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Nous partons sur le premier roman de Burroughs, Junky, en plein coeur de la Beat Generation

J'avais déjà lu Burroughs avec le Festin Nu qui était un roman arborescent, chaotique, peuplé de cent cauchemars éclectiques. Alors j'ai été très surpris de la sécheresse de ce roman, Junky.

Burroughs est un camé autant que Bukowski est un alcoolique. La drogue, c'est son univers. Mais c'est un camé sublime. Dans ce roman, il est donc évidemment question de drogue, comme toujours chez cet auteur. C'est un récit linéaire et cohérent qui retrace son initiation à la came, c'est-à-dire à l'héroïne, ainsi que ses divers sevrages et rechutes.

Le problème, c'est que dans le thème, nous avons déjà le magnifique roman de Charles Duchaussois, qui est littéralement le roman ultime sur le voyage initiatique relatif à la drogue. Certes, la démarche n'est pas tout-à-fait la même. Burroughs n'était pas curieux, mais passif. Il est tombé dedans par faiblesse, par habitude, par facilité.

Mais ce qui faisait la richesse littéraire de Burroughs, c'était cette manière de nous faire vivre le trip par avec ses visions d'horreur et loufoques. Ici, il garde un ton froid et factuel. Il raconte comment il a commencé à se droguer, comment il a voler pour se financer la came, comment il a revendu pour augmenter ses propres doses, ses problèmes avec la police, ses aventures gays, ses cures, ses rechutes, les villes qu'il a connues.

Globalement, le récit est sans folie. On assiste simplement à la déchéance d'un homme, tout-à-fait lucide concernant son état.

L'intérêt de ce roman n'est pas de causer une émotion esthétique mais de constituer une encyclopédie de l'héroïne. Burroughs explique comment la substance agit sur le corps, son impact physiologique, il explique également le processus de vente, de coupage, d'injection. Il dresse le portrait social de plusieurs figures liées à l'héroïne : les petits revendeurs minables, les revendeurs ayant le monopole, les médecins véreux qui font des ordonnances de morphines, les médecins petits bourgeois qui s'y refusent, les jeunes camés, les vieux camés, les homosexuels, les chinois, les politiciens, les indics, les flics camés, les flics non camés. Il y a un univers très complet qui gravite autour de l'héroïne.

Ce que Burroughs réussit le mieux, dans ce roman, c'est le portrait de ses personnages. Les camés vont et viennes au fil des situations, et certaines descriptions sont marquantes. L'auteur sait écrire très rapidement un personnage par l'impression qu'il dégage. En peu de lignes, il monte un archétype solide.

" Il y avait un petit maigre si pâle qu'on aurait dit qu'il n'avait pas assez de sang : il était presque transparent. Il ressemblait à un lézard frileux et anémié. Il souffrait de troubles nerveux et passait la majeure partie de la journée à traîner dans les couloirs en gémissant : mon dieu, mon dieu, je ne me sens même plus humain. Il n'arrivait pas à concentrer assez d'énergie pour faire bloc, et son organisme semblait toujours sur le point de se décomposer. "

" Le bourgeois américain n'a pas de signe distinctif. Il se définit par ce qu'il n'est pas. Gains allait plus loin. Non seulement il ne possédait pas de signe particulier, mais il était positivement invisible : une vague présence respectable. Gains n'était qu'un petit curé de campagne dans la hiérarchie de la came "

Malgré cette excellence formelle, Burroughs n'a pas ici la folie d'un Kerouac qui dans ses voyages et sa débauche hurle d'intensité face à la vie. Il n'a pas non plus la perfection linéaire et la spontanéité d'un Duchaussois qui nous a pondu un shonen de la drogue. Et il n'a pas encore la démence esthétique qu'il aura plus tard pour nous produire d'étranges images riches comme dans un musée de Redon.

Le première roman de Burroughs est prometteur, complet, sans faute, mais beaucoup trop sage, presque guindé.

@ceinturion @glock @esclavotaf @bouclador @albinus @palance
il y a 2 mois
:risitaeheh:
il y a 2 mois
Ah ouais dans le Festin Nu après on nage en plein délire, sa prose s'épanouit, on a l'impression de vivre le trip et la déchéance avec lui. Dans ce premier roman, il nous laisse encore à la surface, alors heureusement qu'il a écrit ensuite.

