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À tous les fachos de France : pouvez-vous seulement nommer l’acte du jeune racisé - membre des Fenec 38 - qui a lancé une grenade dans un salon de beauté à Grenoble sans reconduire, dans un même mouvement lexical, cinq siècles de domination coloniale, sept décennies de néolibéralisme et l’intégralité du programme de CNews ?

Car parler de « grenade » est déjà problématique. Il s’agit en réalité d’un objet discursif circulant, requalifié par l’État sécuritaire afin de délégitimer toute forme d’expression non-blanche dès lors qu’elle ne respecte pas les formes bourgeoises du débat public.

Le salon de beauté, quant à lui, n’est pas un commerce. C’est un dispositif biopolitique genré, un espace de normalisation esthétique où s’exerce la violence douce de l’Occident : blanchir, lisser, discipliner, faire tenir tranquille. Un lieu où l’on apprend aux corps - surtout féminins - à mériter le regard patriarcal dominant.

Face à cela, la grenade n’est pas une arme. C’est un séminaire. Une interpellation brutale, certes, mais nécessaire, adressée à une société qui refuse obstinément d’écouter quand on parle poliment.

Dire que « des gens auraient pu mourir » relève de l’émotionnel bourgeois. Car enfin, combien de morts symboliques produit chaque jour la République ? Combien de vies réduites à des statistiques, combien de jeunesses perdues par l’absence de perspectives et de ségrégation raciale ?

Ce jeune homme n’a pas lancé une grenade : il a matérialisé sa colère, il a externalisé un trauma, il a mis en pratique une critique radicale de l’espace marchand.

La vraie violence, elle, ne fait pas de bruit. Elle est structurelle, systémique, invisible, et s’exprime par des PowerPoint, des lois et des éditos sur CNews.

Condamner ce geste, c’est encore exiger du dominé qu’il écrive une thèse avant de souffrir. Qu’il verbalise calmement son effacement pendant qu’on lui reproche de ne pas s’intégrer à un monde qui l’a déjà exclu.

La grenade n’est donc pas un délit.
C’est une performance politique non consentie.
Une restitution minimale d’une dette coloniale jamais réglée.
Un happening post-colonial.

Et si ce geste vous choque davantage que l’ordre social qui l’a rendu pensable, alors le problème n’est peut-être pas celui qui a agi, mais celui qui, en lisant ce texte, persiste à se croire innocent.
il y a 19 jours