe. Ce conte est peut-être une prémisse moins aboutie du roman qu'il écrira plus tard
3
Enfin, la troisième nouvelle est simplement une représentation rondement menée de la mise à mort de Jean Baptiste par Salomé. On y retrouve tout un amas de personnage de l'époque, la famille du tétrarque, les romains, les arabes, les pharisiens, les saducéens. Tous forment un tableau vivant très réussi.
Flaubert a fait le choix étonnant de représenter Jean Baptiste hargneux, prononçant des anathèmes remplis de haine, avec soudain des contrastes brutaux lorsqu'il parle du Sauveur, et sa bouche n'est plus qu'amour.
Je n'en parle pas davantage, le mythe est déjà bien connu. On est sur du Flaubert réaliste, historique, formel sans être rigide, factuel tout en restant vivant, c'est là tout son talent
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Les trois contes suivent une chronologie inversée : le 19eme siècle, le Moyen Âge et l'Antiquité pour traité du même sujet : le rapport à la foi.
1
La première est ma favorite. Ca commence comme un Flaubert typique : une vie ennuyeuse dans la campagne normande. Je m'y suis beaucoup ennuyé, d'ailleurs. Mais les pages tournent, tournent, et la magie s'opère. Flaubert est en mission pour signer un grand classico, et sa tâche n'est pas des moindres : à partir d'un personnage creux, borné, à la vie sans histoire, comment causer une émotion esthétique et mystique ?
Maus Flaubert est immense. Il dépeint donc une gouvernante simplette, fidèle à ses maîtres. Elle s'attache à leurs enfants, mais ils finissent par mourir de maladie ou durant des voyages. N'éprouvant plus aucune joie, son amour n'ayant plus d'objet, elle finit par adopter un perroquet. Cet animal représente alors la source de toutes ses joies dans l'existence. Elle l'aime comme personne. A part lui, elle ne possède rien, et ne désire rien. Le perroquet finit par mourir lui aussi, alors elle le fait empailler pour aimer cette relique, et jusqu'à sa mort, elle trouvera du réconfort, de la joie et de l'amour à donner auprès de cet objet. Devenue sourde, à moitié aveugle, elle son monde déjà étroit se rétrécit pour fusionner quasiment avec le souvenir de son animal. Durant l'extrême-onction, elle ne désire qu'avoir son animal empaillé auprès d'elle, car il lui fait accepter la mort.
C'est une histoire à pleurer. La simplicité de cette femme, Flaubert la rend magnifique et sublime. D'apparence, c'est une gouvernante ordinaire, sans intérêt, et l'auteur en fait la figure d'une humilité chrétienne. Le défi est relevé
2
Le second conte a davantage l'aspect d'un conte, voire d'une tragédie théâtrale. Deux oracles contradictoires avertissent les parents que leur fils sera un grand guerrier, un grand conquérant, et qu'il sera un homme pieux au coeur noble. Chacun des deux parents ayant reçu l'un des oracles gardent le silence.
L'enfant se montre rapidement très cruel envers les animaux, il commet des massacres pour le plaisir. Un jour, il reçoit un oracle à son tour : cœur haineux, tu assassineras tes parents. Alors il fuit comme Oedipe, devient en effet un guerrier exceptionnel, il place et défait des rois, il est l'ami des empereurs, et l'un d'entre eux lui promet alors un château et une femme. Il cesse alors toute activité guerrière.
Mais un matin, nostalgique, il part à la chasse. Sa femme reçoit la visite de deux vieillards, qui sont en fait les parents de son mari ayant parcouru le monde pour le retrouver. Elle les nourrit et les invite à se reposer dans le lit. Le mari, ne trouvant pas de gibier, devient fou, et il a des visions d'animaux innombrables qui lui parlent, l'escortent, le menacent, des animaux exotiques, quasiment fantastiques.
Il rentre au château dans un état second, tout chauffé encore de sa vision de fanfare bestiale, et il voit deux individus dans le lit de sa femme. En croyant à une infidélité, et dans une nouvelle crise de démence, il les abat. Quand il se rend compte que l'oracle s'est réalisé, il quitte ses terres, sa femme, devient mendiant, rejeté partout, il s'isole près d'un fleuve du bout du monde, quasiment fantastique, auprès duquel il consacre sa vie à aider les passants à le franchir. On a l'impression qu'il est devenu Charron.
Un jour, le mort déguisée en lépreux vient chez lui, s'endort auprès de lui, l'embrasse, et dans une scène sublime, le dégoût se transforme en paix, en amour infini, et le personnage monte parmi les étoiles.
La narration est impeccable, la scène finale atteint des sommets stylistiques dans la langue française, j'en suis resté coi durant une heure. Mais la portée de la nouvelle me semble moins grande que dans la première. La foi semble reléguée a des superstitions, guidée par un destin théâtral où le libre arbitre n'existe plus. Les personnages de Flaubert sont ici dans pantins qu'il manipule à sa guise
On se demande si le personnage a vraiment été cruel et pieux, ou bien s'il n'avait pas le choix. Ca pose bien entendu la question de la responsabilité humaine dans l'existence du bien et du mal, est-ce que c'est là que voulait en venir Flaubert ? Je reste très incertain quant à l'interprétation de ce conte. Quoi qu'il en soit, il y avait des passages halluciné qui m'ont causés de terribles sentiments et qui m'ont rappelé la Tentation de St Antoine. J'aime beaucoup Flaubert quand il s'écarte du réalisme pour dériver vers un symbolisme naissant, fleuri, qui fout en transe. Ce conte est peut-être une prémisse moins aboutie du roman qu'il écrira plus tard
3
Enfin, la troisième nouvelle est simplement une représentation rondement menée de la mise à mort de Jean Baptiste par Salomé. On y retrouve tout un amas de personnage de l'époque, la famille du tétrarque, les romains, les arabes, les pharisiens, les saducéens. Tous forment un tableau vivant très réussi.
Flaubert a fait le choix étonnant de représenter Jean Baptiste hargneux, prononçant des anathèmes remplis de haine, avec soudain des contrastes brutaux lorsqu'il parle du Sauveur, et sa bouche n'est plus qu'amour.
Je n'en parle pas davantage, le mythe est déjà bien connu. On est sur du Flaubert réaliste, historique, formel sans être rigide, factuel tout en restant vivant, c'est là tout son talent
@ceinturion @glock @esclavotaf @bouclador @albinus @palance
Là tu abordes un auteur qui me parle un peu plus que d'habitude ahi, je n'ai pas encore lu ton analyse, mais j'aimerai bien lire les trois contes un de ces jours, est-ce que tu dévoiles un peu trop l'-eur intrigue our bien est)ce que je peux lire ton analyse sans que ça ne vienne gâcher mon expérience de lecture. ?
il y a 3 mois
Sponsorisé
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Je révèle tout, ne lis pas
il y a 3 mois
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