Pour Duchaussois je voulais dire que c'est le roman linéaire parfait à propos de la drogue. Il y a une réelle progression de la beuh à l'opium, à l'ecsta puis à la came. Le plaisir devient dangereux puis il va jusqu'à la plus extrême déchéance, sans rémission. Burroughs plonge directement dans la came, sans étapes, et il flirte entre la déchéance et la rémission en essayant de maintenir un équilibre pour rester en vie
il y a 2 mois
Trop bien plus on est de fou plus on ri
:risitaeheh:
il y a 2 mois
Nous partons sur le premier roman de Burroughs, Junky, en plein coeur de la Beat Generation

J'avais déjà lu Burroughs avec le Festin Nu qui était un roman arborescent, chaotique, peuplé de cent cauchemars éclectiques. Alors j'ai été très surpris de la sécheresse de ce roman, Junky.

Burroughs est un camé autant que Bukowski est un alcoolique. La drogue, c'est son univers. Mais c'est un camé sublime. Dans ce roman, il est donc évidemment question de drogue, comme toujours chez cet auteur. C'est un récit linéaire et cohérent qui retrace son initiation à la came, c'est-à-dire à l'héroïne, ainsi que ses divers sevrages et rechutes.

Le problème, c'est que dans le thème, nous avons déjà le magnifique roman de Charles Duchaussois, qui est littéralement le roman ultime sur le voyage initiatique relatif à la drogue. Certes, la démarche n'est pas tout-à-fait la même. Burroughs n'était pas curieux, mais passif. Il est tombé dedans par faiblesse, par habitude, par facilité.

Mais ce qui faisait la richesse littéraire de Burroughs, c'était cette manière de nous faire vivre le trip par avec ses visions d'horreur et loufoques. Ici, il garde un ton froid et factuel. Il raconte comment il a commencé à se droguer, comment il a voler pour se financer la came, comment il a revendu pour augmenter ses propres doses, ses problèmes avec la police, ses aventures gays, ses cures, ses rechutes, les villes qu'il a connues.

Globalement, le récit est sans folie. On assiste simplement à la déchéance d'un homme, tout-à-fait lucide concernant son état.

L'intérêt de ce roman n'est pas de causer une émotion esthétique mais de constituer une encyclopédie de l'héroïne. Burroughs explique comment la substance agit sur le corps, son impact physiologique, il explique également le processus de vente, de coupage, d'injection. Il dresse le portrait social de plusieurs figures liées à l'héroïne : les petits revendeurs minables, les revendeurs ayant le monopole, les médecins véreux qui font des ordonnances de morphines, les médecins petits bourgeois qui s'y refusent, les jeunes camés, les vieux camés, les homosexuels, les chinois, les politiciens, les indics, les flics camés, les flics non camés. Il y a un univers très complet qui gravite autour de l'héroïne.

Ce que Burroughs réussit le mieux, dans ce roman, c'est le portrait de ses personnages. Les camés vont et viennes au fil des situations, et certaines descriptions sont marquantes. L'auteur sait écrire très rapidement un personnage par l'impression qu'il dégage. En peu de lignes, il monte un archétype solide.

" Il y avait un petit maigre si pâle qu'on aurait dit qu'il n'avait pas assez de sang : il était presque transparent. Il ressemblait à un lézard frileux et anémié. Il souffrait de troubles nerveux et passait la majeure partie de la journée à traîner dans les couloirs en gémissant : mon dieu, mon dieu, je ne me sens même plus humain. Il n'arrivait pas à concentrer assez d'énergie pour faire bloc, et son organisme semblait toujours sur le point de se décomposer. "

" Le bourgeois américain n'a pas de signe distinctif. Il se définit par ce qu'il n'est pas. Gains allait plus loin. Non seulement il ne possédait pas de signe particulier, mais il était positivement invisible : une vague présence respectable. Gains n'était qu'un petit curé de campagne dans la hiérarchie de la came "

Malgré cette excellence formelle, Burroughs n'a pas ici la folie d'un Kerouac qui dans ses voyages et sa débauche hurle d'intensité face à la vie. Il n'a pas non plus la perfection linéaire et la spontanéité d'un Duchaussois qui nous a pondu un shonen de la drogue. Et il n'a pas encore la démence esthétique qu'il aura plus tard pour nous produire d'étranges images riches comme dans un musée de Redon.

Le première roman de Burroughs est prometteur, complet, sans faute, mais beaucoup trop sage, presque guindé.

@ceinturion @glock @esclavotaf @bouclador @albinus @palance
tu es résumax de livre?

Non!

Alors tu fermes ta gueule FILS DE PUTE
:cash_rage:
il y a 2 mois
Yatengaki
Yatengaki
2 mois
tu es résumax de livre?

Non!

Alors tu fermes ta gueule FILS DE PUTE
:cash_rage:
Ma secrétaire va te prendre en charge, patiente un instant s'il te plaît
:risitaeheh:
il y a 2 mois