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et leur isolement eût pris la forme ordinaire du manque, de la recherche d’autrui, de ce vide plaintif que l’humanité nomme solitude. Mais ensemble, leurs Solitudes se rejoignirent, non pour se combler, mais pour se reconnaître — comme deux abîmes qui, s’étant découverts semblables, refusent dès lors toute rive commune avec le monde. Leur union ne fut pas fusion, mais alliance dans le refus : séparation partagée, exil concerté.

C’est cela, au fond, le sens de la psychiatrie : non la guérison des âmes, mais l’édification d’un mur sacré entre les élus du délire et la masse des raisonnables. La psychiatrie désigne, à son insu, ce moment où deux consciences se comprennent dans leur étrangeté, où la maladie devient un langage secret par lequel elles échappent au bavardage du monde. Sous le prétexte de soigner, elle nomme la fracture entre ceux qui perçoivent la réalité comme un lieu de convenances et ceux pour qui la réalité s’effondre sous le poids de son propre mensonge.

Ainsi, lorsque leurs Solitudes s’unirent, elles créèrent un espace qui n’appartenait plus à la société, mais à cette frontière instable que la psychiatrie prétend domestiquer : le territoire où le lien n’est plus social, mais métaphysique. Là, toute relation devient séparation, et toute séparation, une manière supérieure d’être ensemble.
il y a un an